
Marché des céréales
Entre vagues de chaleur et tensions géopolitiques, la filière céréalière française sous pression
Point macro-économique et cultures au niveau mondial
Le marché céréalier mondial évolue actuellement dans un contexte géopolitique et climatique complexe. Les discussions techniques entre l'Iran et les États-Unis entraînent un repli des cours du pétrole en deçà de leurs niveaux du début du conflit (70,74$/baril pour le Brent et 67,61$/baril pour le WTI).
Afin de soutenir le secteur agricole face aux répercussions de la crise au Moyen-Orient, la Commission Européenne a mobilisé une enveloppe globale de 540M€, dont la part principale de 107M€ est attribuée à la France pour sécuriser les prochaines récoltes a annoncé Christophe Hansen commissaire européen à l'Agriculture et à l'Alimentation.
Sur le plan des cultures, le premier rapport de l'USDA a bousculé les marchés en abaissant nettement ses prévisions de surfaces de blé aux États-Unis à 42,74M d'acres (contre 43,77M en mars), tout en estimant des stocks à un niveau bien inférieur aux attentes (920M de boisseaux, contre 1300M en mars 2026), provoquant un rebond des cours sur le CBOT.
L'Europe et le Royaume-Uni voient leurs prévisions globales de récolte révisées en baisse à 295,5Mt par le Coceral. Si l'offre mondiale reste confortable grâce aux volumes attendus en mer Noire, notamment avec une production russe proche des 90Mt et de fortes capacités exportatrices en Ukraine, les variations thermiques dans le Midwest américain et les risques de baisse de rendement incitent les opérateurs à la vigilance.
Situation par culture
- Le Blé : Les cours progressent sur Euronext, portés par le sillage du CBOT et le repli de l'euro face au dollar. L'échéance septembre 2026 s'établit ainsi à 203 €/t tandis que l'échéance décembre 2026 s’élève à 210,75 €/t. Les fonds financiers ont parallèlement réduit leur position nette courte à -12 000 lots. Aux États-Unis, la récolte de blé d'hiver avance vite mais l'état des cultures reste globalement médiocre. En France, la moisson débute avec de bons critères qualitatifs (protéines et poids spécifique), mais les rendements accusent un repli de plus de 10 % dans l'Ouest, tandis que les fortes chaleurs de mai rendent la qualité plus incertaine dans l'Est.
- Le Maïs : Les cours évoluent en ordre dispersé et figent le marché physique : l'échéance novembre 2026 progresse à 226,25 €/t sur Euronext alors que l'échéance septembre 2026 recule à 234,25 €/t. La situation risque de devenir critique en France où l'AGPM craint la pire récolte depuis 35 ans (9,5Mt, soit -30 % par rapport à 2025) en raison d'une baisse de la sole et de la canicule de juin. À l'échelle européenne, le Coceral a abaissé sa prévision à 57,2Mt. À plus long terme, le potentiel ukrainien (visant 40Mt d'ici 2030) menace la filière française. Aux États-Unis, les prix augmentent sous l'effet d'un net recul des stocks trimestriels.
- L'Orge : Les récoltes d'orges d'hiver et fourragères s'achèvent dans le Centre-Val de Loire avec des rendements hétérogènes (50 à 80 q/ha) et légèrement sous les moyennes, mais avec des poids spécifiques satisfaisants (67-68 kg/hl). Les orges de printemps semées à l'automne sont correctes, contrairement aux semis de printemps dont le calibrage s'annonce plus faible.
Menace d'une troisième vague de chaleur
L'évolution à court terme de l'ensemble de la filière dépendra fortement des conditions météorologiques des prochains jours. Les prévisions confirment une très forte probabilité d'installation d'un troisième épisode caniculaire sur le territoire national dès la fin de semaine, sans qu'aucune précipitation ne vienne soulager les sols au préalable.
Bien que des incertitudes subsistent quant à l'intensité exacte et à la trajectoire géographique de cette masse d'air chaud, la convergence des modèles météorologiques sur la persistance d'un grave déficit hydrique accentue l'inquiétude générale des producteurs (notamment du maïs qui n’ont jamais connu une vague de chaleur avant épiaison) face au risque d'un assèchement prolongé des cultures.

