
Marché des céréales
La prime de risque s’installe, portée par la mer Noire et le déficit de maïs
Macroéconomie, logistique et météo : un marché sous tension
La dynamique haussière européenne repose d’abord sur un choc logistique majeur en mer Noire. Les attaques contre les infrastructures portuaires russes et ukrainiennes réduisent fortement les volumes effectivement disponibles à l’export, alors même que cette zone concentre une part décisive du commerce mondial des grains.
En août, l’Ukraine n’a exporté qu’un peu moins d’1Mt de céréales, contre 3,67 Mt un an plus tôt. Les sorties de maïs ukrainien sont tombées à 305 000 t, soit un volume divisé par 4,2 par rapport à juillet. Au total, les expéditions de blé russe et ukrainien sont descendues sous 2,5 Mt, contre 6,3 Mt à la même période l’an dernier. Ces volumes bloqués obligent les importateurs à se tourner vers d’autres origines, dont l’Europe de l’Ouest, et soutiennent les prix sur Euronext.
Par ailleurs, la reprise des tensions entre l’Iran et les États-Unis a poussé le pétrole à la hausse, ce qui soutient indirectement le maïs et entretient un risque de renchérissement des coûts de transport et de production.
La météo est également un facteur de marché aux États-Unis. Le retour de températures élevées sur la Corn Belt pourrait conduire à une nouvelle réduction du rendement de maïs, abaissant ainsi la marge de sécurité du bilan mondial.
Situation des cultures
Blé
Le blé bénéficie à la fois de l’effacement partiel de l’offre mer Noire et de la substitution au maïs en alimentation animale. Sur Euronext, l’échéance décembre 2026 progresse à 244 €/t.
La récolte française est estimée à 30,8 Mt d’après Argus Media, en retrait de 2,5Mt sur un an. Malgré ce volume limité, le blé français devrait trouver davantage de débouchés au sein de l’Union européenne : les utilisations en alimentation animale sont attendues en hausse et les exportations intra-UE progresseraient. En contrepartie, les ventes vers les pays tiers s’annoncen plus faibles. Le niveau de stocks de blé de l’Union européenne prévu en fin de campagne, au plus bas depuis 2020-2021 (10,9Mt), constitue un élément de soutien structurel.
Pour les producteurs, le marché offre donc un contexte de prix plus ferme, mais l’évolution dépendra étroitement de la capacité des origines russe et ukrainienne à reprendre leurs exportations. L’ouverture anticipée des réserves turques introduit aussi un point de concurrence à surveiller, avec une parité d’importation proche de 270 €/t.
Maïs
Le maïs est le principal foyer de tension du marché. La production française est annoncée à 7,5Mt par l’AGPM voire 6,9 Mt par Argus Media, soit pratiquement moitié moins que l’an dernier et au plus bas depuis la deuxième moitié du XXème siècle. À l’échelle européenne, la production serait ramenée à 46,9 Mt, contre 57,9 Mt lors de la campagne précédente. En Allemagne, le rendement reculerait de plus de 24 %.
Cette contraction explique la vigueur des cotations : le maïs Euronext novembre 2026 atteint 269 €/t. La faiblesse de l’offre européenne favorise la substitution par le blé dans les rations animales et limite les volumes français qui pourront être dirigés vers l’export.
Le maïs bio est confronté à une situation encore plus tendue : la France passerait d’une position autosuffisante à importatrice nette. La disponibilité domestique réduite et les premiers recours aux origines d’Europe centrale ou d’Ukraine maintiennent des prix élevés, tout en laissant subsister une part d’incertitude sur la composante spéculative.
Perspectives de marché et annonces politiques
À court terme, le maintien des perturbations portuaires en mer Noire, l’ampleur réelle des dommages et les prochaines évaluations de rendement américain seront déterminants. Une nouvelle baisse du potentiel de maïs américain accentuerait le resserrement mondial et prolongerait le soutien aux cours.
À moyen terme, la question des semis d’hiver en Russie et en Ukraine mérite une attention particulière. Les difficultés économiques des exploitations, aggravées par la chute des prix intérieurs et les surcoûts de production, pourraient réduire les emblavements et peser sur la campagne suivante.
En France, le gouvernement annonce un dispositif de soutien destiné à aider les agriculteurs à passer l’hiver dans les prochains jours, puis un plan de relance inscrit au budget 2027. Les coopératives chiffrent d’ores et déjà une baisse d'approvisionnement de 20 à 90 %, et demandent de sécuriser les moyens de production via un plan d’investissement.
La prolongation des aides au carburant est également envisagée pour les secteurs les plus exposés, dont l’agriculture, mais ses modalités restent à préciser. Pour les exploitants, l’enjeu immédiat est donc double : profiter d’un marché mieux orienté sans sous-estimer une volatilité élevée, tout en suivant de près les mesures concrètes de soutien face aux conséquences de la sécheresse.

