
Marché des céréales
Entre guerre et diplomatie : les céréales européennes naviguent en eaux troubles
La semaine a été dominée par un facteur unique : la perspective d’un accord de paix en Ukraine porté par les États-Unis. Même encore incertain, ce signal a immédiatement pesé sur les marchés céréaliers, entraînant une première phase de recul sur les places européennes comme sur le CBOT, avant un léger rééquilibrage en seconde partie de semaine sous l’effet d’ajustements techniques, d’une bonne dynamique en maïs et d’un marché mondial toujours très réactif aux annonces politiques.
En Europe, le blé a reculé dans un contexte de renforcement de l’euro face au dollar et d’une concurrence accrue d’origines mer Noire et Argentine. L’appel d’offres saoudien, jugé décevant tant en volume qu’en prix, a renforcé cette pression baissière. Mardi, le marché est resté hésitant, avec des variations limitées autour de l’équilibre, avant un léger rebond mercredi, l’échéance décembre repassant au-dessus de 189 €/t. La prudence des exportateurs européens s’accentue, d’autant que les opérateurs dits financiers ont augmenté leur position nette courte sur le blé, atteignant environ -194 500 lots selon Euronext.
Le maïs a connu une trajectoire inverse : après une phase de recul en fin de semaine dernière liée au mouvement général du blé, les cours se sont repris progressivement. Sur Euronext, l’échéance mars 2026 a gagné 1,50 €/t mardi, signe d’un marché qui retrouve de l’allant après un plus bas proche de 186,75 €/t. Mercredi, les prix ont prolongé leur progression, soutenus à la fois par des achats techniques, des couvertures de positions courtes et une demande internationale active avant de replonger jeudi pour la récolte 2025. Les fondamentaux mondiaux restent contrastés : retard de récolte en Ukraine, mais bonnes conditions en Argentine (79 % du maïs jugé bon à excellent) et surfaces en augmentation, tandis qu’en Afrique du Sud la production est attendue en repli.
Aux États-Unis, la géopolitique a également dominé la tendance. Le plan de paix évoqué par Washington a d’abord pesé sur les cours du blé, mais les marchés se sont ensuite redressés grâce à des exportations hebdomadaires supérieures aux attentes et une baisse du dollar. Les précipitations ont amélioré de trois points les conditions du blé d’hiver (48 % bons à excellents), tandis que la production d’éthanol a encore progressé, soutenant le maïs. Toutefois, la pression vendeuse des agriculteurs américains continue de limiter tout mouvement haussier durable.
Sur le plan international, les flux commerciaux illustrent un marché très actif et fortement concurrentiel. Les achats de blé par la Turquie (300 000 t, origine Russie) et de blé meunier par la Corée du Sud (États-Unis et Canada) confirment le dynamisme de la demande mondiale. En orge, la tension reste vive, soutenue par les achats chinois et saoudiens et par le passage de la Turquie au statut d’importateur. La Tunisie a d’ailleurs lancé un nouvel appel d’offres pour 125 000 t d’orge.
En France, les marchés physiques ont suivi les tendances internationales : blé tendre globalement stable après quelques reculs, orge fourragère en léger repli en fin de période, et maïs en petite hausse mercredi. Les conditions de culture du blé et de l’orge d’hiver demeurent excellentes, apportant un soutien structurel au marché intérieur.

