
Marché des céréales
Repli des cours sur les marchés céréaliers, mais tension persistante sur le maïs européen
Cadre macroéconomique et incidence climatique
La semaine s’achève sur une correction des marchés à terme, à Chicago comme sur Euronext. L’hypothèse d’un apaisement partiel des attaques visant les infrastructures russes et ukrainiennes a réduit la prime de risque, tandis que les mouvements du pétrole ont entretenu une forte volatilité.
Le facteur météorologique reste central car la sécheresse a déjà produit ses effets sur les récoltes. En France, elle pénalise particulièrement le maïs et l’orge de printemps. À l’échelle européenne, les vagues de chaleur ont aussi dégradé les potentiels de blé allemand et polonais. Cette contrainte climatique réduit l’offre européenne, sans empêcher une baisse ponctuelle des prix lorsque les marchés mondiaux privilégient les perspectives géopolitiques et l’abondance attendue des récoltes américaines et argentines.
En France, la sécheresse fragilise aussi l’équilibre économique des filières : les coopératives estiment leur perte de marge de collecte à 240 M€ en 2026. Enfin, les dispositifs de trésorerie annoncés par le Crédit Agricole et les Banques Populaires peuvent apporter un relais aux exploitations éligibles, mais ils ne compenseront pas la dégradation des récoltes.
Situation des cultures
Blé
Sur Euronext, l’échéance décembre 2026 s’est établie à 237,5 €/t, et l’échéance mars 2027 à 245 €/t. Cette détente intervient malgré des signaux de demande internationale : appel d’offres tunisien pour 125 000 t de blé meunier, achat jordanien de blé dur et chargement d’un navire de 30 000 t à La Rochelle vers la Côte d’Ivoire.
Le retard des semis de blé tendre aux États-Unis, avec 17 % des surfaces implantées contre 21 % en moyenne quinquennale, constitue un élément de vigilance. À l’inverse, la concurrence russe devrait rester forte : les droits à l’exportation sont nuls jusqu’à la fin de l’année et les capacités portuaires céréalières russes progressent.
Orge
La production d’orge de l’Union européenne et du Royaume-Uni a été ramenée par Coceral à 57,9 Mt, contre 63,3 Mt précédemment anticipées. En France, l’orge de printemps figure parmi les cultures affectées par la sécheresse (-26% par rapport à la moyenne quinquennale 2021-2025).
La demande d’importation reste active, notamment avec l’appel d’offres tunisien de 75 000 t. Toutefois, le renforcement des flux russes vers la Chine, dont les achats d’orge russe ont plus que doublé sur les huit premiers mois de l’année, confirme que la compétition à l’export restera un paramètre déterminant.
Maïs
Le maïs concentre les principaux signaux de tension européenne. Coceral abaisse la production de l’Union européenne et du Royaume-Uni à 48,6 Mt, contre 52,7 Mt en juillet. La récolte française reste estimée à 7,5 Mt pour l’AGPM/ARVALIS, avec un risque évoqué par plusieurs analystes d’un volume inférieur à 7 Mt, ce qui en ferait la plus faible récolte française depuis vingt ans.
Cette faiblesse soutient encore le marché européen, malgré le repli de Chicago : l’échéance novembre 2026 sur Euronext reste à 276,25 €/t. Elle est toutefois contrebalancée par des importations européennes déjà proches de 4,5 Mt, contre 3,5 Mt un an plus tôt, et par des perspectives très abondantes en Argentine, où la récolte pourrait atteindre 66 Mt, comme aux États-Unis.
Les difficultés logistiques en mer Noire demeurent un facteur haussier, puisque le début de l’export du maïs ne devrait pas tarder. Les surcoûts de fret et d’assurance renchérissent les origines ukrainiennes, tandis que l’Argentine gagne des parts de marché vers l’Afrique du Nord et l’Égypte.
Perspectives à court et moyen terme
À court terme, le marché restera très sensible à l’évolution du conflit russo-ukrainien, au coût de l’énergie et aux conditions de circulation en mer Noire et au Moyen Orient. Le maïs européen paraît le plus exposé à de potentiels fluctuations, compte tenu de la faiblesse de la récolte.
À moyen terme, la hausse attendue de la demande mondiale de biocarburants constitue un soutien structurel potentiel pour les matières premières agricoles. La production mondiale pourrait progresser d’environ 70 % d’ici 2030, sous l’effet du renforcement des obligations d’incorporation (demande de relèvement du taux de biodiesel incorporé au gazole de 7 % à 10 % au niveau européen).
À moyen terme, le développement de pôles logistiques à la frontière ukrainienne et la conversion envisagée de terminaux charbonniers russes en infrastructures céréalières pourraient accroître la fluidité des flux exportateurs, sans pour autant lever les obstacles logistiques actuels.

