
Marché des céréales
Tensions géopolitiques mondiales et récolte française face au choc caniculaire
1. Analyse macroéconomique mondiale et géopolitique
Le marché mondial est bousculé par la reprise des hostilités armées entre les États-Unis et l'Iran dans le détroit d'Ormuz, ce qui a immédiatement fait rebondir les cours du brut (le Brent atteignant 79,3 $/baril). En parallèle, le cabinet StoneX a anticipé le rapport de l'USDA en abaissant ses prévisions de stocks mondiaux et américains de blé (701 Mdbu) et de maïs (1,893 Mdbu) pour 2026-2027. Néanmoins, l'absence de menace climatique sur les cultures aux États-Unis tempère pour l'instant la réactivité des marchés.
Sur le plan commercial, le blé russe confirme sa forte compétitivité face à l'origine ukrainienne, Sovecon augmentant ses prévisions d'exportations russes à 46,4 Mt. Enfin, la Turquie se positionne comme un acteur pivot : forte d'une récolte historique (23 Mt de blé et 9 Mt d'orge), elle va réduire ses importations de blé de 700 000 tonnes, tout en maintenant un volume d'achat supérieur à 6 Mt pour faire tourner son industrie de meunerie exportatrice.
2. Point de situation par culture
Le Blé : Sur le plan national, la moisson française se poursuit et se caractérise par d'extrêmes disparités au sein d’une même région. Les premiers retours permettent d’estimer un rendement moyen autour de 7,4t/ha. StoneX table sur une récolte en baisse à 31,5 Mt (contre 33,1 Mt en 2025), poussant les cours sur Euronext à la baisse dans le sillage de Chicago (-0,25 €/t à 204,50 €/t sur l'échéance septembre).
L'Orge : En France, les orges d'hiver affichent des rendements autour de la moyenne quinquennale (ou très légèrement en dessous), sans problème de qualité majeur et avec un niveau de protéines plutôt satisfaisant. En revanche, la récolte d’orge de printemps s’annonce avec une diminution des rendements de l’ordre de -10% à 20% selon les régions. StoneX estime la récolte globale française d’orge à 10,8 Mt (contre 12 Mt en 2025), contrastant avec la Russie où les rendements bondissent de 28 % sur un an.
Le Maïs : Culture la plus sinistrée en France pour le moment. Sous l'effet cumulé d'une baisse des surfaces et de la météo, la production nationale pourrait chuter à un niveau historique compris entre 9,5 Mt et 10,5 Mt (soit -30 % sur un an). Sur Euronext, les cours accentuent leur repli, perdant plus de 3 €/t sur les échéances de fin d'année. À l'inverse, l'Argentine maintient ses projections à 68 Mt malgré des retards logistiques.
3. Conséquences de la canicule sur les cultures
L'impact des vagues de chaleur successives de juin en Europe a nécessité une réunion de crise entre l'État français et les assureurs agricoles. Le maïs subit de lourdes pertes : Arvalis anticipe une baisse de rendement nationale de 15 % à 20 %, le Poitou-Charentes et les Pays-de-Loire enregistrant déjà jusqu'à 100 % de pertes sur les parcelles non irriguées.
Pour le blé, la canicule engendre un asséchement extrême des grains (des taux d'humidité exceptionnellement bas de 9 % contre 12,5 % habituellement). Enfin, la gestion logistique des coopératives est fortement perturbée par le manque de main-d'œuvre saisonnière et les restrictions préfectorales sur les horaires de moisson.
4. Perspectives à court terme du marché céréalier
À court terme, l'absence de précipitations significatives d'ici la mi-juillet va accentuer le stress hydrique en Europe continentale. Pour compenser le déficit de sa production de maïs, l'Union européenne pourrait importer au moins 2 millions de tonnes supplémentaires lors de la campagne 2026-2027, une opportunité commerciale qui profitera à l'Argentine et aux États-Unis.
Cette situation de pénurie européenne contraste avec l'amélioration des conditions hydriques observée en mer Noire (Russie centrale et Ukraine), qui conforte leur potentiel exportateur. Anticipant ces fondamentaux opposés, les fonds financiers sur Euronext réallouent déjà leurs capitaux : ils ont réduit leurs positions courtes sur le blé et fortement augmenté leurs positions longues sur le maïs (+2 800 lots).

