
La production du sorgho en Europe favorisée par le changement climatique
Une étude réalisée par INRAE et AgroParisTech projette que le réchauffement climatique aura un impact globalement positif sur les rendements de sorgho en Europe. La production de cette céréale, qui est une bonne alternative au maïs pour l’alimentation animale, est compatible avec des ressources en eau limitées et des températures élevées. Grâce à des simulations basées sur des données climatiques passées et futures, les scientifiques ouvrent la voie vers de nouvelles stratégies pour adapter l’agriculture européenne. Une étude parue dans la revue Earth’s future.
Alors que les récoltes de maïs sont estimées cette année au plus bas en UE1, il convient de repenser la place de cette culture céréalière. Le maïs constitue aujourd’hui un pilier de l’alimentation animale et ses rendements sont très dépendants de la disponibilité en eau.
Le sorgho est généralement considéré comme une bonne alternative au maïs, en raison de sa résilience aux fortes températures et au manque d’eau. Cette culture est fréquemment cultivée dans des zones arides, avec environ 47 % de sa production mondiale en Afrique et 17 % aux États-Unis.
En vue des risques de fortes chaleurs et de raréfaction de la ressource en eau associés au changement climatique en Europe, les chercheurs soulignent l’importance d’évaluer le potentiel de production de sorgho dans cette région du monde où cette culture reste, pour l’instant, marginale. Elle est estimée à 0,1 % de la surface agricole européenne.
Le potentiel de production d’aliments pour animaux à base de sorgho n’avait pas encore été évalué à l’échelle européenne dans son ensemble et il reste mal connu dans le contexte du changement climatique.
La production de sorgho à l’épreuve du changement climatique
Les scientifiques démontrent qu’à l’échelle européenne, le changement climatique aura un impact globalement positif sur le rendement du sorgho, avec néanmoins des variations régionales : il augmenterait dans le nord de l’Europe et diminuerait légèrement dans le sud. Selon le scénario de changement climatique considéré, le rendement moyen global prévu du sorgho devrait passer de 3 t/ha dans les conditions climatiques actuelles à une valeur moyenne comprise entre 3,4 et 3,8 t/ha à l’horizon 2050-2100. Les zones géographiques combinant des rendements élevés et stables pourraient passer de 22 % des terres cultivées européennes dans les conditions climatiques actuelles à une fourchette comprise entre 29 % et 34 % d’ici la fin du siècle.
Ainsi, les résultats de cette étude estiment que la production de sorgho pourrait remplacer près de 90 % du maïs actuellement utilisé pour l’alimentation animale européenne, s’il était cultivé 1 fois tous les 3 ans. Cette culture semble être une alternative plutôt robuste en conditions de températures élevées et de faible disponibilité en eau, comparé au maïs qui est plus fréquemment irrigué (38 % des surfaces agricoles irriguées aujourd’hui en France sont occupées par du maïs2).
Partir des données historiques pour se projeter dans l’avenir
Dans le cadre de cette recherche, les scientifiques ont développé un modèle d’apprentissage automatique (ou machine learning) capable de prédire le rendement de sorgho grain en fonction de paramètres climatiques clés (humidité, températures, précipitations, etc.). Le modèle a été entraîné à partir de données historiques sur les rendements de sorgho3 puis couplé à des variables climatiques pour établir des projections dans 2 périodes futures cibles : le milieu et la fin du XXIe siècle. Pour cela, les auteurs ont pris en compte 20 scénarios de changement climatique, eux-mêmes générés à l’aide de 5 modèles climatiques4, ce qui leur permet de tirer de robustes conclusions quant au potentiel de production de sorgho.
Les résultats indiquent que le sorgho représente une option intéressante pour adapter l’agriculture européenne au changement climatique. Plus localement, à l’échelle du territoire national, la production de sorgho et sa valorisation pour l’alimentation animale s’accompagnent de forts enjeux, notamment pour la gestion de l’eau. L’eau économisée par la culture de sorgho pourrait, ainsi, être allouée à d’autres cultures, afin d’augmenter l’autonomie alimentaire sur le territoire.
Référence : Davoudkhani, M., Guilpart, N., Makowski, D., Viovy, N., Ciais, P., & Lauerwald, R. (2026). Potential for expanding sorghum production in Europe in the face of climate change. Earth's Future. 10.1029/2025EF007503.
Notes : La statistique publique de l’agriculture, de l’alimentation de la forêt et de la pêche (Agreste) estime que la récolte de maïs a été ramenée à 49,1 millions de tonnes dans la dernière estimation, soit sous les 50 millions pour la première fois depuis 16 ans (AFP, 15/09/2026).
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/lirrigation-des-surfaces-agricoles-evolution-entre-2010-et-2020
Le modèle a été entraîné à partir de données historiques sur les rendements de sorgho grain collectées au niveau des comtés ou des départements en France, en Italie, en Espagne et aux États-Unis, couvrant la période de 2000 à 2020. L’ensemble de données historiques sur les rendements du sorgho comprend 11 644 points de données couvrant un large éventail de zones climatiques.
Un modèle climatique est une représentation mathématique et informatique du climat basée sur les lois de la physique, de la dynamique des fluides et de la chimie, à partir de données réelles.

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