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Technique et innovation

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Fongicide Colza

Passe, Repasse, Trépasse…



Avec les conditions sèches passées, actuelles et prévues, le passage d’un fongicide relai n’est pas dans les réflexions. Occulter le risque mycosphaerella dans un contexte économique tendu est-il vraiment la bonne stratégie ?

Etat des lieux de la présence du mycosphaerella

Rappelons qu’il faut 2 jours avec de l’eau libre sur les feuilles pour entraîner la germination des spores puis 25 jours à 17 °C pour rendre visible la maladie en conditions contrôlées. 

Des organes apparemment sains (sans symptômes aujourd’hui) sont potentiellement déjà contaminés. Les observations de 54 parcelles du 25 février au 12 mars montraient déjà des attaques dans 46 % des situations. Le mycosphaerella est actuellement concentré au niveau des feuilles, temporairement bloqué par le fongicide et/ou le sec. La hauteur des nécroses est variable selon les parcelles allant parfois jusqu’aux dernières feuilles juste sous la hampe. La fréquence est variable en région, mais tous les départements sont concernés. La Vendée est aussi touchée même si les parcelles BSV n’ont pas pu être visitées. Les notations réalisées sur 49 parcelles (communes à la première visite) du 14 au 21 avril révèlent que 80 % des situations sont touchées par le mycosphaerella :


Différentes situations en région

Cas n°1 : mon colza n’a pas reçu de protection fongicide

Certains ont choisi de patienter jusqu’à une floraison franche et un retour des pluies. Conditions non réunies, l’application fongicide n’est toujours pas réalisée. Au regard de la présence de mycosphaerella sur la région, une protection unique s’avère judicieuse si le potentiel semble conservé (manque de siliques sur les hampes raisonnables). Il reste presque 2 mois à patienter avant la récolte.

Cas n°2 : mon colza a été protégé au stade G1 (ou plus tard)

Cas n°2 a) aucune tâche de mycosphaerella n’est présente sur les feuilles, ou seulement quelques tâches en bas de végétation sur les feuilles sénescentes : le fongicide relai ne semble pas stratégique ;
Cas n°2 b) nécroses de mycosphaerella arrivées à la mi-hauteur de la masse foliaire ou plus haut : un relai fongicide à pleine dose (au minimum 80 % de la dose) s’avère nécessaire pour protéger les siliques

Cas n°3 : mon colza a un potentiel limité 

Un cumul de facteurs (hydromorphie, méligèthes, gel, défauts d’alimentation azotée, soufrée, hydrique, floraison handicapée…) a fortement réduit le nombre de siliques viables. Leur protection en relai ne semble pas rentable.

Quand déclencher son relai ? (uniquement cas n°2 b)

Habituellement, on vise 10 à 15 jours après le traitement pivot appliqué au stade G1 = 10 premières siliques de moins de 2 cm. Certaines protections datent aujourd’hui de plus de 3 semaines, mais le sec a limité temporairement la progression du mycosphaerella. 

Dès que l’une des 3 conditions suivantes est respectée, il faudra appliquer le fongicide relai :

Retour de pluies significatives ;
Atteinte du stade G4 = 10 premières siliques bosselées afin de protéger un maximum de siliques dans le respect des DAR ;
Irrigation.

Quel fongicide choisir ?

Le relai fongicide contre les maladies de fin de cycle a pour objectif de protéger les siliques formées et celles en cours de formation. Des siliques saines pourront jouer pleinement leur rôle photosynthétique pendant le remplissage et contribuer à la mise en place du PMG. 

Les fongicides disponibles ont majoritairement une action préventive. Privilégiez les spécialités à base de triazole en variant les substances actives par souci d’alternance, par rapport aux autres traitements déjà réalisés. En traitement relai, le prothioconazole reste la substance active la plus efficace sur mycosphaerella suivi par le difénoconazole, le metconazole et le tébuconazole, voire le méfentrifluconazole (peu de références disponibles pour cette triazole). 

ATTENTION

Vérifier la présence de l’usage « Maladies fongiques des siliques ».

DAR des spécialités (56 à 63 jours) et au stade limite d’application plus restrictif pour certaines. En période de floraison, respectez les horaires d’application.

VOS CONTACTS

  • Elodie Tourton - Ingénieur de développement Poitou-Charentes, Vendée, Limousin
  • Gwénola Riquet - Chargée mission Protection intégrée cultures Intrants&Biocontrôle
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Digestats de méthanisation

Quels impacts sur les sols et les cultures ?



La méthanisation s’est développée depuis de nombreuses années en France. Outre la production d’énergie, elle alimente les fermes en fertilisants que l’on appelle digestats. Mais quelle est la véritable valeur agronomique de ces types de co-produits et quels en sont à terme les impacts sur les sols ? Les Chambres d’agriculture aux côtés d’autres partenaires se sont engagés dans plusieurs programmes d’expérimentation à grande échelle pour livrer quelques résultats à ces interrogations.

La méthanisation est une technologie qui transforme des matières organiques en biogaz, utilisé comme énergie renouvelable, et en digestat, un co-produit riche en éléments nutritifs.

Si le biogaz est aujourd’hui bien identifié comme source d’énergie locale, les digestats suscitent encore des interrogations, notamment lorsqu’ils sont utilisés en épandage en agriculture. Bien connus et bien utilisés, ils peuvent constituer un véritable atout agronomique.

Qu’est-ce qu’un digestat ?

Le digestat est le déchet issu de la digestion anaérobie de matières organiques telles que le lisier, le fumier, les résidus de cultures ou certains biodéchets. Contrairement à une idée reçue, la méthanisation ne détruit pas les nutriments : elle les conserve mais peut modifier leur forme.

On retrouve ainsi dans le digestat des éléments essentiels pour les plantes, azote, phosphore, potassium, et pour le sol du carbone sous une forme qui peut être plus stabilisée.

Pourquoi épandre des digestats en agriculture ?

L’épandage agricole est aujourd’hui le principal mode de valorisation des digestats. Il permet de :

  • fertiliser les cultures grâce à une forme d’azote en grande partie directement assimilable
  • recycler localement des ressources organiques, dans une logique d’économie circulaire
  • réduire l’achat d’engrais minéraux, dont la fabrication est énergivore et dépendante des importations
  • contribuer au maintien de la fertilité des sols, lorsqu’il est intégré dans une stratégie agronomique globale.

Utilisés correctement, les digestats s’inscrivent donc pleinement dans une agriculture plus sobre et plus autonome.

Des digestats aux caractéristiques variables

Il n’existe pas un digestat unique. Sa composition dépend :

  • des matières introduites dans le méthaniseur 
  • du procédé de méthanisation 
  • des éventuels traitements réalisés après digestion (séparation solide/liquide, stockage, compostage).

Après une séparation de phase d’un digestat brut, on distingue :

  • les fractions liquides, riches en azote minéral encore plus rapidement efficace pour les cultures 
  • les fractions solides, plus concentrées en matière organique, intéressantes pour l’amendement des sols.

Cette diversité explique pourquoi il est essentiel de connaître précisément le produit épandu avant toute utilisation. Pour cela, l’idéal est de faire analyser son propre digestat.

Si une analyse n’est pas disponible ou si certains paramètres sont manquants (comme les fractions de carbone), il est possible de se référer aux classes de digestats Ferti-Dig ou d’utiliser l’outil Concept-Dig.

Adapter ses pratiques pour un épandage efficace

Pour que l’épandage soit bénéfique, plusieurs leviers sont à prendre en compte :

  • raisonner les doses en fonction des besoins réels des cultures
  • choisir des conditions météorologiques favorables (temps frais, peu venteux) afin de limiter les pertes d’azote par volatilisation 
  • utiliser des matériels adaptés (pendillards, enfouissement rapide) pour améliorer l’efficacité des apports
  • intégrer le digestat dans un plan de fertilisation global, sur l’ensemble du parcellaire, en compensant avec d’autres apports organiques ou minéraux si nécessaire.

L’objectif est double : optimiser la nutrition des cultures tout en limitant les impacts environnementaux.

Metha-BioSol : un exemple fondé sur la recherche et l’expérimentation

Pour accompagner le développement de la méthanisation et sécuriser l’usage des digestats en agriculture, les Chambres d’agriculture se sont fortement mobilisées aux côtés de la recherche et des agriculteurs. Elles ont conduit plusieurs études et expérimentations de terrain visant à mieux comprendre les effets de l’épandage de digestats sur les sols, en tenant compte de la diversité des produits et des pratiques.

Parmi ces travaux, le projet Metha-BioSol constitue une référence majeure. Mené entre 2020 et 2024 dans une démarche partenariale associant Chambres d’agriculture, INRAE et agriculteurs, ce projet avait pour objectif d’évaluer l’impact des digestats de méthanisation sur la qualité biologique des sols.

Pour cela, il s’est appuyé sur un dispositif original combinant : 

  • essais en laboratoire
  • sites expérimentaux
  • et un vaste réseau de 90 fermes agricoles suivies dans différents contextes de sols, de systèmes de cultures et de types de digestats.

Effets des digestats : des références solides pour conseiller les agriculteurs

Les moyens mis en œuvre ont permis d’analyser de nombreux indicateurs :

  • activité et diversité des micro-organismes du sol
  • présence de lombriciens et de nématodes
  • ormes et dynamique du carbone
  • mais aussi paramètres physiques, chimiques et sanitaires des sols.

Les résultats montrent notamment que les effets des digestats dépendent fortement du type de digestat, du sol et surtout des pratiques agricoles associées. Ils confirment que, utilisés seuls, certains digestats ont des effets proches de ceux des engrais minéraux sur la biologie des sols, mais que leur intégration dans des systèmes agronomiques diversifiés (rotations longues, couverts végétaux, apports complémentaires de matières organiques, limitation du travail du sol) permet de préserver, voire d’améliorer, la qualité des sols.

Ces travaux apportent aujourd’hui des références solides et objectivées, directement mobilisées par les Chambres d’agriculture pour conseiller les agriculteurs. Ils contribuent à dépasser les idées reçues, à mieux adapter les pratiques d’épandage et à inscrire l’usage des digestats dans une approche globale et durable des systèmes de production.

Digestats de méthanisation : une opportunité agronomique réelle

Les digestats de méthanisation représentent une opportunité agronomique réelle lorsqu’ils sont bien connus et correctement utilisés.

Ils participent à :

  • la valorisation des ressources locales
  • la réduction des intrants de synthèse
  • au maintien de la fertilité des sols.

Mais cette valorisation repose sur un principe essentiel : savoir ce que l’on épand pour adapter ses pratiques. Analyses, réglementation, accompagnement technique et retours d’expériences sont autant de garanties pour une utilisation à la fois efficace, durable et respectueuse de l’environnement.

 

 

originaire

échanges

entre plantes et micro-organismes du sol



Quand les plantes dialoguent avec les microbes : une découverte aux impacts bien réels

Longtemps invisibles, les échanges entre plantes et micro-organismes du sol jouent un rôle essentiel dans l’agriculture. Au cœur de ces interactions, des molécules clés, les facteurs Nod et Myc, contribuent à améliorer la productivité des cultures et à favoriser des pratiques plus durables. Une étude ASIRPA (Analyse des impacts sociétaux de la recherche), menée par INRAE, met en lumière les retombées concrètes de ces découvertes issues de plusieurs décennies de travaux de recherche. De la réduction des engrais aux gains de productivité observés, ces avancées illustrent le rôle de la recherche fondamentale dans l’émergence d’innovations en agriculture.

Dans les années 1970, des chercheurs de l’Inra se lancent dans un pari audacieux : comprendre comment les plantes interagissent avec les microorganismes du sol. Leur objectif ? Mieux comprendre ces mécanismes et ouvrir la voie à des alternatives naturelles aux engrais azotés, dont l’usage massif pèse sur l’environnement. 

Les plantes ne peuvent pas utiliser directement l’azote de l’air. Ce rôle revient à certains microorganismes capables de le transformer en nutriment assimilable. Chez les légumineuses (comme le soja ou le pois), ces microorganismes sont des bactéries qui vivent dans des nodosités formées sur les racines. Au fil du temps, une relation étroite, spécifique et durable, s’est installée entre la plante et ces bactéries : la symbiose et plus particulièrement, le mutualisme qui caractérise une relation symbiotique mutuellement bénéfique pour la plante et les bactéries.

Deux décennies plus tard, les chercheurs identifient les facteurs Nod, des molécules clés dans ce dialogue. Produites par les bactéries, ces facteurs déclenchent la formation des nodosités. Plus récemment, d’autres molécules similaires, les facteurs Myc, ont été découvertes chez des champignons du sol. Leur rôle ? Faciliter une autre forme de symbiose, la mycorhization, qui permet à de nombreuses plantes, y compris les céréales, de mieux se nourrir.

Ces découvertes dépassent largement le cadre scientifique. Grâce à des partenariats industriels, ces molécules sont aujourd’hui utilisées comme biostimulants agricoles dans plusieurs pays. À la clé, des rendements en hausse d’environ 3 %, traduisant un réel gain de productivité des cultures.

Les impacts sont multiples. Sur le plan économique, ces innovations ont déjà généré des gains estimés à plusieurs milliards d’euros à l’échelle mondiale, principalement en Amérique du Nord et du Sud. Sur le plan environnemental, elles ouvrent la voie à une réduction des engrais azotés, responsables de la pollution des eaux et d’émissions de gaz à effet de serre.

À plus long terme, ces avancées pourraient contribuer à renforcer l’autonomie agricole de l’Europe, notamment en favorisant le développement des légumineuses afin de réduire l’usage des engrais azotés et de soutenir l’autonomie protéique tout en rendant les cultures céréalières plus performantes. Ainsi, l’impact de ces découvertes ne tient pas uniquement à l’identification des facteurs Nod et Myc, mais à la construction, sur la durée, d’une chaîne complète allant de la compréhension des mécanismes de symbiose jusqu’au développement, à l’évaluation et au déploiement de solutions mobilisables en agriculture.

Référence : Molinéro-Demilly V., Bensmihen S., Joly P.B. Facteurs Nod et Myc : des molécules signal au champ pour un gain de productivité des cultures. INRAE. 2025, pp.23. 〈hal-05345034