
Marché des céréales
Campagne de commercialisation 2026-2027 : un saut dans l’inconnu
La géopolitique et les conditions climatiques rendent imprévisible la prochaine campagne de commercialisation des céréales.
Ce n’est pas seulement la production de grains qui conditionne leur disponibilité mais leur transport.
Les conditions de cultures des céréales d’hiver sont meilleures en France que l’an passé à la même époque (semaine 17), malgré l’absence de précipitations tout au long du mois d’avril.
Selon l’observatoire Céré’Obs, elles sont bonnes à très bonnes à 81 % pour le blé (74 % en 2025) et à 77 % pour l’orge d’hiver (70 % en 2025). Mais les récentes pluies survenues durant le week-end du premier mai rassurent les producteurs de grains. Au sud de la Loire, les céréales d’hiver épient.
Aux Etats-Unis et en Russie, la situation est bien différente. Le froid et la sécheresse retardent la croissance des cultures d’hiver et l’implantation des céréales de printemps, selon plusieurs sources d’informations.
En Australie et en Amérique du Sud, le retour de l’El Nino perturbera le climat dans les prochains mois.
Le Conseil international des céréales (CIC) entrevoit une production australienne de 32 millions de tonnes (Mt), inférieure aux deux étés austraux précédents.
Pour autant, cette estimation ne prend pas en compte les mesures que prendront ce mois-ci, les céréaliers australiens, en emblavant leurs parcelles, pour limiter l’impact des flambées des prix de l’énergie et des engrais sur leurs coûts de production.
En fait, l’ensemble des agriculteurs de l’hémisphère sud pourrait revoir leur assolement pour prendre en compte cette nouvelle donne.
Prévision ajustée à la marge…pour le moment
Aussi, les impacts de ces nouvelles mesures sont inconnus à ce jour mais ils s’ajouteront aux récents ajustements mentionnés dans le dernier rapport du CIC.
La production mondiale de grains 2026-2027 est dorénavant estimée à 2 414 Mt, soit 3 Mt de moins qu’en mars.
La production mondiale de céréales serait alors inférieure de 60 Mt à la campagne qui s’achève tout en restant supérieure de plus de 80 Mt à celle de 2024-2025. Or les échanges commerciaux n’auront entre temps progressé que de 24 Mt à 448 Mt.
Mais durant la prochaine campagne, les pays maghrébins importeraient moins de grains que les campagnes passées pour s’approvisionner. Au Maroc, les prochaines récoltes de blé tendre, d’orges et de blé dur s’annoncent prometteuses. Les précipitations ont été très abondantes l’automne et l’hiver passés.
820 Mt de blé seraient produites dans le monde en 2026-2027 selon le CIC, dont 38,3 Mt de blé dur (cf encadré ci-dessous). Dans l’hémisphère nord, les pays exportateurs majeurs de la céréale (UE, Russie, Ukraine, Etats-Unis, Kazakhstan et Canada) en récolteraient environ 350 Mt. Mais après une campagne 2025 record, ils engrangeraient 17 Mt de moins que l’été dernier.
Mais là encore, ces prévisions ne prennent pas en compte la détérioration récente des conditions climatiques en Amérique du Nord.
En Union européenne, la récolte de 137 Mt serait inférieure de 6 Mt à l’an passé. En France, la production est pour le moment estimée à 33,6 Mt.
Orges : selon le CIC, 147 Mt seraient engrangées dans le monde au cours de la prochaine campagne dont 84 Mt en UE, au Canada, en Russie et en Ukraine, exportateurs majeurs de la céréale dans l’hémisphère nord.
La production mondiale d’orges se replierait ainsi de 7 Mt. La moitié de la baisse serait européenne (- 3 Mt à 52,5 Mt). La France en engrangerait à elle-seule 11,5 Mt pour en exporter plus de la moitié à ses voisins européens mais aussi en Arabie saoudite et en Chine.
Quant à la production mondiale de maïs, les prévisions avancées par le CIC ne convainquent pas puisqu’elles ne prennent pas en compte les impacts générés par la crise économique et politique.
Des coûts de transport déconnectés des prix des grains
Sur les marchés, les opérateurs prennent conscience que la prochaine campagne de commercialisation 2026-2027 sera bien différente de la précédente.
La conjoncture économique et politique la rend imprévisible.
Dans l’immédiat, les prix des grains ne vont pas pour autant flamber. Les stocks de fin de campagne sont très importants.
Mais la géopolitique remodèle les routes commerciales des céréales, allonge les itinéraires maritimes et accroît la consommation de carburants hors de prix.
Et quand ils peuvent naviguer, les cargos évitent les régions maritimes très risquées de la mer Noire mais surtout de la mer Rouge et du détroit d’Ormuz.
« Les coûts de transport sont de plus en plus déconnectés des prix des céréales », souligne Ukragroconsult. « Même lorsque les prix du blé baissent, les coûts d'expédition peuvent rester élevés en raison des risques géopolitiques et des difficultés logistiques ».
En Ukraine, le gouvernement lie de nouvelles alliances commerciales win-win avec l’Arabie saoudite pour sécuriser mutuellement leurs approvisionnements en céréales et en hydro-carburants fossiles.
« L’armée ukrainienne exportera aussi son expertise et son expérience pour protéger l’espace aérien saoudien », soutient Ukragroconsult.
De nouveaux itinéraires d’approvisionnement par voie terrestre, depuis les ports turcs jusqu’aux pays du Golfe persique via la Syrie et l’Irak, prennent forme.
Hausse encadrée des prix par le Dollar
Ces quinze derniers jours, les prix du blé et du maïs ont vivement progressé. La tonne de grains vaut 10-12 € de plus que le 24 avril.
Comme le maïs est employé pour fabriquer de l’éthanol, son cours est quelque peu porté par la flambée des prix des produits pétroliers. Il dépasse dorénavant les valeurs atteintes en 2025 et 2024 à pareille époque.
Sur le marché à termes Euronext, le cours de la tonne de maïs est supérieur à 220 € et celui du blé à 210 €. Mais ces prix ne couvrent toujours pas les coûts de production.
La parité de l’Euro actuellement à 0,85 dollar masque l’augmentation sensible des prix observée Outre-Atlantique.
Aux Etats-Unis, le cours « Récolte 2026 du blé SRW Fob Golfe du Mexique » tend vers 265 $.

