
Marché des céréales
Une campagne 2026-2027 pleine d’inconnues
Dans son dernier rapport, le CIC révise à la baisse ses prévisions pour 2026-2027. Mais dans les prochaines semaines, d’autres ajustements s’imposeront. Ils prendront davantage en compte l’évolution des conditions de cultures en Union européenne, le retour de l’El Nino, la faible rentabilité des productions de grains et la crise dans le Golfe Persique.
A Rouen, la tonne de blé valait 212 € le 12 mai dernier, un niveau jamais atteint depuis le début de la campagne au mois de juillet dernier. En moins de quatre semaines, il a gagné près de 30 €. Depuis, le cours varie entre 200 € et 210 €.
Ces huit derniers jours, le prix du maïs oscille autour de 207-208 € quand celui de l’orge est sous la barre de 200 €.
« Pour l'instant, les stocks importants freinent la hausse des prix. Le marché céréalier devrait connaître son principal mouvement de prix en août-septembre prochains », prévoit l'agence ukrainienne PUSK.
Mais la guerre dans le Golfe Persique impacte déjà sensiblement son fonctionnement.
Aux Etats-Unis, le prix du maïs est sous l’influence des cours du pétrole tout en étant concurrencé, sur les marchés, par l’arrivée des céréales sud-américaines. Or la récolte argentine de grains est particulièrement abondante (67 millions de tonnes - Mt), selon le Conseil international des céréales (CIC).
« La production mondiale de céréales pourrait diminuer pour la première fois, en quatre ans, en raison d'une réduction des surfaces récoltées et des rendements moyens plus faibles », a indiqué le CIC dans son dernier rapport sur le marché des céréales du 21 mai.
Le CIC prévoit une baisse de 3 % de la récolte mondiale de blé tendre et dur, à 820 Mt, et de 2 % pour le maïs, à 1,3 milliard de tonnes, par rapport à la saison précédente. Malgré cela, la consommation de blé, de maïs et d'orge devrait continuer de progresser.
En l’état, environ 63 Mt de grains seront produites en moins dans monde (2 413 Mt). Les Etats-Unis (462 Mt), en récolteraient à eux-seuls 40 Mt de moins.
La production américaine de blé (42 Mt) sera non seulement inférieure de 12 Mt à l’an passé mais aussi la plus faible des cinquante dernières années. La superficie de blé emblavée l’automne dernier est bien inférieure à celle des années passées et les conditions de cultures n’ont pas été propices au développement de la céréale.
En Union européenne, et en France en particulier, les nouvelles prévisions du CIC, ne prennent pas en compte l’impact du dôme de chaleur qui s’est abattu sur l’Europe. Jusqu’au 18 mai dernier, FranceAgriMer notait les conditions de cultures du blé bonnes à très bonnes à 80 % et celles de l’orge d’hiver à 76 %, soit 10 points de plus que l’an passé. A l’heure où nous écrivons ce papier, le nouveau rapport du Céré’obs n’a pas encore été publié.
En Union européenne, une campagne de commercialisation mitigée
A l’échelle mondiale, la campagne céréalière serait déficitaire de 24 Mt de grains, selon le CIC. Mais les pays exportateurs pourront compter sur leurs stocks de report, supérieurs de 50 Mt à ceux de 2024-2025, pour compenser ce déficit attendu.
L’Union européenne débutera elle-même la prochaine campagne 2026-2027 avec des stocks de blé plus importants qu’escompté.
Fin mai, seules 20,6 Mt de blé et 470 000 tonnes de farine ont été exportées vers des pays tiers alors que l’objectif était de 27 Mt.
Pour l’orge, l’objectif européen de 11,5 Mt est en voie d’être atteint en ajoutant les expéditions de grains et à celles de malt (converties en équivalent tonnes d’orges). Selon la Commission européenne, 8,2 Mt d’orges et 2,5 Mt de malt ont été exportées depuis le 1er juillet dernier, soit l’équivalent de 10,7 Mt de grains.
Parmi les pays exportateurs majeurs de céréales, l’Ukraine serait le seul à produire quasiment autant de grains que la campagne qui s’achève (61,5 Mt). Compte tenu des stocks dont le pays dispose, les Ukrainiens exporteront davantage de céréales dès l’été prochain. Ils pourront compter sur l’Union européenne, l’Algérie et la Chine pour les lui acheter.
Par ailleurs, certains pays d’Asie de Sud souhaitent s’affranchir quelque peu des Etats-Unis. Leur politique étrangère effraie. L’Ukraine y voit une opportunité pour vendre davantage de blé, d’orges et de maïs.
2026-2027 : des échanges commerciaux redéployés
Au cours de la prochaine campagne, la Chine sera encore un peu plus auto-suffisante. Elle s’apprêterait à produire 456 Mt de céréales (+5 Mt, chaque année).
Comme la campagne passée, l’Empire du Milieu n’importerait qu’une trentaine de millions de tonnes de grains, dont 10,7 Mt d’orges. Il y a quelques années, il s’en faisait livrer près de 60 Mt.
En fait, l’Empire du Milieu puisera de nouveau dans ses stocks les grains qu’il ne récoltera pas en quantités suffisantes en 2026-2027. Aussi, ces derniers diminueraient de 4 Mt à 312 Mt.
En Afrique du Nord et au Moyen Orient, structurellement importateurs de céréales, moins d’orges et de blé seraient achetés notamment par la Turquie et le Maroc où les récoltes seront meilleures que l’an passé.
Dans les semaines à venir, une des inconnues de la prochaine campagne est l’évolution du climat en Europe.
Dans l’hémisphère sud, le retour de l’El Nino est d’ores et déjà redouté. En Australie, où la sécheresse pourrait sévir, le CIC a réduit de 9 Mt la production potentielle de blé et d’orges (48 Mt versus 57 Mt en 2025-2028).
Durant la seconde partie de la campagne 2026-2027, le pays concurrencera moins l’Ukraine sur les marchés sud-asiatiques.
Mais en Argentine, l’El Nino pourrait au contraire soutenir les rendements et compenser en partie la baisse des superficies emblavées.
L’autre inconnue majeure de la prochaine campagne céréalière est le dénouement de la crise dans le Golfe Persique. Comme les prix des intrants érodent la rentabilité des cultures du blé et d’orges, les agriculteurs australiens et argentins sèment moins céréales d’hiver. Selon le CIC, la superficie de blé se contracterait de 11 % en Australie et de 7 % en Argentine.
L’automne prochain, les agriculteurs de l’hémisphère nord pourront aussi être tentés de réduire la superficie de céréales d’hiver dans leur assolement si les prix des grains ne sont pas nettement redressés.

