
Marché des céréales
Blocus du détroit d’Ormuz : les pays du golfe Persique ont peu de solutions alternatives pour être approvisionnés
Plus un seul cargo ne livre des céréales aux pays du golfe Persique dont ils sont tous tributaires. Toutefois, l’Iran a un accès limité à la mer Caspienne. Et l’Arabie saoudite possède un port pétrolier sur la Mer Rouge.
Publié à la fin de semaine dernière, le nouveau rapport mensuel du Conseil international des céréales (CIC) fait le point sur les échanges commerciaux de céréales des pays du golfe Persique avec le reste du monde.
Certains d’entre eux importent plus de 90 % des céréales qu’ils consomment.
Or depuis plus de trois semaines, aucun navire ne parvient à traverser le détroit d’Ormuz alors que le Golfe d’Aden reste une zone dangereuse. Mais à trois mois de la fin de la campagne de commercialisation 2025-2026, le CIC n’a ajusté qu’à la marge ses prévisions d’importations de céréales de cette partie du monde.
« Les livraisons de blé prévues vers le golfe Persique sont réduites de 0,3 million de tonne (Mt), comparées à la précédente estimation », écrit le CIC. Et à 11,5 Mt d’ici la fin du mois de juin prochain, elles demeureront supérieures de 1,3 Mt à celles de l’an passé. Enfin, une grande partie des grains qui doit être importée durant la campagne, a déjà été livrée.
Mais pour combler ses déficits structurels, l’Iran est davantage tributaire des importations de céréales que les années passées car ses cultures avaient souffert de la sécheresse en 2025. Aussi, le pays avait programmé l’achat de 3 Mt de blé entre les mois de juillet 2025 et juin 2026, selon le CIC. Soit 1,6 Mt de plus que la campagne précédente.
Avant le conflit moyen oriental, l’Iran comptait sur la Russie et sur le Kazakhstan pour être livré en grains par voies terrestres ou par cargos traversant la mer Caspienne. Mais ces trois dernières semaines, les bombardements israéliens et américains n’ont pas épargné les infrastructures portuaires du nord du pays.
La situation de l’orge est similaire à celle du blé. Au mois de février dernier, le CIC estimait à 7,6 Mt les importations des pays du golfe Persique, majoritairement iraniennes et saoudiennes. Mais depuis un mois, plus un seul grain n’est livré. Toutefois, l’Iran peut toujours compter sur ses voisins caspiens pour être approvisionné. Alors qu’en Arabie, les ports de la Mer Rouge ne sont pas dotés d’infrastructures pour débarquer des céréales.
La nouvelle guerre du golfe Persique déclenchée par les Etats-Unis et Israël perturbera davantage les importations de maïs (17 Mt par an) vers les pays de la région et notamment vers l'Iran, l'Arabie saoudite et l'Irak (90 % des livraisons).
Toutefois, les campagnes de commercialisation du maïs débutent toujours après celle du blé. Et au Moyen Orient, une grande partie de la céréale importée provient habituellement du Brésil et d’Argentine à la fin de chaque été austral. Les pays exportateurs de l’hémisphère nord n’ont jamais réellement convoité le marché moyen oriental.
Mais comme près de 9 Mt de maïs ont déjà été acheminées dans les pays du Golfe ces sept derniers mois, le blocus du détroit d’Ormuz n’affecterait qu’à la marge les échanges commerciaux de la céréale (-0,5 Mt), selon le CIC. Sauf si le conflit est appelé à durer.
Des stocks de report record
L’actuelle campagne mondiale de commercialisation 2025-2026 s’achèvera à la fin du mois de juin avec des stocks de report de blé, orge et maïs en hausse de 47 Mt à 632 Mt, selon le CIC.
Cette hausse est portée par les pays exportateurs majeurs de céréales et par l’Inde alors que la Chine poursuit sa lente opération de déstockage entamée depuis le début de la décennie (318 Mt ; -6 Mt).
Aussi, la prochaine campagne de commercialisation pourrait débuter comme se déroule l’actuelle, avec des prix insuffisamment élevés pour couvrir les coûts de production et pour rémunérer les céréaliers. Même si depuis le début du conflit moyen-oriental, les cours du maïs sont inféodés à ceux des carburants fossiles.
Les premières estimations pour 2026-2027
Comme chaque année à pareille époque, le CIC a délivré les premières prévisions de productions pour la prochaine campagne 2026-2027.
2 417 Mt de céréales (hors riz) seraient récoltées dans le monde à partir de l’été prochain si les conditions de cultures restent globalement favorables, soit 44 Mt de blé, d’orges et de maïs de plus qu’en 2025-2026.
Mais la campagne avait alors été exceptionnelle: 144 Mt de grains supplémentaires ont été engrangées.
Quant au blé dur, sa production mondiale (38,3 Mt) resterait inchangée.
En 2026-2027, la production mondiale de blé tendre (822 Mt) serait inférieure de près de 23 Mt à celle de l’an passé. Tous les pays exportateurs majeurs de la céréale verraient leur récolte diminuer et s’aligner sur la moyenne des années passées: Union européenne (137 Mt ; -6 Mt) ; Russie (85 Mt ; -5 Mt) ; Canada (36Mt ; -4 Mt). Mais dans l’hémisphère sud, le retour de l’El Nino pourrait affecter la seconde partie de la prochaine campagne.
Pour le maïs, le CIC entrevoit pour 2026-2027 un simple ajustement de sa production mondiale 2025-2026 record de 1 320 Mt après avoir augmenté de 80 Mt la précédente.
La prochaine récolte mondiale de maïs ne diminuerait que de 20 Mt. Mais une grande partie de la récolte se jouera l’hiver prochain dans l’hémisphère sud et dépendra là encore de l’intensité de l’El Nino.
Quant à l’orge, le CIC anticipe une baisse significative de la production mondiale 2026-2027. Elle annulerait les gains observés durant cette campagne (154 Mt ; +8 Mt). Compte tenu de l’état actuel des cultures et des superficies déclarées, la production d’orge en 2026-2027 n’excèderait pas 146 Mt.
Enfin, la production mondiale de sorgho serait de 64 Mt. La baisse d’1 Mt serait essentiellement étasunienne.

