
Marché des céréales
Dans l’attente d’un nouveau contingentement ukrainien
En Pologne, les négociations commerciales portant sur le contingentement des exportations de céréales ukrainiennes en Union européenne est un enjeu politique majeur. Le second tour de l’élection présidentielle se déroulera le 1er juin prochain. L’Ukraine se demande si elle pourra encore exporter des grains en UE.
A peine publiées, les prévisions de l’USDA et du CIC sont ajustées au fil de l’actualité climatique et économique.
En Chine, l’institut américain annonce une production de blé de 142 millions de tonnes (Mt) dans son rapport du 12 mai dernier. Seules 6 Mt de blé devraient alors être importées durant la prochaine campagne. Mais UkrAgroConsult affirme sur son site qu’une « sécheresse en Chine impactera probablement la production de blé d'hiver. Des achats de blé en provenance du Canada et d'Australie ont été signalés ».
En Russie, une partie des cultures de blé de printemps a été altérée par des périodes de gel tardives. Il n’en fallait pas plus pour que les marchés réagissent violemment depuis plusieurs jours.
Tout d’abord, la nouvelle dépréciation du dollar observée depuis le week-end dernier, consécutive au retrait à la dette américaine du triple A, dorénavant rétrogradée Aa1, a orienté à la baisse les cours des céréales sur le marché européen. A Rouen, le prix de la tonne de blé a perdu 4 € en deux jours. Le 20 mai, la tonne de blé ne valait plus que 200 € avant de rebondir le lendemain à 207 €.
Un enjeu politique
En Pologne, où se déroulera le second tour de l’élection présidentielle le 1er juin prochain, les négociations commerciales portant sur le contingentement des exportations de céréales ukrainiennes en Union européenne est un enjeu politique majeur. Les agriculteurs polonais, français et d'autres pays de l'UE se plaignent régulièrement de la concurrence ukrainienne et de la baisse des prix intérieurs qu’elle génère.
« Le gouvernement polonais a demandé à la Commission européenne de suspendre les négociations commerciales avec Kiev pour contingenter les importations de produits agricoles ukrainiens, rapporte UkrAgroConsult…. Un document de la Commission européenne présenté aux pays membres prévoit une réduction significative des quotas en franchise de droits pour les produits agricoles ukrainiens : pour le maïs, 4,7 Mt à 650 000 tonnes, pour le sucre de 109 000 tonnes à 40 700 tonnes et pour la volaille de 57 100 tonnes à 40 000 tonnes ».
Toutefois, rien n’est décidé. Les négociations commerciales ne s’achèveront pas avant le 6 juin prochain, après l’élection présidentielle. A défaut, des restrictions temporaires seront introduites, notamment la répartition mensuelle du quota annuel jusque là alloué. Par la suite, l'UE limiterait considérablement l'accès en franchise de droits des produits ukrainiens à son marché. L’Ukraine se demande si elle pourra encore exporter des grains en UE.
Campagne 2025-2026
FranceAgriMer a maintenu le 12 mai dernier, à 74 % ses notations de blé d’hiver « bon à très bon » dans sa dernière publication hebdomadaire Céré’Obs, contre 64 % l’an dernier à la même période. Pour le blé dur le ratio est de 76 % (+10 points sur un an) et pour l’orge d’hiver, 69 % (+3 points).
Toutefois, la situation est inquiétante dans Les Hauts de France et dans le Grand bassin parisien, affectés par un déficit hydrique qui menace la croissance des céréales. L’Allemagne est aussi affectée par ce déficit. Le potentiel de production est affecté.
Au terme de la campagne actuelle, la France aura exporté selon FranceAgriMer moins de 10 Mt de blé (16,6 Mt en 2023-2024), 6,5 Mt d’orges versus 8,2 Mt en 2023-2024 et 4,8 Mt de maïs (versus 4,3 Mt en 2023-2024) alors que la production a entre temps augmenté de près de 2 Mt.
La France va finir la campagne avec des stocks de maïs de 3,5 Mt après avoir été revus régulièrement en hausse ces derniers mois. Ils n’étaient que de 2 Mt au début de la campagne.
Pour les autres céréales, les stocks de report de fin de campagne seront bien plus faibles que l’an passé (2,6 Mt versus 3,2 Mt pour le blé ; 1,16 Mt versus 1,28 Mt pour l’orge).
A l’échelle de l’Union européenne, les exportations de céréales n’excèderont pas 37 Mt toujours selon FranceAgriMer, soit 14,5 Mt de moins que la campagne passée. Par céréale, ces ventes seront ainsi ventilées: 24 Mt de blé, 2,5 Mt de maïs et 9,5 Mtd de blé.
Depuis le début du mois de juillet 2024, l’UE a d’ores et déjà exporté 18 Mt de blé (soit 9 Mt de moins que l’an dernier), sans avoir l’assurance d’atteindre les objectifs de campagne.
Pour l’orge, les livraisons portent sur 6,8 Mt (malt compris) et le maïs 1,9 Mt. Mais les importations de maïs (17,5 Mt) sont d’ores et déjà supérieures de 2 Mt à l’an passé au terme de 10 mois de campagne. L’essentiel provient d’Ukraine.
En dix mois de campagne, l’Ukraine a exporté en Union européenne (UE) 4,4 millions de tonnes (Mt) de blé, 10 Mt de maïs, 420 000 tonnes d’orges et 5 000 tonnes d’avoine selon la Commission européenne. Son principal client est l’Espagne suivie par l’Italie et les Pays Bas.
L’UE est pourtant le quatrième producteur au monde de maïs (59 Mt) derrière les Etats-Unis (377 Mt), la Chine (295 Mt) et le Brésil (131 Mt). Mais elle est le premier importateur mondial (20 Mt chaque année) puisqu’elle en consomme environ 78 Mt. Et si la céréale ne provenait pas d’Ukraine, elle serait exportée d’autres pays.
Pour la campagne 2025-2026, les estimations la Direction générale de l’agriculture de la commission européenne, rapportées par FranceAgriMer, sont les suivantes. Sur les 280 Mt de céréales qui seraient produites (+ 124 Mt versus 2024-2025), 126 Mt de blé tendre seraient récoltées mais aussi 7,9 Mt de blé dur, 51,7 Mt d’orges, 65 Mt de maïs et 14,6 Mt de seigle et d’avoine à parts égales.

