
Marché des céréales
Le marché des grains pris en étau entre abondance mondiale et regain de tensions géopolitiques
La grande fragilité de l’équilibre actuel des marchés céréaliers, pris entre des disponibilités mondiales toujours très confortables et une succession de facteurs exogènes – monétaires, géopolitiques et climatiques – qui entretiennent une forte volatilité sans parvenir à inverser la tendance de fond a encore été démontré cette semaine.
Après le choc baissier provoqué par le dernier rapport USDA la semaine dernière, les marchés ont d’abord tenté un rebond technique en début de période. Sur Euronext, le blé est ainsi repassé brièvement au-dessus des 190 €/t, soutenu à la fois par la faiblesse du dollar et par des achats de couverture des opérateurs. La vague de froid observée en Russie, en Ukraine et dans l’est de l’Europe a également apporté un soutien psychologique, même si aucune dégradation significative des cultures d’hiver n’a encore été signalée.
Outre-Atlantique, la chute précédente des prix a relancé l’intérêt des importateurs. La Corée du Sud, le Japon et plusieurs destinations non identifiées se sont positionnés sur du blé et du maïs américains, tandis que les exportations canadiennes de blé restent en nette avance sur l’an passé. Ces signaux témoignent d’une demande opportuniste, attirée par des niveaux de prix redevenus compétitifs.
Sur le marché européen, le maïs s’est particulièrement distingué en début de semaine. L’échéance mars sur Euronext a atteint un plus haut depuis début novembre, dépassant même le prix du blé et de l’orge fourragère. Cette hiérarchie inédite des prix interroge déjà les formulateurs en alimentation animale, contraints de revoir leurs arbitrages entre matières premières. Elle reflète aussi la tension persistante sur le maïs disponible en Europe, alors que les flux ukrainiens restent perturbés par les frappes russes sur les infrastructures et par des contraintes logistiques toujours lourdes.
Mais cette embellie aura été de courte durée. Le marché a rapidement intégré les résultats des grands appels d’offres internationaux, qui ont largement profité aux origines concurrentes de l’Europe de l’Ouest. L’Arabie saoudite a acheté plus de 900 000 tonnes de blé et l’Algérie environ 720 000 tonnes, majoritairement en provenance d’Argentine et de la zone mer Noire. L’origine française s’est trouvée marginalisée, ce qui a pesé directement sur les cours d’Euronext, d’autant plus que la remontée de l’euro au-dessus de 1,17 dollar a dégradé la compétitivité des offres européennes.
Cette pression concurrentielle est exacerbée par la situation en mer Noire. La Russie reste très agressive à l’export, avec des disponibilités abondantes et des exportations désormais estimées à 46,5 Mt. Si les prix intérieurs russes s’ajustent à la baisse dans les régions éloignées des ports, les coûts logistiques élevés limitent pour l’instant l’impact sur les offres export. L’Ukraine, de son côté, bénéficie d’une demande soutenue en maïs, malgré des difficultés d’acheminement, tandis que la vague de froid actuelle fait peser un risque sur les cultures d’hiver dans certaines zones mal protégées par la neige.
Sur le plan mondial, les grands équilibres restent lourdement excédentaires. La Chine, acteur clé de la demande, confirme son retrait spectaculaire : ses importations de blé ont chuté de 65 % sur un an. A l’inverse, l’Inde pourrait réapparaître ponctuellement sur la scène export avec l’octroi d’un quota de 500 000 t de farine, dans un contexte de récolte record annoncée (117,9 Mt), sous réserve des aléas climatiques à venir.

