
Marché des céréales
Maïs américain taxé : la fin de l’eldorado européen
En taxant le maïs étasunien importé, l’UE réduit ses sources d’approvisionnement. Or elle en importe 20 Mt par an. Mais en cette fin de campagne, les pays européens importateurs de maïs peuvent compter sur la Roumanie et la Bulgarie pour leur livrer du maïs. Mais leurs stocks sont limités.
Et si les taxes Trump faisaient finalement l’affaire des Ukrainiens ? Le 1er avril prochain, la Commission européenne pourrait décider de taxer quelques dizaines de milliards de dollars de produits américains importés en réponse aux taxes que les Etats-Unis veulent infliger à une partie des exportations européennes sur leur sol.
Mais taxer le maïs étasunien de 25 % mettrait alors un terme à la reconquête très récente du marché européen des céréales par les Etats-Unis, quasi absents il y a encore 2-3 campagnes.
Le maïs serait en effet concurrencé par le maïs sud-américain et ukrainien meilleur marché.
Cette campagne-ci, les Etats-Unis ont déjà vendu plus de 2,6 Mt de grains en Union européenne et principalement à l’Espagne. Le marché européen représente à lui seul 5 % des débouchés à l’export du maïs étasunien.
Dans le reste du monde, la politique douanière de Donald Trump, président des Etats-Unis réduira aussi l’accès des céréales américaines à de nombreux autres pays importateurs de grains comme se prépare à le faire l’Union européenne. Alors que les Etats-Unis n’ont jamais eu autant de maïs à exporter depuis 3-4 campagnes que cette année (62Mt). Pour sa part, la Chine est déjà partie pour acheter trois fois moins de grains que l’an passé.
Gérer la fin de campagne
Si on exclut les Etats-Unis, l’Ukraine est le seul pays de l’hémisphère nord à avoir encore en stocks de maïs dans le monde. Mais sur les 20 Mt engrangées en début de campagne, seules 5 Mt sont encore disponibles à la vente. Par ailleurs, le pays s’est vu imposer par la Commission européenne un plafonnement de ses ventes pour cette céréale jusqu’au mois de mai prochain.
En attendant, la Roumanie et la Bulgarie sont moins concurrencées par leur voisine ukrainienne pour écouler leurs propres récoltes sur le marché européen.
Depuis le mois de juillet dernier, l’Ukraine a exporté une trentaine de millions de tonnes de céréales dont près de douze en Union européenne. L’Espagne en a acheté les trois-quarts (9Mt).
Un nouveau plafond attendu
Au cours de la prochaine campagne, les pays européens pourront toujours compter sur l’Ukraine pour acheter les céréales qu’ils n’auront pas produites en quantités suffisantes pour couvrir leurs besoins. Pour le maïs, le nouveau plafond de ventes pour 2025-2026 sera connu d’ici le mois de juin. Mais si le maïs américain est taxé, la Commission ne pourra pas ignorer ces nouvelles contraintes commerciales.
Toutefois, il sera là encore dans l’intérêt des pays européens de prioriser le maïs roumain ou bulgare aux dépens du maïs sud américain. Mais l’Union européenne importe plus de 20 Mt de maïs chaque année !
En attendant, cette taxation américaine contraindra peut-être les industries européennes de l’alimentation animale, qui s’approvisionnent aux des Etats-Unis pour fabriquer leurs aliments, à privilégier des céréales européennes ou sud-américaines pour rester compétitives.
En France, cette industrie retrouve des couleurs. Les fabricants d’aliments transforment 8,7 Mt de céréales françaises, selon FranceAgriMer : 4,5 Mt de blé ; 1,1 Mt d’orges et 3,0 Mt de maïs.
Cependant, ils n’auront pas consommé autant de céréales depuis 2019-2020. A cette époque 9 Mt de grains avaient été étaient alors transformées et dix ans encore plus tôt, les volumes portaient sur 10 Mt.
85 Mt dans l’hémisphère sud
Dans l’hémisphère sud, la campagne de commercialisation du maïs a débuté depuis deux mois avec l’arrivée de la petite récolte brésilienne puis se succèderont les productions argentine et sud-africaine et ensuite la Safrina. En ajoutant le Paraguay, leur disponible exportable jusqu’à l’automne prochain est de 85 Mt.
Ukragroconsult rapporte : « les associations agricoles d'Afrique du Sud se réjouissent des prévisions optimistes du Crop Estimates Committee (CEC). Il prévoit une récolte nationale de maïs est estimée à 14 Mt en hausse de 8,26 %, ou 1,1 Mt ». Pour sa part l’USDA anticipe une production de 16 Mt et un disponible exportable de 2 Mt. Quoiqu’il en soit, ces bons résultats sont très rassurants après une année 2023-2024 pénalisée par une sécheresse intense.
Mais si les pays importateurs de céréales américaines se détournent du maïs américain, le marché sud-américain sera tendu. Une inflation des cours est plausible jusqu’en Union européenne.
Un air de fin de campagne
Dans le bassin de la Mer Noire, souffle un air de fin de campagne. Selon SovEcon, les exportations de blé russe en mars n’excèderont pas un tiers à ventes l’an passé à la même époque même époque.
SovEcon estime les exportations de blé russe en mars à 1,4-1,8 Mt, contre 4,8 Mt un an plus tôt et 3,3 Mt en moyenne sur cinq ans. D’ici la fin du mois de juin, la Russie bouclera sa campagne en exportant 13 Mt de blé, d’orges et de maïs.
Mais les céréaliers ne sont pas pressés de vendre. Ils attendent de meilleurs cours avant de se décider. La remontée du rouble plombe les cours des céréales cotées en dollars.
Sur le marché européen, l’euro a gagné 5 centimes en moins de quinze jours. Cette hausse réduit mécaniquement les cours en dollars convertis en euros de près de 5 %.

