
Marché des céréales
Compétitivité sur le marché mondial du blé : la France reléguée à la 7ème position
Dans le classement opéré par FranceAgriMer portant sur « Les facteurs de compétitivité sur le marché mondial du blé », la France a perdu deux places en un an. Ses rendements très élevés ne suffisent pas pour faire partie du top 3 des pays les plus compétitifs de la planète auxquels font partie la Russie (1ère place), l’Australie (2ème) et le Canada (3ème). L’Ukraine est en quatrième position.
A Rouen, sur le marché du blé, la tendance est à la baisse. Le cours du blé s’éloigne du seuil de 230 €/t. Les prix de l’orge sont volatils sans variations notables autour de 212 €/t. Quant au maïs, la cotation est stabilisée sous le seuil de 210 €/t.
Mais dans le bassin de la Mer Noire souffle un air de fin de campagne. Le bilan provisoire de la campagne de commercialisation des céréales russes et ukrainiennes dressé par FranceAgriMer (FAM) est éloquent.
La Russie aurait déjà exporté 34 Mt de blé depuis le mois de juillet 2024. Dans ses silos, seules 8 Mt pourraient encore être vendues d’ici la fin du mois de juin prochain. Et en ajoutant l’orge et le maïs encore engrangés, à peine 10 Mt de grains sont encore disponibles à l’export.
Quoi qu’il en soit, le pays achèvera sa campagne en ayant exporté 10 Mt de blé en moins qu’en 2023-2024. Et selon le site Socecon.ru, la Russie pourrait ne pas pouvoir offrir aux marchés plus de 38 Mt de blé durant la campagne 2025-2026 au regard de l’état actuel des cultures.
Le retour des températures négatives sur des blés après un début d’hiver doux et sec est destructeur. Du reste, FAM rapporte que « la prévision des exportations de blé pour la campagne de 2025-2026 serait seulement de 38,3 Mt, soit 4 Mt de moins comparées à 2024-2025 et de 15 Mt par rapport à la campagne précédente ».
Pour l’instant, les marchés restent de marbre.
En Ukraine, la campagne d’exportation est aussi très avancée. Sur les 16,2 Mt de blé exportables au début de la campagne, seules 5,6 Mt doivent encore être écoulées. Pour le maïs, la moitié des 20 Mt de grains est déjà vendue, notamment en Espagne.
Les céréales originaires de la Mer Noire expédiées depuis le début de la campagne doivent en grande partie leur succès à leur compétitivité.
Parmi les 14 pays producteurs-exportateurs de blé passés en revue par FAM dans une étude intitulée « Les facteurs de compétitivité sur le marché mondial du blé tendre » (campagne 2022-2023), la Russie occupe la première place et l’Ukraine, la quatrième.
En Russie, l’abondante récolte de blé et sa capacité à produire à faibles coûts sa céréale démarquent le pays de ses concurrents. Ses exportations n’ont pas été affectées par les sanctions économiques à l’égard du pays depuis le début des hostilités avec l’Ukraine.
La quatrième position de l’Ukraine dans le classement opéré par FAM est un exploit. Sans la guerre, le pays serait probablement aussi compétitif que la Russie. Mais il est amputé d’un cinquième de son territoire par l’armée russe qui bombarde régulièrement les régions frontalières et les ports.
En 2022-2023, le marché céréalier ukrainien était paralysé ! L’Ukraine était dans l’incapacité d’exporter par voies maritimes ses céréales. Et dans les campagnes, les agriculteurs faisaient face à des charges logistiques démentielles.
Entre les deux pays rivaux, l’Australie est en 2ème position du classement de FAM et le Canada à la 3ème place. Ce dernier supplante les Etats-Unis relégués justement de la 3ème à la 5ème position, juste après l’Ukraine (4ème) et avant l’Allemagne (6ème place).
FranceAgriMer justifie ainsi la 3ème place du Canada dans son classement : « Le pays peut compter sur une qualité de son blé très recherchée ainsi qu’une segmentation avec un taux de protéines élevée ».
Juste derrière l’Allemagne (6ème position), la France doit sa 7ème place en 2022-2023 à sa production importante de blé (la 4ème des treize pays exportateurs mondiaux passés en revue par FAM), à ses rendements très élevés, à sa filière céréalière très structurée et à la qualité du blé exporté.
Mais le faible taux de protéines de la céréale, une surface emblavée en baisse et des rendements régionaux très hétérogènes expliquent la relégation de la France de la 5ème à la 7ème place en un an. Enfin, les charges de structures rapportées à l’hectare sont parmi les plus élevées des 14 pays passés en revue par FAM.

