
Marché des céréales
Calme plat sur les marchés des céréales
L’Ukraine achève sa moisson de maïs avec 4-5 mois de retard. La Chine importe des céréales bon marché. En France, FranceAgriMer dresse un bilan commercial partiel mitigé.
Les conditions climatiques en Ukraine mi-février sont devenues favorables pour moissonner les dizaines de milliers d’hectares de maïs qui n’ont pas pu être récoltés l’automne passé. Au mois de décembre dernier, 8 % de la production était encore sur pieds. Les parcelles étaient impraticables et le taux d’humidité du maïs trop élevé. Mais ces dernières semaines, les températures polaires ont durci le sol et asséché les épis. Les pertes semblent limitées.
Selon le site Ukragroconsult, l’entreprise agricole IMC, dirigée Oleksandr Verzhykhovskyi, a annoncé réaliser un rendement moyen de 13 tonnes par hectare et un taux d’humidité des grains récoltés compris entre 22 % et 23 %. Autrement dit, les récoltes se font dans de bonnes conditions.
Mais en raison des attaques russes contre les ports, les exportations agricoles ukrainiennes ont chuté de 20 % et les coûts logistiques augmenté de 15 %.
Depuis le début de la campagne de commercialisation, seules 9,37 millions de tonnes (Mt) de maïs ont été expédiées d’Ukraine (versus 13,27 Mt en 2024-2025 mi-février 2025). Aussi, les exportations de grains n’excèderont pas 22 Mt selon l’USDA d’ici la fin du mois de juin prochain. Et le pays achèverait la campagne avec des stocks en hausse.
Le sort d’une partie de la prochaine campagne 2026-2027 de blé de l’hémisphère nord se joue toujours en Russie et en Ukraine, plongées dans le froid polaire pendant des semaines. Des cultures de blé ont probablement été détruites.
Dans les régions nord-ouest de l’Ukraine et dans certaines parties du centre du pays, les couches de neige de 10-15 cm devraient permettre à la céréale de supporter les températures de -22 à -25 °C observées durant plusieurs jours, selon Ukragroconsult. La situation est plus difficile dans le sud et le centre de l'Ukraine où la couche de neige inférieure à 5 cm n’isole pas les blés confrontés à des températures minimales de –14 à –16 °C.
Un choc pour faire exploser les prix
Les risques climatiques ont un impact psychologique sur le marché mais ils n’ont pas d’incidence sur la structure des bilans : les marchés vont achever la campagne de commercialisation avec des stocks de report en hausse de près de 50 Mt, selon le Conseil international des céréales. Aux Etats-Unis, 86 Mt de maïs seront encore dans les silos à la fin du mois de juin prochain (+20 Mt sur un an). A contrario, une partie du commerce mondial des céréales est sous l’emprise de la géopolitique du président Donald Trump.
« Il faudrait une perturbation de l'approvisionnement, des problèmes météorologiques ou quelque chose de similaire pour espérer une croissance soutenue des prix la saison prochaine », a déclaré Dan Basse, président d'AgResource, une société américaine spécialiste des marchés. Il s’exprimait dans un article publié par Ukragroconsult.
Sans cela, aucun redressement des cours des céréales n’est envisageable.
Ces huit derniers jours, le prix de la tonne de blé oscillait autour de 177 €, celui de l’orge fourragère, 188 € et du maïs, 183 €. Sur Euronext, la tonne de blé vat 190 € échéance mai 2026.
Depuis le début de la campagne, la Chine a importé 900 000 tonnes d’orges d’Union européenne et même de France essentiellement. L’an passé à la même époque, les achats n’avaient porté que sur 330 000 t environ.
La faible qualité du maïs récolté l’été dernier (plus de 300 Mt selon le CIC) et les prix très élevés de la céréale sur le marché intérieur (326 dollars ou 275 € cette semaine) poussent les négociants chinois à importer de l’orge australienne. Et aux Etats-Unis, près de 2,5 Mt de sorgho ont été réservées, trois fois les volumes expédiés l’an passé.
Bilan partiel à mi-campagne
Le 11 février dernier, le Conseil spécialisé « Grandes cultures » de FranceAgriMer a sensiblement réajusté les objectifs de campagne 2025-2026 de la France.
L’Hexagone n’exporterait plus que 14,860 Mt de blé tendre d’ici la fin du mois de juin prochain, soit 250 000 tonnes (250 kt) de moins qu’escompté le mois dernier. Il en vendrait 7,56 Mt à ses voisins européens (+ 50 kt versus janvier 2026) mais seulement 7,2 Mt hors Union européenne (- 300 kt).
A contrario, davantage d’orges seraient commercées (6,25 Mt ; + 220 kt versus janvier 2026) notamment vers les pays tiers (3,7 Mt ; +350 kt versus janvier 2026) aux dépens du marché intérieur (2,5 Mt ; - 130 kt versus janvier 2026). Quant au maïs, l’objectif de livrer 5,2 Mt reste toujours d’actualité mais la commercialisation du blé dur (830 kt) porterait en Union Européenne sur 650 kt (+ 30 kt versus janvier 2026) et hors Union Européenne sur 150 kt.

