
Marché des céréales
Entre hausse des stocks mondiaux de l'USDA et réajustements structurels sur le marché français
Des stocks mondiaux au plus haut
La publication du dernier rapport de l'USDA a profondément marqué la semaine en apportant des éléments plutôt baissiers pour les cours mondiaux, en raison d'un alourdissement général des productions et des stocks de report. Pour la campagne 2025-2026, la production mondiale de blé est révisée à la hausse à 844,36Mt, s'accompagnant d'un commerce mondial record tiré par l'Ukraine, la Russie et des importations historiques en Égypte.
Les stocks mondiaux de blé atteignent ainsi leur plus haut niveau en cinq ans. Concernant la prochaine campagne 2026-2027, la production mondiale est également revue à la hausse à 820,06Mt grâce aux réévaluations de la Russie, de la Turquie et de l'Ukraine, même si le volume global reste en recul de 3 % par rapport à l'année précédente. La consommation mondiale, notamment portée par la nutrition animale en Russie, progresse pour atteindre 824,6Mt.
Le marché du maïs subit une pression similaire pour la campagne 2025-2026 avec une production mondiale projetée en forte hausse à 1326,672Mt. Ce bond s'explique par des récoltes exceptionnelles et inattendues par le marché au Brésil et en Argentine, qui atteignent respectivement 138Mt et 61Mt.
Malgré une hausse de la consommation mondiale, principalement localisée au Brésil, en Inde ou en Égypte, le stock de fin de campagne mondiale est réévalué à la hausse à 303,357Mt, une situation qui favorise mécaniquement la baisse des prix sur la scène internationale.
La situation française : lourdeur des bilans et ajustements des surfaces
En France, les derniers bilans publiés par FranceAgriMer confirment une hausse des stocks de blé tendre pour la campagne 2025-2026, réévalués à 3,5Mt contre 3,277Mt en mai. Cette hausse s'explique par une révision à la hausse de la collecte à 30,818Mt, provoquée par des ventes tardives de producteurs qui espéraient de meilleures opportunités face à la faiblesse des cours. Cette lourdeur s'observe malgré des exportations de blé particulièrement dynamiques vers les pays tiers, qui doublent pour atteindre 7,25Mt.
Le constat est identique pour le maïs, dont le stock de report grimpe à 2,497Mt en raison d'une collecte finale réévaluée à 12,085Mt. Quant à l'orge, le stock recule légèrement sur un mois pour s'établir à 1,372Mt, mais reste bien supérieur à la moyenne quinquennale.
Pour les récoltes 2026-2027, le ministère de l'Agriculture table sur une production d'orge d'hiver 2026 à 9Mt, en hausse de 8 % sur un an. Cette croissance est uniquement portée par l'augmentation des surfaces de 13 %, car les rendements s'effritent à 67,2 quintaux par hectare en raison de vagues de chaleur tardives, notamment dans l'Ouest.
Parallèlement, les arbitrages des agriculteurs face à la flambée des coûts des engrais et à la faiblesse des cours se traduisent par un bond de 4 % des surfaces en jachère, qui atteignent 515 000 hectares. À l'inverse, la sole nationale de maïs grain s'effondre de près de 20 % sur un an pour tomber à 1,248Mt, tandis que le soja progresse légèrement à 158 000 hectares.
Tendances des prix et logistique
Sur les marchés financiers, les prix ont réagi de manière contrastée. Le blé tendre en rendu Rouen est resté stable à 208€/t sur l'échéance octobre-décembre 2026, tandis qu'il est resté quasi inchangé sur Euronext. Une situation qui s’explique par des institutions financières de nouveau vendeuses, de bonnes récoltes prévues, ainsi qu’une dépréciation de l’euro face au dollar au printemps (1,15$ pour 1€ au 18 juin).
En revanche, le maïs sur Euronext a progressé de 2 à 3€/t, soutenu par l'annonce du repli massif des surfaces françaises, une demande toujours forte pour l’éthanol, une baisse de rendement attendues face aux chaleurs de la fin juin, et des institutions financières orientées à l’achat ce qui porte le prix.
Sur le marché physique, les opérateurs décrivent une semaine de transition. Le début des récoltes annonce une moisson mitigée notamment sur les orges de printemps, tandis que les premières coupes dans le Sud-Ouest affichent des critères de qualité très satisfaisants en protéines et poids spécifiques, mais l'activité globale tourne au ralenti.
Le secteur logistique subit quant à lui de fortes pressions sur le bassin de la Seine. Les coûts du fret fluvial restent fermes, pénalisés par la hausse du prix des carburants. De plus, le chantier du Grand Paris monopolise de nombreuses barges pour le transport de gravats via des contrats pluriannuels, créant un manque criant de cales pour les céréaliers. Les chargeurs s'inquiètent de leur capacité à évacuer la nouvelle récolte d'orge qui commence à affluer vers les silos de Rouen, juste avant le coup d'envoi de la moisson de blé.
Enjeux géopolitiques et espoir de redynamisation des flux commerciaux
Heureusement, sur le plan géopolitique, la signature de l'accord d'Islamabad entre l'Iran et les États-Unis garantit la libre circulation des navires dans le détroit d'Ormuz pendant soixante jours. Cette trêve apporte un espoir de redynamisation des flux commerciaux mondiaux et pourrait apaiser les tensions sur les coûts de l'énergie. A suivre…

