
Marché des céréales
Echanges commerciaux : l’Ukraine et la Turquie à l’œuvre pour contourner le golfe persique
Si le conflit sur le golf Persique dure, la Turquie pourrait devenir une plaque tournante des échanges commerciaux de céréales expédiées par voies terrestres. Les prix des grains restent scotchés à des niveaux très faibles. La Commission européenne estime la production française de blé à 32,4 Mt et celle d’orge à 11,4 Mt.
Les pays européens et du bassin de la Mer Noire, exportateurs de céréales dans les pays du golfe Persique, tentent de réorganiser leurs échanges commerciaux. Avant le conflit, la quasi-totalité des céréales importées parvenait par cargos amarrés dans les ports saoudiens, iraniens ou encore émiriens.
Or dans le golfe d’Aden, les Houthistes attaquent des navires et le détroit d’Ormuz est bloqué et miné.
Compte tenu de leur situation géographique, la Turquie et la Syrie pourraient proposer à l’Union européenne, à l’Ukraine et à la Russie des itinéraires terrestres alternatifs pour acheminer leurs céréales depuis les ports turcs. Les deux pays partagent une frontière commune avec l’Iraq et la Syrie seule, avec l’Arabie saoudite.
L’Ukraine y réfléchit sérieusement avec les autorités des deux pays, mentionne le site internet d’Ukragroconsult.
« Parallèlement, la crise offre des opportunités. Grâce à sa situation stratégique, la Turquie pourrait consolider son rôle de plaque tournante du commerce régional entre la mer Noire, la Méditerranée et le Moyen-Orient, analyse le site. Toutefois, cela nécessitera des ajustements rapides des infrastructures, de la logistique et du cadre réglementaire afin de s'adapter aux nouvelles réalités du marché ».
Mais depuis 2014, l’Ukraine n’a plus la main sur les céréales produites et récoltées dans les territoires occupés par la Russie (Crimée et Donbass). Et ce ne serait plus l’Egypte, la destination de ce blé « détourné » par Moscou, mais de nouveau la Syrie.
Les détournements porteraient même sur des volumes plus importants que par le passé, du temps de la dictature de Bachar El Assad.
Campagne 2026-2027
Selon FranceAgriMer, le Comité de gestion des cultures arables du 26 mars dernier (Commission européenne) estime la production française de blé à 32,4 millions de tonnes (Mt), celle d’orge à 11,4 Mt, et celle de blé dur à 1,12 Mt au regard des surfaces déclarées et des conditions de cultures actuelles. Mais les moissons ne débuteront que dans deux-trois mois.
Estimer la prochaine production de maïs est plus hasardeux puisque les semis ont à peine commencé. Et les agriculteurs qui n’ont pas anticipé l’achat d’engrais pourraient renoncer à implanter la superficie prévue lorsqu’ils sont bâti leur assolement l’été dernier.
Dans son dernier rapport, l’USDA souligne le caractère exceptionnel de la campagne de blé 2025-2026. La production (844 Mt) et les stocks mondiaux (283 Mt) auront simultanément progressé de près de 44 Mt.
Autrement dit, les céréales récoltées en plus depuis le mois de juillet 2025 ont été stockées puisqu’elles n’ont pas trouvé de débouchés.
Mais la campagne de commercialisation de la céréale (221 Mt) est bien morose au regard des quantités de grains disponibles à l’export!
Le mois passé, l’institut économique américain estimait encore à 38 Mt la hausse des stocks de report de blé. Or en Inde, la consommation de blé n’excèderait pas 108 Mt en 2025-2026 alors qu’elle était encore annoncée à près 113 Mt le mois passé.
Ce sont les pays exportateurs majeurs de blé de la planète qui détiennent la quasi-totalité des stocks supplémentaires de blé, supérieurs de 9 % à la campagne passée.
Ces surplus ne revêtent aucune dimension stratégique.
Parmi ces principaux pays exportateurs, citons les Etats-Unis où leurs stocks ne cessent de croître depuis 2022/23, dans un contexte de concurrence persistante à l'exportation et d'augmentation de la production.
Mais les coûts de production très élevés réduisent les marges des producteurs américains.
En Ukraine, les contingents d’exportations, fixés par la Commission européenne, expliquent en partie la montée des stocks du pays faute de débouchés alternatifs.
Redécouvrir les dimensions stratégiques du stockage
Ces dernières années, des pays comme la Chine, l’Inde, la Jordanie et la Finlande stockent des grains et toutes autres sortes de produits pour se prémunir d’une crise d’approvisionnement de quelque nature que ce soit.
Leurs stratégies de stockage ont été minutieusement détaillées et analysées lors de la matinée export d’Intercéréales organisée le 25 mars dernier intitulée « Stocker pour se préparer ? La résilience de la filière céréalière face aux chocs géopolitiques ».
En attendant, les stocks de report de blé des pays exportateurs majeurs de la planète pèsent toujours sur les prix.
Le conflit moyen oriental n’impacte pas en soi le fonctionnement des marchés des grains mais il réduit les capacités mondiales de production de fertilisants.
Or une pénurie d’engrais à des prix abordables menacera, tôt ou tard, la sécurité alimentaire de la planète, redoute la FAO. Les prix des céréales pourraient alors flamber.
En France, les agriculteurs seront surtout impactés par la cherté des engrais à l’automne prochain puisque pour la récolte 2026, la plupart d’entre eux se sont couverts en ayant commandé leurs fertilisants l’an passé.
Du reste les prix de l’urée sont restés relativement stables comparés aux prix FOB affichés en vigueur au Moyen Orient.
Mais aux Etats-Unis, les farmers américains qui n’ont pas anticipé leurs achats d’engrais, pourraient semer moins de maïs qu’escompté, si la fertilisation de leurs champs grève leurs coûts de production.
En Amérique du sud et en Australie, la nouvelle campagne céréalière 2026-2027 débute par l’épandage d’engrais de fond.
Sur le front du maïs
Sur le marché du maïs, la situation est totalement différente. La production mondiale de 1 300 Mt est à peine suffisante pour couvrir la demande. La campagne s’achèvera avec des stocks équivalents à l’an passé et inférieurs de 20 Mt à 2023-2024, selon l’USDA.
La consommation mondiale de la céréale est boostée par l’essor de l’élevage +35 Mt à 770 Mt et par la transformation industrielle (+12 Mt à 353 Mt). La filière d’éthanol de maïs croît notamment au Brésil (27 Mt). La canne à sucre n’est plus la seule ressource pour produire ce biocarburant alternatif à l’essence.

