
Marché des céréales
Un marché mondial sous tension malgré une offre encore abondante
L’impact logistique de la mer Noire et instabilité croissante au Moyen Orient
Le marché céréalier reste très volatil. La principale source d’incertitude demeure la mer Noire : depuis plus d’un mois, les exportations russes et ukrainiennes sont fortement ralenties. Les discussions entre Washington, Moscou et Kiev ne débouchent pas encore sur une amélioration tangible, tandis que la Lettonie envisage notamment une taxation de 300 % sur les céréales russes et biélorusses transitant par ses ports, même si son application reste juridiquement et politiquement incertaine. Au Moyen Orient, la situation vient significativement de se dégrader ces dernières heures, avec une avancée des rebelles Houtis (groupe armé yéménite soutenu par l’Iran), vers le détroit de Bab el Mandeb. En réaction, le Brent n’a pas tardé à bondir à 106$/baril ce vendredi matin.
Cette situation soutient les prix, d’autant que la demande reprend progressivement. Les achats asiatiques, notamment chinois en Argentine, et l’intérêt croissant des pays du Moyen-Orient et du Maghreb pour les origines françaises créent un environnement plus porteur pour l’export. En France, la prime rendu Rouen se raffermit dans l’anticipation d’une reprise des chargements, même si l’activité portuaire demeure pour l’instant modeste.
Le contexte mondial reste toutefois contrasté. Selon la FAO, la production céréalière mondiale 2026-2027 reculerait de 2 % sur un an, soit de 61,1 Mt, tout en demeurant la deuxième plus élevée jamais enregistrée, tandis que la consommation et le commerce mondial progresseraient respectivement de 0,2 % et 0,3 %. En France, la sécheresse persistante complique les travaux de début de campagne, pour le moment en retard sur les intentions de semis (sols secs, report des achats d’intrants...).
Situation des principales cultures
Blé
Le blé conserve une base de prix solide, portée par les difficultés d’exportation russes et ukrainiennes ainsi que par le retour progressif de la demande internationale. Les échéances rapprochées sur Euronext ont légèrement reculé, mais le marché reste ferme dans son ensemble (l’échéance de décembre 2026 s’établissait autour de 247,25 €/t).
La situation canadienne est désormais un facteur majeur : une dégradation de la qualité du blé de printemps pourrait réduire la disponibilité en blés de haute qualité, sans nécessairement diminuer fortement le volume total de récolte. Pour les producteurs français, la qualité des lots et l’évolution de la demande export devront donc être suivies de près. Le renforcement de la prime à Rouen constitue un signal encourageant, à confirmer par le retour effectif des chargements.
Orge
Les cours ont été pénalisés par le repli observé sur le blé et le maïs, mais surtout par une baisse d’activité sur le marché intérieur comme à l’export. L’orge fourragère perd en compétitivité face au blé fourrager et les affaires portuaires accusent un retard notable par rapport aux dernières campagnes.
Les débouchés brassicoles, plus dynamiques en début de campagne, se resserrent également. Dans ce contexte, le marché de l’orge dépendra davantage de la disponibilité réelle de l’offre et du rythme des besoins de l’alimentation animale que d’un soutien général des marchés céréaliers.
Maïs
Le maïs français évolue dans une situation paradoxale : les prix restent élevés en niveau, avec une échéance novembre 2026 autour de 266 €/t sur Euronext, mais la demande demeure insuffisante pour soutenir durablement les prix. La part des surfaces françaises de maïs grain jugées bonnes à très bonnes a été ramenée à 27 %, contre 62 % à la même période l’an dernier.
La concurrence des importations reste forte. L’Union européenne a déjà importé plus de 3,5 Mt de maïs depuis le début de la campagne, avec un besoin estimé entre 23 et 24 Mt sur l’ensemble de 2026-2027. Les États-Unis représentent désormais 44,5 % des volumes importés, devant l’Ukraine à 34 %. Cette dernière n’a expédié qu’environ 200 000 t vers l’Union européenne au cours des trois dernières semaines.
Perspectives de marché et points de vigilance
Les marchés sont dans l’attente du rapport WASDE de l’USDA, et restent attentifs aux avancées des discussions sur les exportations de la mer Noire. Une amélioration des corridors ukrainiens pourrait peser sur les prix. À l’inverse, une prolongation des blocages, de nouvelles restrictions dans les ports baltes ou une dégradation de la qualité des blés canadiens soutiendraient le blé et les primes de qualité.
Des capacités logistiques alternatives pour l’Ukraine pourraient toutefois se renforcer : les expéditions ferroviaires ukrainiennes vers les frontières occidentales ont été multipliées par 2,7 en août par rapport à juillet, un accord en discussion avec la Pologne vise une capacité proche de 6,5 Mt par an, et la disponibilité future de capacités au port roumain de Constanța est aussi un élément à surveiller après la période d’exportation de la récolte roumaine.
À moyen terme, l’ampleur annoncée de la production mondiale devrait freiner les hausses excessives. Toutefois, des stocks mondiaux plus bas (-10Mt pour la campagne 2026/27), la baisse de production européenne et les fragilités logistiques autour de l’Ukraine entretiennent une forte incertitude. Le marché devrait donc rester sensible aux annonces politiques, aux données de récolte et aux évolutions météorologiques.

