
Marché des céréales
Conflit au Moyen Orient : l’épée Damoclès de la sécurité alimentaire
En France, les prix des grains restent faibles. Au Moyen Orient, le conflit menace la sécurité alimentaire de nombreux pays d’Afrique de l’Est et d’Asie du Sud où la période de semis approche. Aux Etats-Unis et en Ukraine, la rigueur de l’hiver n’a pas gravement menacé le potentiel de production des céréales implantées l’automne dernier.
Ces huit derniers jours, le cours de la tonne de blé voisine autour de 180 € à Rouen. Sur le marché du maïs à Bordeaux, le prix de la tonne de grains est repassé sous le seuil de 200 €. Or les cours du pétrole oscillent à des niveaux record au gré des annonces du président américain, Donald Trump, et de la tournure que prend le conflit au Moyen Orient.
A partir de l’été prochain, la production de céréales des pays exportateurs majeurs, annoncée inférieure à celle de 2025-2026, pourrait favoriser une remontée durable de leurs prix.
Toutefois, la campagne 2026-2027 débutera avec des stocks de report conséquents. Mais ils ne seront pas pour autant, suffisants et disponibles, pour surmonter la nouvelle crise alimentaire, d’ores et déjà redoutée en Asie et en Afrique par la FAO et l’ONU, si le conflit moyen oriental dure.
Il y a encore six semaines, 30 % des engrais mondiaux, ou des ingrédients nécessaires pour les produire, transitaient par le détroit d’Ormuz.
Des cargos acheminaient notamment ces commodités en Afrique de l’Est et en Asie du Sud.
Aujourd’hui le trafic maritime est toujours bloqué. Or la période de semis approche dans cette région du Globe et sans engrais à des prix accessibles, les paysans ne pourront pas fertiliser leurs sols.
Aussi, l’ONU craint un effondrement des rendements dans les prochains mois, une explosion des prix de certaines denrées alimentaires, des révoltes « de la faim » et des déplacements de population.
Conditions de cultures à la sortie de l’hiver
Aux Etats-Unis, l’USDA a publié son nouveau rapport mensuel jeudi 9 mars à une heure trop tardive pour en prendre connaissance. Mais on sait d’ores et déjà que les conditions de cultures du blé d’hiver sont moins bonnes que l’an passé à pareille époque. Au Kansas, l’Institut américain évalue seulement « de bon à excellent » 40 % la céréale implantée l’automne dernier contre 49 % printemps 2025. Et surtout, seuls 17,52 millions d’hectares (Mha) emblavés l’automne passé auraient été déclarés, soit 600 000 hectares de moins que l’an passé. Aussi la production potentielle de grains est d’ores et déjà inférieure de près de 2-3 Mt à celle de l’été dernier.
Par ailleurs, la flambée des prix des engrais et la faiblesse des cours du maïs incitent les agriculteurs américains à réajuster leur assolement printanier sans pour autant tomber dans l’excès.
La superficie de maïs (38,1 Mha) serait inférieure de 3 % à l’an passé, selon l’USDA. Mais celle de soja, moins gourmand en intrants, augmenterait de 4 % sur un an.
Le Brésil et l’Argentine sèmeraient aussi moins de maïs fin 2026, durant le printemps austral, si les prix des intrants rendent cette culture peu rentable.
Mais ce début de mois d’avril en Ukraine, Ukragroconsult mentionne le « bon ou excellent » état des cultures d’hiver. Seuls 12 % des céréales d’hiver devront être réensemencées ou sursemées. L’hiver a pourtant a été le plus froid de ces 80 dernières années.
Le Conseil international des céréales (CIC) projette une production ukrainienne de céréales estimée à 63 Mt, équivalente à celle de la campagne qui s’achève. Cette production serait ainsi répartie : 25 Mt de blé, 31 Mt de maïs, 5,7 Mt d’orges.
Mais l’Ukraine, craint pour son approvisionnement en hydro-carburants fossiles et en engrais. Le faible taux de change de la Hryvnia accentue la flambée des prix des commodités importées et plombe la rentabilité de ses cultures.
Le pays pâtit aussi des contingents d’exportations de céréales imposés par l’Union européenne alors que sur les marchés mondiaux des grains, la concurrence est très forte.
Seules 622 000 tonnes de blé et 5,8 Mt de maïs ont été expédiées d’Ukraine en neuf mois de campagne contre 4,2 Mt et 9,56 Mt en 2024-2025.
Et toutes destinations confondues, seulement 9,6 Mt de blé, 1,9 Mt d’orges et 13,5 Mt de maïs ont été déclarées aux services douaniers ukrainiens ; des volumes en repli de -26 %, de -12 % et de -19 % comparés à la dernière campagne.
15,7 Mt de blé, 2,3 Mt d’orges et 22 Mt de maïs avaient alors été exportées.
La Russie (45 Mt de grains exportables en 2025-2026) tente de se rendre incontournable auprès des pays avec lesquels elle commerce en scellant des partenariats logistiques et économiques, rapporte Ukragroconsult. Elle ambitionne la création d’un hub céréalier en Egypte, premier pays importateur au monde de blé (12,6Mt) et de Russie notamment (7,6 Mt).
Comme les pays du Moyen Orient importent parfois 85 % à 90 % de leurs besoins en céréales, Oman pourrait devenir le centre d’entreposage de céréales russes de la région. Et Outre-mer Noire, le président Poutine promeut l'idée de créer un « hub gazier » en Turquie. L’Empire des tsars veut ainsi montrer qu’il a les moyens de stabiliser l’approvisionnement de cette partie du monde, totalement déboussolée par le conflit moyen-oriental, en créant cependant de nouveaux liens de dépendance !

