
Marché des céréales
Les débouchés français se raffermissent, mais la demande mondiale freine les prix
Les contraintes d’exportation ne suffisent pas à soutenir les marchés
Le marché céréalier reste dominé par la prudence des acheteurs. Les difficultés d’acheminement en mer Noire réduisent les disponibilités accessibles à l’exportation, mais elles ne provoquent pas de tension générale sur les prix.
La Russie illustre ce décalage : ses exportations céréalières de juillet à octobre auraient diminué de 54 % sur un an, à 11,2 Mt, sans entraîner de redressement majeur des cours. En Ukraine, le ralentissement des sorties se traduit par une accumulation des stocks. L’USDA les envisage à 36,1 Mt en fin de campagne, dont près de 20 Mt de maïs et 11,8 Mt de blé. Face à cette offre potentielle importante, une détente logistique pourrait donc remettre davantage de céréales en concurrence avec les origines françaises.
L’activité des acheteurs internationaux restent malgré tout présente, telle que la société publique jordanienne ayant lancée un nouvel appel d’offre le 05 novembre portant sur 120 000t d’orges de brasserie, avec une date limite de remise des appels d’offre fixée au 11 novembre.
Sur l’énergie, la forte baisse du pétrole à moins de 100$/baril traduit les espoirs (fragiles) d’apaisement entre Washington et Téhéran, tandis que le contexte monétaire complique également les exportations européennes exprimées en dollars.
Point par culture
Blé : Des débouchés retrouvés, sans retournement des cours
Le blé Euronext décembre 2026 côte à 223 €/t le 6 novembre, en baisse depuis 4 jours. La réduction des positions acheteuses des opérateurs financiers accompagne ce mouvement.
La demande reste le principal frein. Les achats égyptiens d’octobre reculent de 42 % sur un an et la Jordanie n’aurait pas donné suite à son appel d’offres de 120 000 tonnes. Ces comportements limitent la capacité des exportateurs à défendre leurs prix.
La France bénéficie néanmoins d’un regain de chargements vers l’Égypte, le Yémen et l’Arabie saoudite. Ces débouchés soutiennent l’écoulement des disponibilités, mais les offres russes au départ de la Baltique conserveraient un avantage d’environ 5 €/t sur celles d’Europe occidentale. Pour les producteurs français, l’amélioration de l’activité portuaire est donc un signal commercial favorable, sans garantir une hausse générale des prix.
Maïs : un marché sous pression, y compris outre atlantique
Le maïs Euronext mars 2027 tombe à 246 €/t le 6 novembre, soit une perte cumulée de 13,25 €/t sur les cinq dernières séances. En cause, des perspectives d’offre revu à la hausse : StoneX relève la production américaine à 16,203 milliards de boisseaux et Rabobank porte son estimation brésilienne à 141 Mt. En parallèle, les engagements d’achat mexicains de maïs américain diminuent de 31 %.
En Chine, la progression de la fabrication d’aliments composés ne se traduit pas mécaniquement par davantage de consommation de maïs : sa part dans les formulations diminue.
Perspectives : la logistique et le retour des acheteurs donneront le tempo
À court terme, la faiblesse des achats internationaux et la concurrence entre exportateurs continuent de limiter le potentiel de reprise. Les chargements français apportent un soutien concret, avec un blé français qui confirme sa compétitivité à l’export.
Les discussions annoncées à Abou Dhabi les 10 et 11 novembre, entre la Russie, les États-Unis et l’Ukraine, constituent le principal rendez-vous à suivre. Une amélioration des conditions de navigation pourrait faciliter les exportations et accentuer la concurrence.
À moyen terme, le marché devra absorber les perspectives de production élevées en maïs tout en surveillant l’accès aux stocks ukrainiens. L’évolution des cultures d’hiver, les prochains achats des grands importateurs et les suites politiques des élections américaines de mi-mandat seront également déterminants.

