
Marché des céréales
Pour exporter leurs céréales, la Moldavie et la Serbie priorisent l’Union européenne
Dans le sillage de l’Ukraine, ces deux pays n’ont pas attendu d’être membres de l’Union européenne, et même candidats à l’adhésion, pour développer des échanges commerciaux très intenses avec ses vingt-sept membres.
Les opérateurs sont rassurés par les bonnes moissons australienne (31 Mt) et argentine (18Mt) qui arrivent sur le marché. En France, le maïs récolté tardivement (59 Mt dont 14 Mt en France – source Commission européenne) concurrence le blé. Les semis d’hiver s’achèvent dans les temps, malgré le retard pris au mois d’octobre dernier.
La faiblesse des cours mondiaux des céréales observée depuis des mois explique en partie la baisse de 2 Mt de la superficie mondiale de blé qui sera emblavée tout au long de la campagne actuelle.
Selon le Conseil international des céréales, elle n’excèderait pas 222 Mha.
Parmi les grands pays exportateurs de céréales dans l’hémisphère nord, seule l’Union européenne implanterait davantage de blé (26,1 Mha,+1,2 Mha) qu’à l’automne 2023. Des conditions climatiques bien plus favorables expliquent cette progression de 4,7 %. Mais la surface emblavée demeure inférieure à son niveau de 2022-2023 de 27 Mha.
La Russie (27,2 Mha), le Canada (10,3 Mha) et les Etats-Unis (15,2 Mha) ont semé 1 Mha de moins que l’an passé. Leur surface de blé serait ainsi inférieure de 2 % à l’an passé.
En Ukraine, la faiblesse des cours des céréales n’inquiète pas outre mesure les agriculteurs. La fluidité retrouvée du marché ukrainien a réduit considérablement les frais logistiques et d’acheminement des grains vers les ports de la Mer Noire. Les économies ainsi réalisées ont considérablement amélioré les marges des agriculteurs. Dans la région d’Uman, Olexander P. a vendu son maïs 225 € la tonne contre 165 € en 2022 alors que les cours mondiaux flambaient. Aussi, il a les moyens de rembourser les prêts de trésorerie souscrits il y a deux ans pour maintenir l’exploitation qu’il dirige à flot. La dévaluation de la Hryvnia rend ses céréales très compétitives.
Comme l’Union européenne ne croule pas sous l’abondance, les importations massives de céréales d’Ukraine semblent être moins contestées que l’an passé. Pour le maïs, le seuil de 4 Mt livrées a même été franchi à la fin du mois dernier. L’Ukraine a aussi expédié 2,5 Mt de blé et 350 000t d’orges. Parmi les vingt-sept pays membres, l’Espagne est toujours en tête des importateurs suivie de loin par l’Italie et les Pays Bas.
Depuis la guerre en Ukraine, l’Union européenne est devenue le partenaire commercial majeur de la Moldavie alors que le pays est seulement candidat à l’adhésion. Les céréales y sont expédiées après avoir transité par la Roumanie voisine. En cinq mois de campagne, près de 400 000 tonnes de blé et d’orges ont ainsi été livrées.
La Moldavie est un marché de 2,68 millions de consommateurs. Les agriculteurs ont toujours produit pour exporter vers l’Union soviétique durant la période communiste, puis dans le monde entier depuis les ports de la Mer Noire avant de se rabattre sur le marché européen lorsque la guerre en Ukraine a rendu leur accès impossible.
L’Union européenne est aussi devenue un partenaire commercial très important pour la Serbie, potentielle candidate à l’adhésion. Le pays est même le quatrième pays exportateur de maïs (512 000 t depuis le début de la campagne). Il a aussi livré 140 000 tonnes de blé et 40 000 t d’orges.
A la fin de la semaine dernière, le site Sovecon.ru n’estimait plus qu’à 44 millions de tonnes (Mt) les exportations russes de blé tendre, démentant les annonces de l’USDA, l’organisme américain de statistiques agricoles. Au début du mois de novembre, ce dernier tablait encore sur plus de 48 Mt. Mais c’était sans compter le quota très strict, récemment imposé par le gouvernement russe, de limiter à 11 Mt les livraisons de blé à des pays tiers à partir du 15 février 2025. En priorisant l’approvisionnement de son marché intérieur aux dépens de l’export, le Kremlin tente de préserver un tant soit peu l’économie russe de toute velléité inflationniste.
Ce nouveau coup de rabot porté sur les exportations russes n’a eu aucun effet sur les cours de blé et du maïs, contredisant une nouvelle fois les prévisions de Sovecon sur une reprise des cours.
La campagne passée 2023-2024, le contingent du Kremlin était de 29 Mt car la Russie devait d’exporter plus de 52 Mt pour limiter ses stocks de report. Mais l’été dernier, les silos se sont vidés sitôt remplis. Le blé a été abondamment exporté. Or sa production est inférieure de plus de 10 Mt à celle de 2023 ; d’où le contingent très strict imposé par le Kremlin.

