
Marché des céréales
Les céréales ballottées entre dollar en chute libre et surabondance mondiale
Cette semaine aura parfaitement illustré la fragilité de l’équilibre actuel des marchés céréaliers, pris entre des fondamentaux mondiaux toujours largement excédentaires et une accumulation de facteurs exogènes – monétaires, géopolitiques et climatiques – qui entretiennent une volatilité élevée sans réussir à impulser de véritable tendance haussière durable.
En Europe, les prix du blé tendre ont connu un scénario en « dents de scie ». Après un net rebond en fin de semaine dernière, qui a vu le contrat mars 2026 sur Euronext repasser au-dessus des 190 €/t, soutenu par des inquiétudes météo aux États-Unis et en Russie, le marché a rapidement corrigé sous l’effet du renforcement spectaculaire de l’euro. Entre le 22 et le 27 janvier, la monnaie unique est passée de 1,175 à plus de 1,20 dollar, soit une appréciation de plus de 2 % en quatre séances, pénalisant fortement la compétitivité des origines européennes à l’exportation. Dans le même temps, le blé français rendu Rouen a perdu près de 4 €/t entre vendredi et mardi, reflétant la pression exercée par l’offre abondante de la mer Noire et de l’Argentine.
Les fondamentaux confirment cette concurrence exacerbée. L’Argentine, qui bénéficie cette année d’une récolte record, voit sa production de blé atteindre 27,5 Mt, contre 18,5 Mt l’an passé, avec des exportations projetées à 17,5 Mt. Côté maïs, le pays sud-américain affiche également un potentiel très élevé avec 58 Mt produites et 40 Mt exportables. La Russie, de son côté, reste omniprésente sur le marché mondial, avec des exportations de blé estimées à 45,7 Mt en 2025-2026, selon SovEcon, malgré les perturbations logistiques liées au froid polaire.
Dans ce contexte, l’origine française peine à s’imposer dans les grands appels d’offres. Si la Tunisie s’est positionnée sur 200 000 t de blé (dur et meunier), la pression reste forte sur les marchés du Maghreb, d’autant que le Maroc pourrait voir sa récolte rebondir à 8 Mt cette campagne, contre 4,4 Mt l’an passé.
Outre-Atlantique, le blé a fortement rebondi mercredi 28 janvier, le contrat mars atteignant 536 cts$/boisseau, son plus haut niveau depuis la mi-décembre, porté par des achats techniques des fonds, une demande export soutenue et la chute du dollar. Les ventes hebdomadaires américaines restent solides, avec 558 000 t de blé et 1,649 Mt de maïs annoncées par l’USDA pour la dernière semaine de janvier. Les opérateurs continuent également de surveiller les conséquences potentielles du froid extrême sur les cultures d’hiver, même si la couverture neigeuse limite pour l’instant les dégâts.
Le maïs évolue dans une configuration similaire, tiraillé entre soutien macroéconomique et poids de l’offre mondiale. En Amérique du Sud, les inquiétudes persistent en Argentine, où seulement 52 % des surfaces étaient jugées « bonnes à excellentes » fin janvier, contre 64 % une semaine plus tôt, malgré le retour de pluies. À l’inverse, le Brésil s’oriente vers une safrinha record, avec 18,1 Mha semés et une production désormais estimée à 136,6 Mt, ce qui limite toute flambée durable des prix.

