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Réussir l'implantation malgré des sols exceptionnellement secs
Dans un contexte de fortes chaleurs couplées à l'absence de précipitations suffisantes, Terres Inovia propose une analyse de la situation au moment de la préparation des semis de l'oléagineux.
Les conditions actuelles sont sans conteste parmi les plus sèches observées ces dernières années. La plupart des profils sont desséchés sur 20 à 30 cm, parfois davantage. Pour autant, il serait prématuré de conclure que la campagne d’implantation des colzas puisse être compromise : certains secteurs ont reçu jusqu’à 20-30 mm lundi et mardi dernier, ce qui leur permet de finaliser les préparations.
Par ailleurs, d’ici les 3-4 prochaines semaines, des épisodes pluvieux pourront réhumecter les sols et offrir de bonnes conditions d'implantation. Dans ce contexte, l’enjeu est d’avoir préparé un lit de semences pas trop grossier, qui permettra d’être réactif dans le déclenchement des semis quand des cumuls significatifs de pluies seront annoncés. Terres Inovia détaille ici différentes situations-types et ses recommandations.

Le contexte économique de la campagne 2026/27 s’annonce très tendu : des trésoreries en difficultés à la suite des mauvais résultats des quatre dernières campagnes, un coût des fertilisants et du carburant élevés et des prix de vente des céréales et oléo-protéagineux encore bas – malgré une amélioration ces derniers jours. A la recherche d’économies, des producteurs s’interrogent sur l’intérêt de mettre une partie de leur surface en jachère. Cette stratégie permet effectivement de réduire les charges d’approvisionnement, mais permet-elle d’améliorer la rentabilité de l’atelier grandes cultures ?

L’analyse de sol agricole est un outil indispensable pour raisonner la fertilisation des cultures. Mais pas de bonne analyse de terre sans prélèvement rigoureux !
L’analyse de sol agricole permet d’établir un diagnostic sur la fertilité chimique d’un sol, indispensable au raisonnement de la fertilisation des cultures, qu’il s’agisse d’engrais minéraux, de produits organiques ou d’amendements basiques.
Le diagnostic de la fertilité du sol établi par l’analyse est aussi la seule façon de connaître l’impact des pratiques culturales sur l’évolution de la biodisponibilité des éléments minéraux.
Dans un proche avenir, l’intégration d’indicateurs biologiques permettra d’étendre le diagnostic à la composante fertilité biologique du sol.
Les laboratoires d’analyse ne réalisent les différentes déterminations que sur quelques grammes de terre qui doivent être représentatifs de plusieurs milliers de tonnes !
Le saviez-vous ? La masse sèche de la terre de la couche travaillée sur 20-25 cm représente de 2 000 à 4 000 tonnes par hectare selon sa pierrosité. C’est dire l’importance de la première étape qu’est le prélèvement.
Une mesure du sol au laboratoire doit être réalisée sur un échantillon issu du mélange d’un nombre suffisant de carottages élémentaires afin d’assurer une représentativité de l'échantillon par rapport à la zone prélevée.
Au champ, le mélange des prélèvements élémentaires doit être sous-échantillonné pour envoyer au laboratoire un échantillon d’environ 300 à 500 grammes selon le menu demandé, en éliminant les cailloux supérieurs à 2 cm.
Il est conseillé de réaliser une analyse de terre pour 5 à 10 ha selon la variabilité des types de sols.
Le repérage par GPS permet de garantir le retour sur la zone de référence choisie.
L’analyse de sol agricole a deux objectifs :
Pour répondre à ce second objectif, il faut réaliser un suivi dans le temps, sur la même zone de prélèvement. Une périodicité de 5 ans constitue un bon compromis pour détecter des tendances d'évolutions pluriannuelles.
La profondeur de prélèvement doit s’ajuster à la profondeur maximum du labour qui est comprise entre 20 et 25 cm. Se rattachent aussi à ce cas les parcelles en non labour mais travaillées régulièrement ou occasionnellement avec des outils à dents, à plus de 20 cm de profondeur, ce qui provoque une certaine homogénéisation de la couche de terre.
Eviter les prélèvements trop superficiels, en particulier lorsque le sol est trop sec en été ou trop caillouteux. Mais surtout, il faut éviter les prélèvements trop profonds, en particulier lorsque le sol est humide.
Dans les parcelles sans travail du sol ou travaillées seulement superficiellement, la couche superficielle a tendance à se concentrer en phosphore et en matière organique. Dans les sols non calcaires, elle peut aussi s’acidifier plus rapidement. Mais cette évolution ne devient perceptible qu’au bout de 5 à 10 ans. Restreindre le prélèvement au seul horizon superficiel risque de conduire dans certains cas à une mauvaise interprétation des résultats de l’analyse. Il est donc préférable de garder une profondeur de prélèvement de 20 cm en non labour avec une interprétation selon les mêmes critères que pour une analyse en parcelle travaillée.
Le prélèvement peut être réalisé sans conséquence pour l’interprétation, dans une culture en place, mais avant tout apport d’engrais minéral ou organique. Il est généralement réalisé l’été après les récoltes, mais peut l’être aussi en sortie d’hiver.

De nouvelles pistes grâce à l’histoire des gènes du blé et de l’orge
Des équipes de recherche d’INRAE, de l’université Clermont Auvergne et du CNRS ont reconstitué 10 génomes anciens, des paléogénomes, d’ancêtres communs de 84 espèces de plantes d’intérêt agronomique. L’étude de ces paléogénomes permet d’identifier des gènes communs aux différentes espèces qui ont été conservés au cours de l’évolution et ont potentiellement un rôle clé dans l’adaptation à des contraintes environnementales comme la sécheresse. L’étude comparative, en particulier des gènes du blé et de l’orge, a permis d’identifier une centaine de variants de gènes ayant des rôles clés dans l’adaptation de ces plantes cultivées à différents climats au cours de leurs 10 000 ans de domestication et de sélection par l’humain. Les scientifiques ont développé 2 outils en accès libre à destination des scientifiques et des sélectionneurs. Ces résultats, publiés dans Molecular plant et Nature plants, ouvrent de nouvelles pistes pour les programmes de sélection variétale dans le cadre de l’adaptation au changement climatique.
Les plantes d’espèces différentes partagent des gènes communs qui peuvent avoir une importance dans l’adaptation à des contraintes environnementales particulières. Les scientifiques se sont demandés comment exploiter les connaissances sur le rôle connu d’un gène dans une espèce particulière chez une autre espèce d’intérêt pour la sélection variétale. Ils ont analysé et comparé 84 génomes d’espèces de plantes à fleurs actuelles, représentatives des familles de plantes cultivées dans le monde. Cela leur a permis de reconstituer 10 paléogénomes d’ancêtres remontant à plus de 200 millions d’années, fondateurs des espèces actuelles. Ces paléogénomes permettent d’identifier les gènes ayant conservé le même contexte génomique ancestral ainsi que la même fonction biologique et donc potentiellement impliqués aujourd’hui dans des caractéristiques ou processus similaires entre les différentes espèces. Ces gènes pilotent potentiellement des caractères d'intérêt pour les défis actuels de l’agriculture comme la tolérance à la sécheresse ou la date de floraison. Outre l’identification de gènes ayant un intérêt agronomique majeur, la reconstitution des paléogénomes apporte également des connaissances fondamentales sur l’histoire évolutive des plantes et a permis notamment d’identifier les dates d’émergence des principales familles botaniques ou de retracer les trajectoires évolutives clés comme celles à l’origine de la divergence entre espèces de plantes aquatiques et terrestres ou herbacées et ligneuses.
Les auteurs se sont intéressés plus particulièrement au blé et à l’orge, deux céréales d’intérêt agronomique majeur. Elles ont la particularité d’avoir été les premières domestiquées il y a plus de 10 000 ans dans le croissant fertile. Ces deux espèces sont à la base de la naissance de l’agriculture et ont été cultivées par l’humain aux mêmes périodes et dans les mêmes conditions environnementales, elles sont donc très pertinentes pour analyser et comparer les gènes conservés au sein des deux espèces. Les scientifiques ont étudié et comparé 1 420 variétés modernes couvrant la diversité génétique mondiale du blé et de l’orge ainsi que des vestiges de blés anciens datant de 5 000 ans. Ils ont pu identifier des variants génétiques sélectionnés conjointement au cours de l’histoire évolutive de ces 2 espèces. Les auteurs ont validé chez le blé le rôle de 3 gènes connus chez d’autres espèces : un gène ayant un impact sur le rendement, un gène influant sur la date de floraison et un gène impliqué dans la régulation épigénétique, c’est-à-dire la modulation de l’activation des gènes. L’étude des paléogénomes entre ces espèces délivre non seulement les gènes qui sont conservés mais aussi les variants adaptatifs qui ont été sélectionnés dans les populations de blé et d’orge ayant évolué dans des contraintes climatiques similaires, et donc s’étant adaptées à des environnements similaires pendant 10 000 ans de domestication et de sélection par l’humain. L’identification de ces variants ouvre de nouvelles pistes pour les programmes de sélection variétale, en particulier dans le cadre de l’adaptation de l’agriculture au changement climatique.
Dans le cadre de ces travaux, deux outils informatiques en accès libre et gratuits, exploitables par la communauté scientifique et les sélectionneurs privés, ont été développés. Le premier, nommé AGR (Ancestral genome reconstruction), permet la comparaison de génomes de plantes modernes et la reconstruction de paléogénomes fondateurs disparus délivrant un répertoire expertisé de gènes conservés entre espèces. Le second, OrthoViewer, est une base de données d’accès à ces gènes conservés pour 84 espèces de plantes d’intérêt agronomique, intégrant 1 142 gènes décrits dans la littérature scientifique pour leur fonction biologique et leur intérêt agronomique. Ce catalogue de gènes conservés permet de comparer, entre espèces, les données de diversité génétique disponibles à l’échelle mondiale et d’identifier des variants génétiques adaptatifs sélectionnés conjointement chez différentes espèces et ayant un potentiel intérêt pour la sélection variétale.
La démarche décrite dans cette étude sur le blé et l’orge peut s’appliquer à tout type de plantes à partir des paléogénomes fondateurs de 84 espèces de plantes couvrant de nombreuses familles botaniques, dont celles des principales plantes cultivées. Les scientifiques poursuivent leur étude des paléogénomes pour identifier des gènes d’intérêt, et plus particulièrement des variants génétiques adaptatifs conservés entre le blé, l’orge, le riz, le maïs et le sorgho.
« Comprendre l’évolution des variants génétiques au cours de la domestication et de la sélection des espèces végétales et animales d’intérêt pour l’agriculture permet d’identifier ceux sélectionnés conjointement entre espèces dans des environnements soumis aux mêmes contraintes climatiques qui sont d’intérêt pour la sélection de génotypes adaptés aux enjeux du changement climatique et de la transition agroécologique. » Jérôme Salse, directeur de recherche INRAE.
Photo : © INRAE - Gerard Paillard
Quelles nouvelles variétés de blé ont le mieux résisté en 2026 ?
Comment les nouvelles variétés de blé tendre ont-elles réagi face à une fin de cycle exceptionnellement chaude ? Les essais conduits par la coopérative Noriap apportent de premiers enseignements. Productivité, qualité, adaptation aux différents types de sols… Tour d’horizon des six variétés qui intégreront la gamme pour les prochains semis à l’automne 2026.

Pour les producteurs désireux de débuter une nouvelle campagne avec du lupin d’hiver, le choix de la parcelle et du travail du sol s’effectue dès maintenant afin de favoriser au mieux la plante et de limiter le risque de la mouche des semis. Voici tous les points agronomiques à anticiper.

Comment limiter le risque altise adulte en cas de levée tardive du colza ?
La sécheresse de l’été fait craindre des conditions difficiles pour la levée du colza. Comment atténuer le risque altise adulte en cas de levée tardive de la culture, surtout en secteur de haut niveau de résistance aux pyréthrinoïdes ? la réponse peut passer les repousses de colza et par les intercultures pièges pilotées (IPP ...) en interculture longue.
Les adultes de grosse altise quittent généralement leurs zones d’estivation (haies, buissons…) à partir de mi-septembre et se dispersent à la recherche de crucifères. Elles sont capables de voler sur plusieurs km. Cette phase de dispersion peut se prolonger jusqu'à mi-octobre selon les conditions météo. Les femelles vont s’alimenter et au bout de 10-15 jours, elles auront atteint leur maturité et pourront pondre. Les muscles des ailes s'atrophient ensuite progressivement. Ainsi, une femelle altise qui atterrit dans une parcelle de colza, un champ de repousses de colza ou une interculture semée avec des plantes attractives, aura peu de chances de rejoindre ensuite une parcelle de colza voisine.
Les travaux de Terres Inovia et de ses partenaires, dans le cadre du plan de retrait du phosmet, ont montré l’intérêt d’implanter des crucifères attractives dans les couverts d’intercultures comme le radis chinois ou la navette (stratégie dite des Intercultures Pièges Pilotées). Elles sont attractives au même titre que la culture, voire plus. La cameline et la moutarde blanche ne sont pas efficaces car non attractives vis-à-vis de l’altise.
Dans les précédents colzas et en conditions sèches, les repousses lèveront au retour des pluies en même temps que les colzas. Il n’y aura donc pas de décalage de stade important entre le colza et les crucifères pièges ou les repousses. Cela est un point positif car les études ont montré que le radis chinois tout comme les repousses de colza, sont moins attractifs à des stades plus avancés que de jeunes colzas à un stade sensible aux prélèvement foliaire par des altises adultes.
Plus la surface en repousses de colza ou en intercultures avec espèces attractives sera importante, et plus les altises seront diluées sur le territoire. Dans ce cas :
Il est préférable de laisser les repousses de colzas et les conserver au moins 2 à 3 semaines après le début du vol. La destruction des repousses pourra intervenir au moment du semis des céréales.
Pour les intercultures semées, la stratégie consiste à conserver plus longtemps les couverts de crucifères pièges et à les détruire en entrée hiver préférentiellement par broyage (désherbage également possible), ce qui permet de détruire les larves d’altises et réduire les populations de ravageurs qui coloniseront les parcelles l’année suivante.

Soigner l’implantation pour une installation rapide
Un itinéraire cultural soigné et le respect des dates optimales de semis sont indispensables pour réussir l’implantation d’une prairie et assurer sa productivité et sa pérennité.
Pour réussir l’implantation d’une prairie, la période de semis doit réunir deux conditions essentielles : une humidité du sol suffisante et des températures favorables. Ces conditions permettent une levée rapide et homogène des semences ainsi qu’un bon développement des jeunes plantules.
En pratique, elles sont le plus souvent réunies à la fin de l’été, avec le retour des pluies et des orages, ainsi qu’au printemps lorsque les températures remontent. Ces deux périodes constituent donc les fenêtres de semis les plus favorables.
Au-delà de la levée, les jeunes plantes doivent disposer de suffisamment de temps pour s’installer avant d’être confrontées à des conditions défavorables. Les graminées doivent ainsi atteindre le stade 4 à 5 feuilles et les légumineuses le stade 2 à 3 feuilles trifoliées avant l’apparition d’un déficit hydrique pour les semis de printemps ou avant l’arrivée des premières gelées pour les semis de fin d’été.
Couverts végétaux, cultures associées, réduction des herbicides… Derrière les changements de pratiques agronomiques, une question se pose toujours : avec quels équipements les mettre en œuvre ?
Introduire de nouvelles espèces, cultiver des mélanges ou implanter des couverts ne consiste pas seulement à repenser une rotation ou un itinéraire technique. Il faut semer, maîtriser la végétation, récolter, parfois séparer les espèces… et donc disposer d’équipements adaptés à chacune de ces opérations.
Malgré une campagne fortement marquée par les effets du changement climatique, les premiers résultats de la récolte de colza sont globalement satisfaisants et devraient permettre de répondre aux besoins de la filière.
En 2025-26, les surfaces de colza atteignent 1 417 000 ha, soit +12 % par rapport à 2024-25 (Agreste, juillet 2026). La production nationale pourrait ainsi s’établir autour de 4,7 millions de tonnes, soit un niveau proche de 2025 et supérieur de près de 10 % à la moyenne quinquennale, estimée à 4,1 millions de tonnes. D'après les expertises conduites par Terres Inovia et ses partenaires, le rendement moyen serait, selon les premières estimations, autour de 33,4 quintaux/hectare, en nette baisse par rapport à un rendement 2025 exceptionnel (36,6 q/ha), et en léger retrait de 4 % par rapport à la moyenne quinquennale (33,6 q/ha).
Comment l’agriculture peut‑elle s’adapter aux étés de plus en plus secs ?
ARTICLE REDIGE AVEC THE CONVERSATION. Alors que la France connaît, en cet été 2026, une situation exceptionnelle de sécheresse, les cultures agricoles souffrent. Dans le même temps, la loi d’urgence agricole, votée au Sénat le 21 juillet dernier, a entériné le doublement des objectifs de stockage de l’eau à usage agricole à l’horizon 2035. C’est là tout le paradoxe : avec le changement climatique, les cultures auront de plus en plus besoin d’eau. Mais celle-ci se raréfie dans les nappes phréatiques, les lacs, les rivières. Alors que faire ? Stocker davantage d’eau dans des retenues est-il le seul levier disponible ? Le type d’agriculture pratiqué et la façon d’irriguer restent des moyens puissants pour limiter la demande en eau et maximiser les usages de cette dernière. État des lieux avec 4 chercheurs d'INRAE : Juan David Dominguez Bohorquez, Delphine Leenhardt, Lionel Alletto et Sami Bouarfa.