La maîtrise des graminées hivernales est devenue un enjeu majeur dans la réussite de la culture de colza. Les infestations rencontrées exigent une gestion précoce. En complément des leviers agronomiques essentiels, des solutions efficaces et économiques sont à disposition des producteurs. Elles sont présentées dans le numéro de juin d'Arvalis & Terres Inovia infos.
Confronté à des levées précoces en particulier pour le ray-grass, le colza peut-être fortement pénalisé dès le début de son cycle. Cette concurrence prend différentes formes, elle impacte la croissance du colza, ce qui l’expose par exemple aux ravageurs d’automne, et peut conduire à des pertes de pieds importantes. Afin de contrôler ces graminées adventices tout en maintenant le potentiel du colza, Terres Inovia recommande la gestion précoce, dès l’implantation, dans les cas de fortes pressions.
La stratégie de désherbage consiste à orienter prioritairement le coût de la prélevée contre la cible "graminées". Les solutions parmi les plus performantes techniquement, comme Colzamid à 2 l/ha en présemis incorporé ou Sultan 1,5 l/ha en post-semis prélevée, sont accessibles pour un coût aux alentours de 35 à 45 €/ha. Ces solutions avoisinent en moyenne les 60 % d’efficacité, avec une variabilité importante selon les conditions d’application. Colzamid, grâce à l’incorporation en prélevée, présente des efficacités plus régulières. Attention, l’efficacité et la régularité de cette solution décroît rapidement en post-semis prélevée (absence d’incorporation).
Dans le cas d’une utilisation tous les trois ans, la dose de métazachlore est limitée à 500 g/ha (Sultan 1 l/ha). Cette dose est insuffisante en forte pression ray-grass et surtout vulpins. Il est alors nécessaire de l’associer en post-semis prélevée à de la napropamide (Sultan 1 l/ha + Colzamid 1,2 l/ha) ou à du dimétachlore (Sultan 1 l/ha + Terox 1,5 l/ha) pour une efficacité comparable aux 750 g/ha de métazachlore.
Bien évaluer la dose nécessaire
Springbok ou Alabama à 2 l/ha, qui associent 400 g/ha de métazachlore à 400 g/ha de dmta-P, présentent un niveau d’efficacité comparable aux 750 g/ha de métazachlore sur ray-grass et en léger retrait sur vulpin. Il en est de même pour Colzor Trio 3,5 l/ha sur la cible ray-grass uniquement (en plus fort retrait sur vulpin), qui associe de la napropamide et du diméthachlore. Ces solutions – au même titre que Bandonéon, Novall ou encore Triclo à pleine dose – apportent des compléments non négligeables sur dicotylédones, mais avec un surcoût d’environ 30 à 45 €/ha selon les solutions considérées par rapport à Colzamid 2 l/ha ou Sultan 1,5 l/ha. Le surcoût de ces solutions ne se justifie qu’en présence avérée de dicotylédones. La diminution de dose se traduit par une perte d’efficacité sur graminées ; un choix perdant d’un point de vue technique et économique.
Dans le cas d’un colza associé à des légumineuses, ces dernières tolèrent assez mal les désherbages de prélevée du colza, à l’exception de certaines comme la féverole. Une application de Colzamid à 2 l/ha en présemis incorporé présente une sélectivité acceptable, au même titre que Colzor Trio à 3,3 l/ha (non adapté contre le vulpin). Les solutions à base de métazachlore se montrent plus sélectives en application de post-levée précoce, mais cela constitue une pratique non recommandée en situation ray-grass. Or, dans les situations difficiles en graminées, l’efficacité du désherbage dès la prélevée doit être une priorité.
Conditions d’utilisation de la propyzamide
Le contrôle précoce, au-delà de limiter la concurrence en début de cycle, permet d’attendre les conditions optimales pour l’application de post-levée avec la propyzamide pour toutes les situations qui le nécessitent : température du sol < 10°C, application sur sol humide, période d’application idéale en novembre jusqu’à début décembre.
La gestion des repousses de céréales est quant à elle à envisager au cours du mois de septembre avec un anti-graminées foliaire. Les herbicides racinaires précédemment cités sont généralement inefficaces. Cette application pourra offrir une efficacité complémentaire sur ray-grass et vulpin en fonction du niveau de résistance présent sur la parcelle. En cas de bonne efficacité de la prélevée, la gestion des repousses pourra s’envisager avec une "fop" (Stratos, Pilot, etc.). En cas d’échec de la prélevée sur les levées de ray-grass/ vulpin, la cléthodime est possible pour neutraliser les repousses et possiblement ces graminées hivernales (selon le niveau de résistance), sous condition de maintenir une propyzamide (Kerb ou Ielo) en novembre afin de neutraliser les individus résistants.
Biner tôt pour réduire la concurrence de début de cycle
Face à un échec total ou partiel de la prélevée en forte pression, le binage peut constituer une solution de recours en situation de semis à écartement large. Un binage courant septembre à partir de 3-4 feuilles du colza permet de réduire la pression des graminées, pour la plupart encore sensibles aux dents de la bineuse (avant tallage). Pour les ray-grass déjà développés (tallage), le risque de repiquage est plus élevé d’où l’intérêt d’intervenir tôt. Cette piste est à l’étude dans le projet Gramicible.


Limiter les insectes ravageurs agricoles sans recourir à des solutions chimiques, c’est l’une des perspectives offertes par les travaux menés par des chercheurs d’INRAE et du CNRS. En développant des nano-anticorps capables de cibler une protéine essentielle à la communication entre certains insectes, l’équipe de recherche propose une approche innovante de biocontrôle. Une avancée prometteuse pour réduire les populations de ravageurs et protéger les cultures de manière plus respectueuse de l’environnement.
De nouvelles perspectives s’ouvrent pour lutter efficacement et durablement contre certains insectes ravageurs des cultures. Des chercheurs de l’Institut d’écologie et des sciences de l’environnement de Paris (iEES-Paris) et leurs collègues du Laboratoire d’ingénierie des systèmes macromoléculaires (LISM) ont validé une méthode innovante reposant sur les vésicules extracellulaires, de minuscules enveloppes naturellement produites par les cellules, pour produire des nano-anticorps ciblant des protéines membranaires complexes.
Ces protéines, situées à la surface des cellules, jouent un rôle essentiel dans de nombreux mécanismes biologiques. Mais leur étude reste particulièrement difficile, car elles perdent facilement leur structure naturelle lorsqu’elles sont isolées. Pour surmonter cet obstacle, les scientifiques utilisent les vésicules extracellulaires comme des « présentoirs » biologiques capables de conserver ces protéines dans un état proche de celui observé dans le vivant.
L’équipe s’est intéressée à une protéine membranaire appelée SNMP1, présente chez de nombreux insectes dont Spodoptera littoralis, un papillon de nuit dont les chenilles causent d’importants dégâts aux cultures. Cette protéine joue un rôle clé dans la détection des phéromones sexuelles, les signaux chimiques qui permettent aux insectes de se rencontrer pour se reproduire.
Grâce à cette approche, les scientifiques ont obtenu des nano-anticorps capables de reconnaître spécifiquement SNMP1. Pouvant atteindre des cibles inaccessibles aux anticorps classiques en raison de leur bien plus petite taille, ces nano-anticorps pourraient à terme être utilisés pour bloquer le fonctionnement de SNMP1 et perturber la communication chimique entre les insectes. En limitant leur capacité à détecter les signaux nécessaires à l’accouplement, cette stratégie pourrait réduire leur reproduction et, par conséquent, les populations et les dommages causés aux cultures.
Publiés dans la revue Journal of Extracellular Biology, ces travaux ouvrent la voie à de nouvelles solutions de biocontrôle ciblées et respectueuses de l’environnement. La méthode pourrait en effet être adaptée à d’autres insectes nuisibles dont la reproduction repose également sur la détection de phéromones, offrant ainsi de nouvelles perspectives pour protéger durablement les cultures.
Référence : Dogliani, A., L. Fradale, C. Valeille, et al. 2026. "Generation of Nano-Antibodies Targeting the SNMP1 Membrane Receptor of Spodoptera littoralis Using Extracellular Vesicles.” Journal of Extracellular Biology5, no. 4: e70118. https://doi.org/10.1002/jex2.70118
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