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Technique et innovation

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Le désherbage ciblé

au service d’une agriculture de précision



Face aux défis environnementaux et économiques, l’agriculture moderne cherche des solutions plus durables pour maintenir les rendements tout en réduisant l’utilisation des intrants. Parmi les technologies émergentes, le désherbage ciblé par drone ou caméra embarquée s’impose comme une innovation majeure. Cette méthode permet d’identifier précisément les zones infestées de mauvaises herbes afin de traiter uniquement là où c’est nécessaire, réduisant ainsi la consommation d’herbicides.

Le principe du désherbage ciblé

Le désherbage ciblé repose sur la détection et la localisation précise des mauvaises herbes (adventices) à l’aide de capteurs embarqués sur des drones ou des machines agricoles. Grâce à l’intelligence artificielle et à la vision par ordinateur, les caméras analysent les images en temps réel pour distinguer les cultures des mauvaises herbes. Une fois les adventices repérées, un système de pulvérisation localisée peut être activé, ou une carte de traitement peut être générée pour une intervention ultérieure. Seuls certaines adventices sont repérables actuellement par drone dont principalement le chardon et le datura.

Les avantages du désherbage ciblé

  • Réduction des intrants : Jusqu’à 80 % d’herbicide en moins par rapport à un traitement en plein.
  • Préservation de l’environnement : Moins de pollution des sols et des nappes phréatiques.
  • Efficacité économique : Diminution des coûts liés aux produits phytosanitaires.
  • Meilleure acceptabilité sociale : Réponse aux attentes sociétales d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement.

Les limites et défis

  • Coût d’investissement initial élevé : Drones, capteurs, logiciels d’analyse et pulvérisateurs intelligents nécessitent un investissement important, mais ils peuvent aussi déléguer cette tâche à des prestataires extérieurs
  • Besoins en formation : Les agriculteurs doivent se former à l’utilisation de ces technologies
  • Précision variable selon les conditions : La météo, l’éclairage ou l’état de la végétation peuvent affecter la qualité des données

Le désherbage ciblé par drone ou caméra embarquée représente une avancée majeure vers une agriculture plus durable, précise et économe en ressources. Si certains obstacles subsistent, la maturité croissante des technologies et l’évolution des pratiques agricoles devraient favoriser son déploiement massif dans les années à venir.

De la détection à la pulvérisation ?

L’usage du drone pour pulvériser de façon ciblée des herbicides ou de produits phytosanitaires a été longtemps prohibé. Les Chambres d’agriculture ont été auditionnées par le Sénat dans le cadre de la proposition de loi visant à autoriser l’épandage de pesticides par drone, du député Jean-Luc Fugit (Ensemble pour la République, Rhône). Philippe Noyau, ancien secrétaire adjoint de Chambres d’agriculture France a insisté sur l'importance de préserver la santé des exploitations agricoles et a plaidé pour une relance des phases d'expérimentation notamment en arboriculture.

La loi a été promulguée le 25 avril 2025 et autorise l'épandage par drone de produits de biocontrôle, autorisés en agriculture biologique ou "à faible risque" dans les bananeraies, les parcelles de vignes mères de porte-greffes conduites au sol et sur les parcelles avec des pentes supérieures ou égales à 20%. Elle prévoit également des programmes expérimentaux encadrés sur 3 ans. 

Ces opérations doivent être alors réalisées par des personnes expérimentées, formées et agréées avec du matériel homologué et équipé de buses anti-dérives.

Une utilisation par l’agriculteur contraignante

Un cadre réglementaire strict pour un usage sécurisé

L’utilisation des drones en agriculture, qu’elle soit occasionnelle ou professionnelle, est encadrée par une réglementation européenne harmonisée et des exigences nationales précises.

Deux grandes catégories d’usage existent :

  • la catégorie ouverte, pour les vols à faible risque
  • la catégorie spécifique, pour les usages professionnels ou à risque modéré

Dans la catégorie ouverte (vols à vue, hors zones sensibles, drone de moins de 25 kg), le drone doit être marqué CE (classes C0 à C4) et enregistré sur AlphaTango s’il pèse plus de 250 g ou embarque une caméra. Le télépilote doit suivre une formation en ligne et respecter les règles élémentaires : vol en vue directe, hauteur maximale de 120 m, et respect des tiers et de la vie privée. Les agriculteurs utilisant un drone pour des usages simples sont donc le plus souvent soumis à cette réglementation.

Dans la catégorie spécifique, qui concerne les autres usages professionnels agricoles (surveillance avancée, pulvérisation, semis…), l’exploitant doit :

  • Obtenir un certificat d’aptitude de télépilote professionnel
  • Utiliser un drone homologué (attestation de conception délivrée ou reconnue par la DGAC)
  • Déclarer ses missions selon le scénario opérationnel (S2, S3, S4…)
  • Tenir un registre des vols précisant les produits utilisés, les conditions et l’opérateur

Ainsi, il est nécessaire, avant l’achat d’un drone, de déterminer les usages pour adapter le choix du drone, mais aussi les conditions de vol nécessaires.

Pour aller plus loin

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DiNA Cuma



10 ans d’un dispositif efficace au service des transitions agricoles

Cette année sonne les 10 ans d’un dispositif méconnu, le DiNA Cuma pour Dispositif National d'Accompagnement des projets et des initiatives des coopératives d'utilisation de matériel agricole. Créé en 2016 par le Ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll, il est venu transformer les anciens prêts bonifiés octroyés aux Cuma (dits “MTS”), en une mesure d’accompagnement structurante. Il a pourtant subi des coupes budgétaires intervenues par décrets et grevant de 46 % son financement. Le Réseau Cuma appelle à soutenir ce dispositif et s’en inspirer.

L’exemple d’une politique publique qui a su changer de logiciel

Lancé en 2016, le DiNA Cuma a marqué un tournant dans les politiques d’accompagnement des Cuma en plaçant l’investissement immatériel – c’est à dire un accompagnement à la réflexion stratégique sur une diversité de sujets tels que gouvernance, organisation, projet collectif, renouvellement des générations, création d’emploi partagé, changement des pratiques – au cœur du dispositif, en complément des aides à l’investissement matériel. Autour d’une de ces thématiques, les collectifs d’agriculteurs et agricultrices réfléchissent ensemble pour mettre en place des plans d’actions concrets. Il se distingue ainsi des dispositifs antérieurs, centrés uniquement sur le financement des équipements. L’évaluation conduite en 2021 par le CGAAER a confirmé son rôle structurant, en faisant du DiNA un levier de transformation pour l’agriculture via les Cuma. Piloté au niveau national par la DGPE, il est mis en œuvre dans les régions par les DRAAF.

Un impact réel pour les agriculteurs et agricultrices en collectif

Depuis 10 ans, plus de 700 emplois partagés entre agriculteurs et agricultrices ont été créés à la suite d’un DiNA. Plus de 30 % des Cuma accompagnées par un DiNA ont investi ou changé leurs pratiques en lien avec la transition agroécologique : acquisition de matériels pour semis direct, désherbage mécanique, agriculture de conservation, réduction des intrants. Plus de 10 % des Cuma ayant fait un DiNA sont allées plus loin en s’inscrivant dans des démarches collectives structurées : création de GIEE, adhésion à des groupes DEPHY ou “30 000”. Ces résultats s’inscrivent dans la durée. Aujourd’hui, 35 % des Cuma sont équipées en matériel de désherbage mécanique, soit un niveau en forte progression sur la période. En 2024-2025, la FNCuma a testé la méthode de mesure d’impact dite ASIRPA sur ce dispositif, qui pointe les changements significatifs au sein des Cuma en multipliant le nombre de DiNA. Le dispositif se distingue également par son efficacité : pour un coût moyen de 1 400 € par accompagnement, il bénéficie en moyenne à 23 agriculteurs.

Un dispositif à conforter

Pour Marine Boyer, ces résultats appellent à renforcer la place de l’accompagnement dans les politiques publiques : « alors que les politiques publiques négligent aujourd’hui les mesures d’accompagnement nécessaires pour arriver aux objectifs qu’elles se fixent, le DiNA est une belle illustration de ce qui fonctionne avec une forte efficience de la dépense publique. Nous appelons les pouvoirs publics à la soutenir au niveau national et régional. Il peut même inspirer les mesures d’accompagnement de la prochaine PAC ». En 2025, l’enveloppe du DiNA a été amputée de 46% par rapport à son budget initial de 1,5 millions d’euros, obligeant nombre de collectifs d’agriculteurs et d’agricultrices à renoncer à un accompagnement. Plus de 100 parlementaires ont dénoncé cette coupe budgétaire. Maintenu en 2026 à 1 million d’euros, la FNCuma appelle à ce que le DiNA retrouve son budget initial, et puisse devenir un dispositif co-financé comme l’est le Dispositif Local d’Accompagnement pour les associations.