
Marché des céréales
L’offre mondiale freine les cours malgré la pénurie de maïs français
Un marché mondial bien approvisionné face aux tensions énergétiques et climatiques
Le marché céréalier reste dominé par l’abondance de l’offre mondiale et les espoirs de détente entre la Russie et l’Ukraine. Ces facteurs influent à la baisse les cours européens, malgré une situation française particulièrement dégradée en maïs. Le CIC a relevé de 6 millions de tonnes (Mt) sa prévision de production mondiale de maïs pour 2026-2027, à 1 307 Mt, tandis que celle de blé reste fixée à 820 Mt.
Sur le plan macroéconomique, le Brent dépasse 110 $/baril, repoussant de nouveau la perspective d’une baisse durable des charges de production et de logistique. La BCE prévoit également une remontée de l’inflation alimentaire dans la zone euro jusqu’à 3,4 % au troisième trimestre 2027, sous l’effet conjoint de l’énergie et des dommages climatiques. Cette hausse des prix alimentaires ne garantit toutefois pas une revalorisation équivalente des céréales à la ferme.
Point par culture
Blé
Le blé connait un net repli sur Euronext : l’échéance décembre 2026 perd 10% sur 10 jours, à 232,75 €/t, tandis que mars et mai 2027 reviennent autour de 233 €/t.
Les perspectives de négociations en mer Noire réduisent le soutien lié au risque géopolitique. Le retrait partiel des investisseurs accompagne cette fragilité : au 16 octobre, leur position nette acheteuse sur Euronext avait diminué d’environ 24 100 lots, tout en restant largement positive.
La demande internationale apporte néanmoins des débouchés potentiels. L’Égypte aurait acheté environ cinq à huit bateaux, et la Jordanie a lancé un appel d’offre de 120 000 tonnes de blé meunier. La France et la Roumanie seraient bien placées, sans confirmation des origines retenues. Pour les producteurs français, l’enjeu est la transformation de cette demande en contrats effectifs.
Maïs
ARVALIS évalue la collecte française de maïs grain à 7,04 Mt, soit environ la moitié du niveau habituel de 13 à 14 Mt. La baisse des surfaces de plus de 21 %, puis les pertes de rendement et les transferts vers d’autres usages se cumulent. Quelque 232 000 hectares initialement destinés au grain ont été réorientés vers l’ensilage ou la méthanisation, principalement parmi les surfaces non irriguées.
Le rendement national de 66,7 q/ha masque l’ampleur des difficultés en sec : il atteint 45,9 q/ha en régime pluvial, contre 96,7 q/ha en irrigué. Le poids accru des parcelles irriguées dans la sole finalement récoltée en grain atténue donc la dégradation apparente de la moyenne nationale. L’AGPM estime les pertes de chiffre d’affaires des producteurs à 2,5 milliards d’euros.
Cette rareté française se reflète sur Euronext, avec l’échéance novembre 2026 coté 291,5 €/t, contre 268,25 €/t pour mars 2027 et 265,75 €/t pour juin 2027. Les offres physiques locales et leurs conditions de livraison deviennent ainsi déterminantes, d’autant plus que la récolte ukrainienne est révisée à la hausse.
Les premiers résultats de rendements ukrainiens sont meilleurs qu’un an auparavant : 5,88 t/ha contre 5,49 t/ha, mais sur seulement 20 % des surfaces récoltées. Les exportations atteignent 2,07 Mt au 19 octobre, contre 1,27 Mt un an plus tôt. Cette concurrence, notamment par voie terrestre vers l’Union européenne, limite la capacité du déficit français à soutenir durablement les cours.
Des perspectives suspendues à la mer Noire et aux réponses publiques
À court terme, le marché reste très sensible aux annonces diplomatiques. Une reprise des discussions entre Moscou, Kiev et Washington est évoquée autour du 10 novembre. Une détente pourrait fluidifier les exportations de la mer Noire et renforcer la concurrence pour les céréales françaises. Ce scénario demeure incertain : les divergences territoriales persistent et les attaques contre des navires marchands rappellent que le risque logistique reste élevé.
Deux rendez-vous commerciaux méritent une attention particulière : le résultat de l’appel d’offres jordanien (semaine du 26/10), et la progression de la récolte ukrainienne de maïs. Ils permettront de mieux apprécier, respectivement, les débouchés accessibles au blé européen et le volume de concurrence à venir en maïs.
Dans l’immédiat, les arbitrages de commercialisation devront surtout tenir compte des volumes réellement disponibles, des besoins de trésorerie et des primes locales. L’abondance mondiale et le risque de concurrence accrue en mer Noire invitent à ne pas déduire de la seule mauvaise récolte française une hausse durable des prix.

