

Gaz, pétrole, céréales, engrais : quels impacts du conflit au Moyen-Orient ?
Le conseil spécialisé « Grandes cultures - marchés céréaliers », réuni le 11 mars 2026 sous la présidence de Benoît Piètrement, s’est penché sur les impacts du conflit au Moyen-Orient, dont l’ampleur et la durée restent très incertaines.
Au niveau mondial, les attaques israélo-américaines contre l’Iran et le quasi-blocage du détroit d’Ormuz depuis le 28 février 2026 ont provoqué une hausse du prix du pétrole qui se rapproche des pics observés au début du conflit russo-ukrainien, avec un Brent à 93,13 $/baril le 10 mars 2026.
Les coûts du fret maritime restent maîtrisés pour le vrac sec, notamment pour les céréales, à la différence des pétroliers qui desservent le Moyen-Orient et dont les primes d’assurance ont explosé. La plupart des vraquiers contournent les zones à risques (détroits d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb, canal de Suez) par le cap de Bonne-Espérance.
Les prix internationaux du blé ont également augmenté par rapport à février 2026, portés par la demande mondiale, les risques géopolitiques mais aussi climatiques. Les cours restent toutefois inférieurs à ceux observés en 2025, sauf aux États-Unis et en Australie.
Au niveau européen, le prix du gaz a augmenté alors que le prix américain reste bas, illustrant la dépendance de l’Union européenne pour son approvisionnement. La hausse observée reste néanmoins très limitée par rapport aux pics atteints en 2021 suite au déclenchement du conflit russo-ukrainien et surtout en 2022 avec le sabotage du gazoduc Nord Stream.
Le prix des engrais azotés s’envole sur le marché européen depuis janvier 2026. Les importations massives intervenues en décembre 2025 pour anticiper le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) ont dopé les prix avant le début du conflit au Moyen-Orient. La hausse s’est poursuivie en février et pourrait s’amplifier en mars, dans le sillage du prix du gaz européen.
Nouvelles prévisions de FranceAgriMer pour la commercialisation des céréales françaises en 2025/26
Le bilan prévisionnel français du blé tendre s’alourdit avec un stock final désormais attendu à près de 3,4 Mt (millions de tonnes) en fin de campagne 2025/26. Les disponibilités pour le marché sont en effet portées à plus de 33 Mt (+ 0,2 Mt par rapport aux prévisions de février 2026) à la suite des nouvelles estimations de collecte par les services régionaux de FranceAgriMer.
Dans le même temps, les prévisions de consommation de blé tendre sur le marché domestique sont révisées à la baisse de 50 000 tonnes, pour atteindre 14,5 Mt. La légère hausse des prévisions d’incorporation par les fabricants d’aliments du bétail (+ 20 000 tonnes par rapport à février 2026) ne suffit pas à compenser la baisse des utilisations attendues en meunerie et boulangerie (- 70 000 tonnes).
Les prévisions d’exportations de blé tendre français vers les pays tiers sont également revues à la baisse à 7,1 Mt (- 0,1 Mt), alors que les prévisions de livraisons vers l’Union européenne restent quasi stables, à un peu moins de 7,6 Mt (+ 10 000 tonnes par rapport à février 2026).
Le stock de maïs attendu en fin de campagne (2,3 Mt) s’alourdit aussi à la suite de la révision à la hausse des prévisions de collecte en régions (+ 180 000 tonnes). La hausse des prévisions d’exportations vers l’Union européenne, désormais attendues à près de 4,7 Mt (+ 0,1 Mt), ne suffit pas à absorber ces disponibilités supplémentaires, d’autant que les prévisions d’incorporation de maïs par les fabricants d’aliments du bétail français et d’exportations vers les pays tiers sont ajustées à la baisse.
En orge, le stock final attendu en fin de campagne reste quasi stable par rapport à février 2026, à moins de 1,4 Mt, malgré une légère baisse des prévisions d’utilisation par les fabricants d’aliments du bétail français (- 20 000 tonnes), en partie compensée par un ajustement à la hausse des prévisions d’exportations vers l’Union européenne (+ 8 000 tonnes).
Pour en savoir plus, retrouvez le diaporama sur la situation des marchés céréaliers au niveau mondial, européen et français présenté en conseil spécialisé, ainsi que les nouveaux bilans prévisionnels détaillés des principales céréales françaises pour la campagne commerciale 2025/26.

Épandage d’effluents organiques liquide sur céréales : solution pour optimiser le calendrier
Beaucoup d’élevages choisissent d’investir dans des systèmes lisiers plutôt que dans des litières paillées, et de nouveaux projets de méthanisation voient le jour. Ces choix de gestion des effluents contribuent à faire augmenter les volumes liquides à épandre.
L’épandage de lisier sur céréales pourrait être une bonne solution pour valoriser au mieux ces volumes importants tout en réduisant les coûts liés à la fertilisation azotée.
Le prix des céréales faible, un cours de l’ammonitrate élevé, des conditions climatiques il faut dire que la période n’est pas propice à la culture des céréales d’hiver. Dans ce contexte, il est nécessaire d’optimiser au mieux les itinéraires techniques en trouvant des solutions pour réduire au maximum le coût des intrants. L’épandage d’effluents organiques liquide est donc une solution très intéressante pour réduire le coût lié à des engrais azotés toujours plus chers !
Il y a certaines composantes à prendre en compte si on souhaite optimiser au mieux l’épandage de lisier sur céréales.
L’impact de la météo
L’épandage sur céréales en sortie d’hiver doit se faire une fois que le sol est suffisamment ressuyé, pour éviter de trop abîmer la culture et éviter un lessivage des nutriments dès l’épandage. La météo est également un facteur important car des vents trop forts et une température élevée vont favoriser la volatilisation de l’ammoniac qui peut représenter jusqu’au 2/3 de la quantité d’azote présente dans l’effluent. C’est une préoccupation importante pour Nicolas Denieul, agriculteur et éleveur de porc dans la Sarthe et pratiquant l’épandage de lisier sur céréales depuis de nombreuses années : “L’objectif, c’est de valoriser nos lisiers. L’important c’est d’avoir des conditions agronomiques adéquates”.
Le témoignage de Nicolas Denieul
Les pertes d’azote par volatilisation
Il est primordial de prendre en compte les pertes d’azote par volatilisation si l’on souhaite optimiser au mieux son chantier d’épandage, un pendillard bien utilisé est donc plus adapté et la buse palette est à proscrire. Certains agriculteurs font même le choix d’épandre leur lisier sur céréales avec un enfouisseur prairie ! C’est notamment le cas de Guillaume Aveline, agriculteur sur la commune de Mordelles (35).
Pour limiter au mieux l’impact de la tonne, il est préférable de synchroniser la largeur de pulvérisation avec la largeur du pendillard pour ne laisser qu’une seule trace de passage sur la parcelle. C’est le choix qu’à fait Herve Lesne (35) qui possède un pulvérisateur de 24 m et fait appelle à la cuma agribocage qui possède une tonne à lisier avec une rampe de 24 m pour épandre son lisier .
Certains agriculteurs vont même plus loin et font le choix de techniques d’épandage minimisant l’impact du chantier sur le sol et sur la culture en optant pour de l’épandage sans tonne.. C’est le cas de Nicolas Denieul “Il n’y a pas de tonnes à lisier qui vont dans les champs parce que c’est le premier compactage qu’on peut limiter”. Nicolas pratique l’épandage sans tonne depuis plus de 15 ans et est pleinement convaincu par la technique. Et en effet ça marche ! L’ensemble d’épandage équipé de télégonflage ne marque pas la parcelle malgré des conditions légèrement humides. Il faut dire que Nicolas est un adepte de l’ACS et du semis direct ce qui facilite grandement le passage du matériel dans le champ. L’ACS est une bonne solution si on souhaite se lancer dans l’épandage d’effluents organiques sur céréales tout en minimisant au maximum l’impact du chantier d’épandage sur la culture en place.
L’épandage via automoteur
Il existe également d’autres techniques d’épandage comme l’épandage via un automoteur. Ces outils permettent surtout de maximiser le débit de chantier, en effet, l’automoteur est souvent ravitaillé au champ, le gain de temps est donc non négligeable. Ces engins fonctionnent souvent en “crabe” mais leur impact au sol est tout de même important notamment à cause de leur poids important.
Épandre ses effluents sur céréales c’est pointu mais ça a beaucoup d’avantages. Économie d’engrais minéral, gestion des effluents facilitée, calendrier d’épandage plus facile à gérer… De plus, si l’apport est régulier, le lisier a une effet bénéfique pour la vie du sol à long terme (contrairement à de l’engrais minéral) et permet de maintenir le taux de matière organique. L’apport régulier permet même en grande partie de se passer d’apporter de la potasse et du phosphore en minéral.
Ce travail a été réalisé dans le cadre du projet Val’Or qui a pour objectif principal de favoriser la valorisation des engrais de ferme en les intégrant au mieux dans les itinéraires techniques et d’optimiser au mieux les chantiers d’épandage de lisier. Dans le cadre du projet Val’or plusieurs suivis de chantier ont été réalisés et ont permis de récupérer les retours d’expérience de différents agriculteurs pratiquant déjà l’épandage de lisier sur céréales.