
Marché des céréales
Campagne de commercialisation en UE : un premier quadrimestre sans gloire ni trompette
Les exportations européennes blé sont à peine équivalentes à l’an passé après quatre mois de campagne. Mais les ventes d’orges ont explosé.
Le seuil de 3 000 millions de tonnes (Mt) de céréales disponibles dans le monde au cours d’une campagne céréalière a été franchi cette campagne-ci!
Dans son dernier rapport, le Conseil international des céréales (CIC) a exactement évalué à 3 018 Mt ces quantités disponibles, soit 70 Mt de plus que l’an passé.
Comparées à la campagne 2024-2025, les productions mondiales de grains ont progressé de près de 100 Mt (98 Mt exactement): +27 Mt pour le blé et + 60 Mt pour le maïs. Toutefois les échanges commerciaux (440 Mt) ne retrouveront pas leurs niveaux de 2023-2024 (458 Mt). Et la campagne commerciale s’achèverait avec des stocks en nette hausse (618 Mt ; +25 Mt).
L’Union européenne (UE) s’inscrit dans cette mouvance. Au cours du premier quadrimestre, les 8 Mt de blé exportées sont à peine équivalentes aux quantités de grains expédiées l’an passé à la même époque, selon la Commission européenne. La France et la Roumanie ont écoulé 2,6 Mt de grains chacune.
Or le disponible exportable en UE (33 Mt) est supérieur de 5 Mt, selon le CIC et le climat des affaires n’est pas propice à une accélération des ventes. Au cours des prochaines semaines, la récolte argentine très bon marché concurrencera les céréales européennes sur le marché africain notamment.
Au cours du premier quadrimestre, le Maroc était le premier pays destinataire (1,5 Mt) du blé européen exporté, suivi par l’Arabie saoudite (694 000 t). Le Nigéria, l’Egypte et la Jordanie faisaient quasiment jeu égal (environ 450 000 t chacun) mais l’Algérie boude le marché européen. Le pays fait essentiellement affaire avec la Russie. Selon le site Sovecon.ru, l’agence algérienne OIAC aurait même acheté 600 000 tonnes de blé à la fin du mois d’octobre.
L’orge caracole
L’orge européenne connaît un vif succès à l’export depuis le début de la campagne. Plus de 3,7 Mt de grains ont déjà été expédiées en quatre mois, soit 2 Mt de plus que l’an passé à la même époque notamment en Chine (875 000 t), en Arabie saoudite (775 000 t) et en Jordanie (396 000t).
Le marché algérien est là encore perdu mais 480 000 t d’orges européennes ont été exportées en Turquie (200 000 t) et en Lybie (157 000 t) ; une première depuis des années !
Au terme du quadrimestre, les exportations de malt (900 000 t) ont perdu un peu de leur panache (-160 000 t). La France (215 000 tonnes) et l’Allemagne (130 000 t) ont réalisé près de la moitié des livraisons (445 000 t). Pour autant, les ventes au Brésil et au Cameroun sont sensiblement supérieures à l’an passé mais le Japon et l’Afrique du Sud ont revu en baisse leurs achats.
En Union européenne, la production de blé dur (8,3 Mt) est toujours l’apanage de l’Italie (3,7 Mt), de la France (1,2 M) et dans une moindre mesure de l’Espagne (0,7 Mt). Comparée à la campagne passée, elle est supérieure de 950 000 t en raison du retour de la Grèce à son niveau de production habituel (0,95 Mt) et à l’essor de cette culture en Europe centrale.
La Bulgarie, la Slovaquie et la Hongrie ont récolté ensemble 350 000 t de grains en plus que l’an passé (+ 43 %) qu’elles exportent majoritairement hors UE. Mais pour que cette dernière soit autosuffisante, elle devrait en produire au moins 9,5 Mt.
Importations européennes
En attendant, l’UE a importé 480 000 t de blé dur au cours du quadrimestre. L’Italie s’en est fait livrer à elle seule près de 370 000t. Le Canada est en tête des pays fournisseurs (189 000 t) devant le Kazakhstan (112 000 t ; + 85 000 t) et les Etats-Unis (100 000 t). Cette campagne-ci, la Turquie joue les seconds rôles (50 000 t ; - 125 000 t) alors qu’elle était l’an passé en tête des pays qui approvisionnaient le marché européen en blé dur (175 000 t).
Bien que la récolte européenne de maïs soit décevante (56 Mt ; - 6 Mt par rapport à la moyenne quinquennale), 2 Mt de grains en moins que l’an passé ont été importé durant le premier quadrimestre (5,3 Mt). Selon le CIC, l’Union européenne devrait cependant s’en faire acheminer près de 21,5 Mt (+ 2 Mt sur un an).
Plus de quatre millions de tonnes de grains proviennent du Brésil (2,9 M) et des Etats- Unis (1,3 Mt). L’Ukraine a expédié en Union européenne moins de 900 000 t, quatre fois moins que l’an passé à pareille époque. Or sa production est estimée à près de 30 Mt selon Ukragroconsult et les mauvaises conditions météorologiques ralentissent les chantiers de récoltes et les capacités de séchage de la céréale sont saturées. Le taux d’humidité des grains récoltés avoisinent 25 % selon Ukragroconsult. « Cette situation ne joue assurément pas en notre faveur, compte tenu des récoltes de maïs record en Amérique du Nord, de l'affaiblissement de la demande sur les marchés asiatiques et, par conséquent, de la concurrence accrue sur nos destinations méditerranéennes traditionnelles », a souligné Ukragrosonsult.

