Rencontre Filière Semences 2026
Crise agricole, qualité sanitaire, réglementations européennes : la filière semences céréales fait bloc pour préparer l’avenir
Dans un contexte de crise économique et climatique sans précédent, l’AGPB (Association Générale des Producteurs de Blé) et SEMAE (l’interprofession des semences et plants) ont réuni plus de 100 acteurs de la filière céréales à paille et protéagineux à la Cité universitaire de Paris le 4 février, à l’occasion de la Rencontre Filière Semences 2026.
L’objectif de cette rencontre était de partager un diagnostic lucide et de tracer des perspectives communes autour de trois enjeux majeurs : le progrès génétique, la qualité sanitaire des céréales et l’impact des nouvelles réglementations européennes.
« Face aux crises que traverse notre agriculture, nous avons plus que jamais besoin d’un esprit de filière, uni, cohérent et offensif », a rappelé en ouverture Thierry Momont, président de la section céréales à paille et protéagineux de SEMAE.
Les agriculteurs continuent de miser sur le progrès génétique
Premier enseignement fort : la confiance des agriculteurs dans la génétique reste élevée, malgré la hausse des charges et la stagnation des rendements.
Une étude nationale (commandée par l’UFS et financée par SEMAE) présentée par ADquation montre que près de 90 % des agriculteurs s’intéressent aux nouvelles variétés et se disent globalement satisfaits de l’offre actuelle en blé tendre et orge de printemps.
Leurs attentes sont claires :
- résistance aux maladies,
- adaptation au changement climatique,
- maintien de la productivité.
« La semence est reconnue comme une solution clé pour continuer à produire dans un contexte climatique et économique de plus en plus contraint », souligne Clémence Boulanger, chargée d’étude chez ADquation.
Pour ARVALIS, la stagnation des rendements n’est pas liée à un déficit d’innovation variétale, mais à l’accumulation de facteurs externes : aléas climatiques extrêmes, retraits de solutions phytosanitaires et contraintes réglementaires.
« Sans les variétés actuelles, la campagne 2024, marquée par une pression sanitaire exceptionnelle, aurait été bien plus catastrophique », alerte Romain Valade, chef du service génétique, phénotypage et écophysiologie d’ARVALIS.
Qualité sanitaire : l’ergot, un défi collectif majeur
Deuxième table ronde : la qualité sanitaire des céréales, devenue un sujet critique pour l’ensemble de la chaîne, du champ à l’assiette.
L’année 2024 a été marquée par une recrudescence inédite de l’ergot, entraînant des refus de lots et des pertes économiques importantes.
« Sur certains moulins, plus de 10 % des approvisionnements ont été refusés pour présence d’ergot. C’est un choc pour toute la filière », témoigne Charles Néron-Bancel, directeur achats filières amont chez Panzani.
Les intervenants ont rappelé que la maîtrise sanitaire repose sur trois leviers complémentaires :
- La génétique, premier outil de prévention durable,
- Les pratiques agronomiques au champ (choix variétal, désherbage, travail du sol),
- La surveillance et le stockage.
« La recherche et l’innovation génétique ont été, sont et resteront le levier le plus efficace pour sécuriser la qualité sanitaire des céréales », insiste Christine Bar, Cheffe du service qualité et valorisation d’ARVALIS.
Nouvelles réglementations européennes : vigilance sur l’équilibre innovation / propriété intellectuelle
Dernier temps fort : l’impact des nouvelles réglementations européennes, notamment sur les nouvelles techniques génomiques (NGT) et le futur règlement sur la reproduction des matériels végétaux (PRM).
Si l’accès aux NGT est perçu comme une opportunité majeure pour accélérer l’innovation, de fortes inquiétudes persistent quant à la brevetabilité du vivant et à la préservation du Certificat d’Obtention Végétale (COV).
« Le COV est un pilier de notre modèle européen : il garantit à la fois l’innovation, la diversité variétale et le droit des agriculteurs à ressemer », rappelle Régis Fournier, vice-président de l’UFS (Union française des semenciers).
Le ministère de l’Agriculture partage cette vigilance et annonce un suivi renforcé des effets du futur règlement.
« Si des déséquilibres apparaissent, des mesures correctrices pourront être proposées au niveau européen », précise Laurent Jacquiau, Chef du bureau des semences et des solutions alternatives à la DGAL (Direction générale de l’alimentation).
François Desprez, Vice-Président de SEMAE ajoute : « Il faut que l’on organise la coexistence entre le brevet et le COV. Nous ne sommes pas tous d’accord et ça a été gravé dans le marbre de la position de l’UFS ; notre administration est un peu isolée en Europe sur ce sujet de la brevetabilité. Maintenant, serrons-nous les coudes pour dire : ça s’accompagne, ça s’organise, la coexistence. Sinon, effectivement, il y a danger ».
Une filière unie face à une crise sans précédent
En conclusion, Éric Thirouin, président de l’AGPB, a appelé à un sursaut collectif.
« Nous produisons aujourd’hui en dessous de nos prix de revient. Sans génétique performante, sans moyens de production et sans règles équitables en Europe, la France décroche ».
Tous les acteurs ont réaffirmé la nécessité :
- de relancer l’investissement en recherche variétale,
- de préserver le modèle français COV / CRIV, reconnu pour son équilibre,
- et de parler d’une seule voix auprès des pouvoirs publics français et européens.
Pour visionner les différentes tables rondes du colloque :

Développer les bioénergies, oui mais avec quelles biomasses ?
ARTICLE REDIGE AVEC THE CONVERSATION - En matière de transition énergétique, les débats sur la production et la consommation électrique tendent à occuper le devant de la scène politico-médiatique et à occulter le rôle des bioénergies. Ces dernières font pourtant partie intégrante de la programmation énergétique du pays. Leur production peut avoir des impacts majeurs tant sur les modes de production agricole que sur nos habitudes alimentaires.
Dans les prospectives énergétiques telles que la stratégie nationale bas carbone (SNBC), les scénarios négaWatt ou encore ceux de l’Agence de la transition écologique Ademe… les bioénergies sont régulièrement présentées comme un levier incontournable de la transition, en complément de l’électrification du système énergétique. Pour rappel, ces énergies, qui peuvent être de différentes natures (chaleur, électricité, carburant…), se distinguent des autres par leur provenance. Elles sont issues de gisements de biomasses tels que le bois, les végétaux et résidus associés, les déchets et les effluents organiques.
L’électrification met en scène de nombreuses controverses politiques et sociétales dans le débat public et médiatique. Par exemple : compétition entre renouvelable et nucléaire, arrêt des moteurs thermiques… À l’inverse, les discussions sur les bioénergies se cantonnent encore aux milieux scientifiques et académiques. Pourtant, leur déploiement implique des évolutions importantes. Et ceci à la fois dans les modes de production agricole et les habitudes alimentaires, en tout cas si nous le voulons durable. Il est donc essentiel que le sujet bénéficie d’une meilleure visibilité et d’une plus grande appropriation par la société pour que puissent naître des politiques publiques cohérentes.
Lire la suite de l'article

Plus de 400 participants réunis autour d’une édition dédiée aux interactions sol-plante
Ce jeudi 5 février, la coopérative AGORA a accueilli 400 agriculteurs, partenaires, étudiants, collaborateurs et experts au Cinéma Majestic de Compiègne pour la 16ème édition de l’AGROforum, événement phare dédié à l’agronomie, à l’innovation et aux pratiques agroécologiques.
Transformé pour l’occasion en véritable bibliothèque vivante, le cinéma a servi de décor à une édition pensée comme un ouvrage collectif, où chaque intervention constituait un nouveau chapitre. Une mise en scène au service de la thématique 2026 : « Interactions sol–plante : un levier sous-estimé de la compétitivité ? »
DES INTERVENTIONS TECHNIQUES POUR DÉCRYPTER LES LEVIERS DE PERFORMANCE AGRONOMIQUE
Ouvert par Agnès Duwer (Directrice générale d’AGORA) et Sylvie Thoma (agricultrice et membre du comité de pilotage AGROforum), la journée a proposé des analyses d’experts, retours d’expériences agriculteurs et échanges interactifs.
Le programme a débuté avec Lionel Mesnage, spécialiste reconnu des sols, qui a détaillé les impacts de la compaction sur la fertilité, l’enracinement et la nutrition des plantes, rappelant combien la physique du sol conditionne la performance des systèmes. « La compaction n’est pas qu’un sujet mécanique, c’est d’abord biologique : moins d’oxygène, vie microbienne en berne, nutrition pénalisée… et parfois des apports d’engrais qui s’envolent sans garantie de rendement. »
Le binôme Paul Robert (Novalis Terra) et Baptiste Maitre (Vers des sols vivants) a poursuivi avec une intervention complémentaire sur la fissuration, la mécanisation raisonnée et les moyens de consolider durablement le travail du sol grâce à la biologie. « La bonne intervention naît de la connaissance du sol : granulométrie, compactage, colmatage, sédimentation. » Les leviers : ajuster vitesse, outil, profondeur pour une fissuration utile et une régénération réelle. Leviers biologiques : ferments lactiques, compost de surface, extraits de plantes pour renforcer la MO et soutenir la nutrition.
Deux témoignages d’agriculteurs ont ensuite permis d’ancrer les concepts dans le réel :
- Alexis Ammeux, agriculteur dans le Nord, a présenté la place centrale des couverts végétaux et leur rôle majeur dans la réussite agronomique et économique de son système. Il décrit son système sur 100 ha (légumes, blé, betteraves, pommes de terre, couvertures longues) et sa transition qui lui per met d’avoir moins d’eau stagnante sur les parcelles sensibles, une meilleure décomposition des résidus grâce à une faible perturbation sur la durée, une destructions de couverts au plus près des plantations de PDT : levier gagnant pour la qualité.
- Xavier Piot, agriculteur dans l’Oise, a partagé ses 20 années de transition agroécologique, démontrant qu’il est possible d’allier performance économique, diversité des cultures et écologie. « La fatigue des sols a déclenché le changement : de 3 à 12 rotations, réflexion ACS, puis bio, avec un cap clair : la rentabilité. »
Dans son système à 14 cultures, il estime que le conventionnel devrait atteindre 123 qx de blé pour égaler sa rentabilité.
« On fait tous le même métier, mais l’écologie est gage de performance économique. »
Enfin, Francis Bucaille, agriculteur, chercheur et auteur, a clôturé la partie technique avec une vision plus globale : comment revitaliser les sols pour bâtir des systèmes robustes et résilients, dans un contexte de volatilité climatique et économique. Tout au long de la journée, les participants ont pu interagir via SMS, renforçant l’échange direct entre salle et intervenants.
« La robustesse vient du dialogue entre fertilité biologique et minérale. Nitrate, Mg, Ca, Mn influencent directement la vie du sol et sa structure. » Francis BUCAILLE.
UN LIVRE OFFERT POUR PROLONGER LES PRATIQUES AGROÉCOLOGIQUES
Pour prolonger la thématique de l’édition,, la coopérative AGORA a offert à chacun un exemplaire de l’ouvrage Revitaliser les sols, écrit par Francis Bucaille. L’auteur s’est également prêté à une séance de dédicace, un moment apprécié qui a permis aux agriculteurs d’échanger directement avec lui sur leurs pratiques et leurs interrogations.
L’AGROforum, rendez-vous incontournable du territoire
L’AGROforum s’inscrit dans une dynamique technique plus large : réunions hivernales, visites d’essais désherbage au printemps, Estivales en juin… autant de rendez-vous qui permettent aux adhérents d’AGORA de tester, comparer, décider et progresser dans leurs pratiques.
« L’agriculture fait face à des soubresauts climatiques, économiques et réglementaires. Renforcer la robustesse des systèmes agricoles n’est plus une option : c’est une nécessité. L’AGROforum illustre parfaitement cette volonté collective d’avancer. » Etienne GRODET, Président Agora