
Marché des céréales
Vive concurrence à prévoir dans le bassin de la Mer Noire
L’Ukraine sera en compétition frontale avec la Russie, la Bulgarie et la Roumanie pour exporter son blé et son maïs depuis ses ports de la Mer Noire. Elle ne pourra plus les expédier librement sur le marché européen compte tenu des nouveaux contingents imposés.
En France le 30 juin dernier, la récolte d’orge d’hiver était déjà achevée à près de 70 % quand celle de blé était entamée à 11 %, selon FranceAgriMer. Et depuis, les moissons avancent à un rythme effréné !
En fait, l’ensemble de l’hémisphère nord moissonne avec souvent quelques semaines d’avance sur le calendrier. D’importantes quantités de blé et d’orges sont directement mises en vente, quand elles ne sont pas engrangées, créant un sentiment d’abondance. Or l’hémisphère sud n’a pas fini découler sa récolte de l’hiver dernier (été austral).
Sur les marchés, souffle ainsi un air d’abondance depuis plusieurs semaines. Les cours des céréales ont diminué tout au long du printemps dernier alors que le dollar américain n’en finit pas de décrocher face à l’Euro (- 4 cents en un mois à 1,17 dollar).
Cette semaine, le prix de la tonne de blé a oscillé autour de 190 € mais celui de l’orge a augmenté de 7-8 euros pour repasser au dessus de 180 €. Quoiqu’il en soit, ces cours sont très inférieurs à leur niveau de l’année passée à la même époque. Pour le blé, le différentiel est d’au moins 30 € mais pour l’orge, il s’est réduit cette semaine à quelques euros. Toutefois, il avait près de 20 € il y a une dizaine de jours.
Moissons en Russie
« Les régions du Caucase du Sud et du Caucase du Nord déçoivent fortement, rapporte le site Ukragroconsult. Seules 3,5 Mt de blé ont été récoltées alors que 15 Mt l’avaient été l’an dernier. Et dans les territoires temporairement occupés de l’Ukraine, la production est inférieure de moitié ».
Malgré ces piètres performances, la Russie mise sur une production de blé de 83 Mt, supérieure de 1,5 Mt à l’an passé, qui lui permettrait d’exporter 42 Mt. En Sibérie et dans les régions plus centrales du pays, la récolte serait abondante. Mais dans le bassin de la Mer Noire, le site sovecon.ru souligne la concurrence à laquelle se livrent l’Ex-empire des tsars et ses voisins maritimes.
L’Ukraine expédiera bien plus de céréales que la campagne passée depuis ses ports de la Mer Noire compte tenu des contingents à droits zéro (1,3 Mt pour le blé, 1 Mt pour le maïs) imposés par la Commission européenne pour restreindre ses exportations en Union européenne.
Le Conseil international des céréales évalue à 44 Mt les capacités d’exportation de l’Ukraine dont 16 Mt de blé et 5 Mt d’orges. Or la Roumanie s’apprête à engranger 12,5 Mt de blé (+2.5 Mt versus 2024) et la Bulgarie 7 Mt. Enfin, le maïs sera récolté dans quelques semaines.
Contingents et déséquilibres commerciaux
Concomitamment, l’Espagne, l’Italie et les Pays-Bas devront importer 20 Mt de maïs de pays tiers pour couvrir leurs besoins ! Autrement dit, l’Union européenne sera le premier importateur au monde de cette céréale, loin devant le Japon, la Corée du sud et la Chine !
Or les alternatives aux maïs ukrainien sont très réduites. L’Union européenne est toujours en discussion pour ouvrir son marché au maïs sud-américain et les Etats-Unis se sont lancés dans une guerre commerciale avec le reste du monde.
Même si les Etats-Unis ont été très peu concurrencés par la Safrina brésilienne et la production argentine très moyenne, ils affichent des objectifs très ambitieux. Ils comptent achever la campagne de commercialisation 2024-2025 en exportant 67 Mt de maïs puis en expédier 64 Mt supplémentaires à partir du mois d’octobre prochain. En effet, l’augmentation de la superficie de maïs semée le printemps dernier par les farmers entrevoit la possibilité de produire 397 Mt de grains à la fin de l’été.
La dévaluation du dollar a rendu le maïs américain particulièrement attractif en Corée, à Taiwan et au Japon, trois pays très sensibles aux prix auxquels ils achètent leur maïs chaque année (jusqu’à 32 Mt).
Au cours des sept premiers mois de campagne, ils ont importé deux fois plus de grains que l’année passée (10 Mt versus 5,8 Mt) dont la moitié provenait des Etats-Unis alors que leurs parts de marché n’excédaient 30 % les campagnes passées.

