
Marché des céréales
Conflits d’Israël au Pakistan : les premiers chamboulements sur les marchés
A l’instant, l’abondance de céréales disponible à l’export protège les marchés céréaliers de tout mouvement spéculatif. Mais la géopolitique et les conflits sont dorénavant, sur une bonne partie de la planète, les fondamentaux d’une partie des marchés céréaliers.
Cette semaine, aucune explosion des cours des céréales mais des échanges commerciaux qui commencent déjà à être perturbés depuis l’extension du conflit entre les Etats-Unis et l’Iran à tout le Moyen Orient. Avec des conséquences locales parfois surprenantes.
Le cours du blé et du maïs sur le marché à termes Euronext sont supérieurs à 200 € la tonne, des niveaux de prix qui n’avaient été atteints depuis le mois de novembre dernier.
A Bordeaux, le prix du maïs s’est nettement redressé après plusieurs semaines de repli. Le 4 mars dernier, la tonne avait gagné près de 14 € en huit jours et se rapprochait alors du seuil de 200 €. La baisse de l’Euro a aussi contribué à cette évolution.
Le marché mondial de la céréale est porté par celui du pétrole très réactif depuis l’extension du conflit entre les Etats-Unis et l’Iran à l’ensemble du Moyen Orient, alors que le Pakistan et l’Afghanistan sont aussi entrés en guerre. Les cours du baril de pétrole ont augmenté de 10 dollars entre les 25 février et le 4 mars derniers.
Et pendant ce temps, l’Ukraine est toujours en guerre contre la Russie pour défendre l’intégrité de son territoire.
En dehors des zones de conflits, les fondamentaux régissent toujours les transactions commerciales des céréales. Le blé argentin bon marché est très convoité.
Les marchés des grains croulent toujours sous l’abondance ce qui les protège, pour le moment, de tout mouvement spéculatif.
En Australie, les experts du Bureau australien de l'économie et des sciences agricoles et des ressources (ABARES) confirment les prévisions du Conseil international des céréales. La récolte de blé (36 Mt) est la troisième plus importante jamais engrangée et celle d’orges (16 Mt) bat tous les records. Mais l’Ile continent n’a moissonné que 2,5 Mt de sorgho (- 6 % versus 2025)
Mais la Géopolitique et les conflits sont devenus les fondamentaux des marchés céréaliers sur une bonne partie de la planète, ce qui pourrait rendre les prix très volatils, aussi bien à la hausse qu’à la baisse.
Comme le canal de Suez et le détroit d’Ormuz sont de nouveau des zones maritimes dangereuses, les cargos n’ont pas d’autre choix que celui de passer par le Cap de Bonne espérance pour rejoindre ou quitter l’océan Atlantique. Aussi, la durée de leurs trajets se rallongera.
En attendant, le Moyen Orient pourrait rencontrer des difficultés pour être approvisionnés en blé si les cargos ne peuvent pas parvenir à destination. Or la région en importe des millions de tonnes chaque mois.
Localement, certains flux commerciaux sont déjà très perturbés. La Russie a cessé de livrer du blé à l’Iran car la Mer caspienne est devenue une zone dangereuse. Les récentes attaques américaines sur le pays ont fait grimper les tarifs de fret et les primes d'assurance
Or après une année de sécheresse, l’Iran importe massivement du blé russe (6 Mt selon Ukragroconsult, 3 Mt selon le CIC), acheminé essentiellement par cargo. Seule une faible partie des grains transite par voie ferroviaire via notamment l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et le Turkménistan.
Depuis la reprise du conflit militaire entre l'Afghanistan et le Pakistan, où la récolte de blé avait été très mauvaise l’été dernier, les flux d’approvisionnement en farine sont perturbés.
Par ailleurs, l’Afghanistan est pris en étau. Pour importer la farine dont il a besoin, il ne compte plus, ni sur son proche voisin pakistanais, ni sur l’Iran. Les raisons invoquées sont politiques: le retour des talibans au pouvoir à Kabul depuis 2021 et les bombardements américains sur Téhéran depuis huit jours.
Aussi, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan se suppléent progressivement au Pakistan et plus récemment à l’Iran. La farine ouzbèke est particulièrement bon marché (coûts de production et d’acheminement très faibles). Mais l’industrie meunière afghane s’est récemment développée ces dernières années. Le pays des talibans importe de plus en plus de blé.
« Il y a cinq ans, le Pakistan représentait jusqu'à 30 % des importations de farine de l'Afghanistan, approvisionnant principalement les régions méridionales frontalières, rapporte Ukragroconsult. Les 70 % restants provenaient du Kazakhstan, de la Russie et de l'Iran ».
Quoi qu’il en soit, une hausse des prix des céréales pourrait être une certaine aubaine pour les céréaliers français s’ils pouvaient en profiter d’ici la fin de la campagne. Mais tout porte à croire qu’elle sera très vite contrecarrée par un renchérissement des prix des engrais. Le quotidien Le Monde rapporte que « 27 % des exportations mondiales d’ammoniac, 22 % des phosphates et 45 % du souffre, des matières premières indispensables à la fabrication d’engrais, quittent le Golfe à bord de vraquiers ».

