
Marché des céréales
Entre dollar et météo : l’Europe retrouve des couleurs sur le marché des céréales
Les cours céréaliers de cette semaine ont connu des mouvements contrastés de part et d’autre de l’Atlantique. L’Europe a bénéficié d’un contexte monétaire et logistique temporairement favorable, sans pour autant parvenir à inverser la tendance de fond.
Sur Euronext, les cours du blé ont enregistré une progression notable en début de semaine, portés par la dépréciation de l’euro face au dollar (1,18 $) et des rumeurs de compétitivité retrouvée du blé français sur le Maroc. Le contrat mars 2026 a ainsi atteint 194,25 €/t le 30 janvier, son plus haut niveau depuis novembre 2024. Les craintes de gel en Russie et en Ukraine, couplées à des perturbations logistiques dans les ports de la mer Noire, ont également soutenu les prix. Cependant, cette embellie a été de courte durée. Dès le 2 février, la baisse des cours du pétrole et la reprise du dollar ont exercé une pression à la baisse, ramenant les cotations autour de 192-193 €/t en fin de semaine.
Le maïs européen, après un début de semaine hésitant, a finalement profité d’un léger regain d’intérêt des fonds spéculatifs et d’une demande technique, repassant au-dessus des 185 €/t en rendu Bordeaux. La publication des positions des traders sur Euronext a révélé un changement de positionnement des opérateurs financiers, passant net longs sur le maïs (+1 500 lots), signe d’un regain de confiance limité.
Aux États-Unis, la semaine a été marquée par une forte volatilité, avec un effondrement initial des cours du blé et du maïs, pénalisés par la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Fed et la hausse du dollar, avant un rebond technique en milieu de semaine. Le contrat mars 2026 du blé a oscillé entre 520 et 540 cts$/boisseau, tandis que le maïs a bénéficié d’un soutien ponctuel lié aux annonces sur les biocarburants et à la hausse du soja (+4,35 % en deux séances), dopé par les déclarations de Donald Trump sur les ventes de soja américain vers la Chine (20 Mt évoquées).
En Amérique du Sud, la situation reste contrastée : en Argentine, les pluies ont amélioré les conditions de culture du maïs (46 % des surfaces jugées « bonnes à excellentes »), mais la concurrence du Brésil (safrinha estimée à 106,37 Mt) limite toute flambée des prix. Les exportations ukrainiennes de maïs (3,4 Mt en janvier) et russes de blé (2,7 Mt) confirment la pression de l’offre sur les marchés mondiaux.
Côté importateurs, l’activité est restée modérée : l’Algérie a lancé un appel d’offres pour 50 000 t d’orge fourragère, tandis que la Jordanie a annulé puis relancé un appel d’offres pour 120 000 t de blé. Taïwan a acheté 106 350 t de blé meunier américain, mais les volumes globaux restent en deçà des attentes. En Inde, la chaleur anormale et la sécheresse menacent les cultures de blé, alors que le gouvernement a autorisé des exportations limitées pour 2026.
Les opérateurs restent en attente du rapport WASDE de l’USDA (10 février), qui pourrait clarifier les équilibres offre/demande, alors que pour l’instant l’offre reste abondante et la demande atone. En Europe, la météo (pluies annoncées en France, Espagne, Italie) et la compétitivité export (face à la mer Noire et à l’Argentine) seront déterminantes. Tandis qu’aux États-Unis, la politique monétaire et les tensions géopolitiques (Iran, Chine) continueront d’influencer les cours.

