
Marché des céréales
Le blé sous le poids de récoltes pléthoriques
La première semaine de septembre a confirmé l’atonie des marchés céréaliers. Les prix du blé ont poursuivi leur repli, lestés par les hausses successives des estimations de récoltes en Russie, Australie, Allemagne et Argentine. À Chicago comme sur Euronext, les cours ont franchi de nouveaux plus bas. Le maïs, bien que dépendant de la tendance du blé, trouve encore un certain appui dans les incertitudes sur les rendements aux États-Unis et dans la demande internationale soutenue.
Après une fin août haussière à Chicago (+10 cts$/boisseau sur le maïs et +15 cts$/boisseau sur le blé), l’ambiance s’est rapidement retournée. L’abondance des disponibilités mondiales s’est imposée face aux craintes météorologiques. En Russie, SovEcon a relevé son estimation de production de blé à 85,7 Mt, avec des exportations prévues à 43,7 Mt. L’Australie a surpris les marchés avec un bond attendu de sa récolte par Abares : 33,8 Mt de blé (+3 Mt par rapport à juin) et 14,5 Mt d’orge. L’Allemagne, de son côté, prévoit 22,45 Mt de blé tendre, tandis que la Bourse de Buenos Aires affiche son optimisme pour la prochaine campagne argentine après des pluies bénéfiques – même si quelques inquiétudes liées à un excès d’eau commencent à poindre.
Sur le plan commercial, les appels d’offres se succèdent. La Tunisie a acheté 125 000 t de blé meunier autour de 256 $/t C&F – origine inconnue. La Thaïlande a acquis 60 000 t de blé fourrager - origines probables Etats-Unis, Argentine, Australie, UE et mer Noire. Mais cette activité ne suffit pas à compenser la pression baissière venue des volumes disponibles. En Ukraine, la collecte est quasi achevée (98 % en blé et 97 % en orge), confirmant une moisson abondante, tandis que la Russie a quadruplé ses taxes à l’export sur le blé.
Sur Euronext, les cotations du blé décembre ont cédé du terrain jour après jour, atteignant un plus bas à 188 €/t échéance décembre pendant la séance du 4 septembre avant de se reprendre légèrement pour clôturer à 189,75 €/t. Le seuil des 190 €/t demeure fragile. La hausse du dollar pénalise par ailleurs la compétitivité des origines européennes, déjà mises à l’épreuve par la concurrence mer Noire.
Le maïs a suivi en partie ce mouvement, tout en bénéficiant d’un léger soutien. Le terme novembre s’est maintenu autour de 187 €/t, résistant mieux que le blé grâce aux inquiétudes sur les rendements en France et en Europe de l’Est. Argus Media estime la récolte ukrainienne à 31,3 Mt, un net progrès par rapport à 2024 (26,9 Mt), mais encore 9 % sous la moyenne quinquennale. En France, les ensilages ont débuté dans l’Ouest, et les analystes anticipent une production inférieure à celle de 2024.
Outre-Atlantique, les marchés restent partagés. Les blés d’hiver sont désormais sous la menace d’un déficit hydrique au moment des semis. Mais c’est surtout le maïs qui concentre l’attention. Si les opérateurs privés tablent encore sur un rendement record (187,5 boisseaux/acre), l’USDA a abaissé d’un cran l’évaluation des conditions de culture : 69 % de la sole en « bon à excellent » contre 71 % la semaine précédente. Les fonds spéculatifs, très présents sur le CBOT, alternent entre ventes massives sur le blé et achats techniques sur le maïs. Les exportations confirment une dynamique solide : +28,6 % par rapport à 2024 pour le maïs et +14,5 % pour le blé depuis le début de campagne.

