La lettre du CGAAER
Effets prévisibles d'un abaissement de la teneur en cadmium des engrais phosphatés et des boues d'épuration sur les approvisionnements en matières fertilisantes
Le cadmium, présent dans les sols et l’alimentation, est un enjeu de santé publique qui a fait l’objet de nombreuses alertes. Comment concilier l’évolution de la réglementation relative aux matières fertilisantes et aux supports de culture pour limiter les apports de cadmium par les engrais phosphatés et les boues d’épuration afin de protéger les consommateurs avec la préservation de l’économie des filières de production nationales ? Tel est l’objet d’une mission confiée à l’IGEDD et au CGAAER.
Rapport de mission interministérielle de conseil n°25090
Février 2026
Enjeux
Le cadmium est un métal lourd qui s'accumule dans l'organisme et peut avoir des effets délétères sur la santé. Diverses enquêtes montrent une exposition croissante de la population française au cadmium, essentiellement due à l’alimentation. Si ce métal est naturellement présent dans les sols, les apports de matières fertilisantes contribuent à en augmenter les teneurs au fil du temps. Un projet de réglementation, uniformisant et renforçant l’encadrement des caractéristiques des matières fertilisantes, prévoit des teneurs et des flux maximum autorisés de cadmium. La mission visait à éclairer les valeurs à retenir afin notamment de répondre à la fois à un impératif de santé publique, s’appuyant sur l'évaluation du risque, et à des exigences économiques, voire géopolitiques, pour préserver les filières et garantir une sécurité d'approvisionnement.
Méthodologie
Au cours de l’année 2025, la mission a rencontré de nombreux interlocuteurs du monde de la recherche, des organisations professionnelles agricoles, des secteurs de l’eau et de la santé ou de la distribution ou production d’engrais, et a valorisé une abondante bibliographie.
Résumé
Les suivis d’exposition au cadmium montrent une progression préoccupante, tant dans l’imprégnation des personnes que dans les teneurs des aliments. L’enjeu de santé publique est avéré mais certaines données restent difficiles à interpréter, ce qui impose de poursuivre les investigations sur les causes de ces évolutions qui alertent pouvoirs publics et médias.
Hors fumées de tabac, l’alimentation constitue la principale source d’exposition, alors même que les retombées atmosphériques ont fortement diminué. Les teneurs en cadmium des sols, très variables selon la roche mère, peuvent être accrues par des apports anthropiques via les boues d’épuration (épandues sur moins de 3% de la surface agricole utile) et surtout les engrais phosphatés, importés de gisements dont les teneurs en cadmium sont variables. Les apports d’engrais minéraux sont toutefois en baisse depuis les années 1980 et la fertilisation organique assure désormais environ la moitié des apports en phosphore aux cultures. Les transferts sol-plante sont cependant complexes et dépendent de nombreux facteurs (pH, génétique des plantes, différences entre espèces et variétés).
À titre de précaution, la réglementation française limite flux et teneurs en cadmium pour les matières fertilisantes. Le règlement européen fixe depuis 2019 un seuil de 60 mg/kg P2O5, avec une révision possible en 2026, tandis que la France doit passer de 90 mg à ce seuil, puis viser 40 voire 20 mg, valeur recommandée par l’Anses. Parallèlement, l’introduction d’un plafond de flux à l’hectare doit être généralisée et tendre vers 2 g/ha/an. Ces exigences réduiront les apports au sol, mais leurs effets sur les teneurs des productions végétales sont incertains et restent sans effet sur les produits importés, dont la consommation augmente.
La France important tout son phosphore minéral, la baisse des teneurs pèsera sur l’approvisionnement et les prix des engrais, dans un contexte géopolitique marqué par l’instabilité et par les ressources limitées en phosphates « low cadmium ». Elle affectera aussi l’épandage des boues, pouvant imposer davantage de surfaces d’épandage ou le recours, plus coûteux, à l’incinération. Les acteurs (agriculteurs, collectivités, entreprises) ont donc besoin de visibilité et de délais d’adaptation, alors même que les cycles de stockage et d’assimilation du cadmium sont longs.
La mission recommande de passer rapidement à 60 mg, puis, après trois ans, à 40 mg pour les engrais et à 15 g/ha sur trois ans pour les boues, compromis entre enjeux sanitaires et économiques. Une baisse supplémentaire (20 mg et 6 g/ha) devra être décidée à la lumière des premiers résultats, des nouvelles études et de l’évolution du contexte, en tenant compte des transformations industrielles nécessaires. Enfin, cette évolution réglementaire ne suffira pas à court terme : l’inertie des sols est forte et le pilotage par catégorie de fertilisant ne permet pas la maîtrise totale des apports. D’autres leviers, comme la sélection génétique des plantes ou la transition agroécologique, devront aussi être mobilisés.

Malgré un texte imparfait, la FNSEA appelle les députés à adopter le projet de loi lors du vote solennel à l’Assemblée nationale !


Le 2 juin, l’Assemblée nationale a voté en première lecture le projet de loi d’urgence agricole. Si le texte contient des avancées pour l’agriculture biologique notamment concernant son volet “eau” plusieurs retours en arrière à l’Assemblée restent problématiques. La FNAB se satisfait aussi du maintien des objectifs de bio dans la restauration collective mais note qu’on aurait pu aller plus loin pour soutenir les filières viande en déclinant la loi climat.
Signature d’une convention de partenariat entre le centre INRAE Val de Loire et la Chambre d’Agriculture du Cher, le 2 juin 2026