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Actualités de la filière

La lettre du CGAAER

N°205 – mai 2026



Effets prévisibles d'un abaissement de la teneur en cadmium des engrais phosphatés et des boues d'épuration sur les approvisionnements en matières fertilisantes

Le cadmium, présent dans les sols et l’alimentation, est un enjeu de santé publique qui a fait l’objet de nombreuses alertes. Comment concilier l’évolution de la réglementation relative aux matières fertilisantes et aux supports de culture pour limiter les apports de cadmium par les engrais phosphatés et les boues d’épuration afin de protéger les consommateurs avec la préservation de l’économie des filières de production nationales ? Tel est l’objet d’une mission confiée à l’IGEDD et au CGAAER.

Rapport de mission interministérielle de conseil n°25090
Février 2026

Enjeux

Le cadmium est un métal lourd qui s'accumule dans l'organisme et peut avoir des effets délétères sur la santé. Diverses enquêtes montrent une exposition croissante de la population française au cadmium, essentiellement due à l’alimentation. Si ce métal est naturellement présent dans les sols, les apports de matières fertilisantes contribuent à en augmenter les teneurs au fil du temps. Un projet de réglementation, uniformisant et renforçant l’encadrement des caractéristiques des matières fertilisantes, prévoit des teneurs et des flux maximum autorisés de cadmium. La mission visait à éclairer les valeurs à retenir afin notamment de répondre à la fois à un impératif de santé publique, s’appuyant sur l'évaluation du risque, et à des exigences économiques, voire géopolitiques, pour préserver les filières et garantir une sécurité d'approvisionnement.

Méthodologie

Au cours de l’année 2025, la mission a rencontré de nombreux interlocuteurs du monde de la recherche, des organisations professionnelles agricoles, des secteurs de l’eau et de la santé ou de la distribution ou production d’engrais, et a valorisé une abondante bibliographie.

Résumé

Les suivis d’exposition au cadmium montrent une progression préoccupante, tant dans l’imprégnation des personnes que dans les teneurs des aliments. L’enjeu de santé publique est avéré mais certaines données restent difficiles à interpréter, ce qui impose de poursuivre les investigations sur les causes de ces évolutions qui alertent pouvoirs publics et médias.

Hors fumées de tabac, l’alimentation constitue la principale source d’exposition, alors même que les retombées atmosphériques ont fortement diminué. Les teneurs en cadmium des sols, très variables selon la roche mère, peuvent être accrues par des apports anthropiques via les boues d’épuration (épandues sur moins de 3% de la surface agricole utile) et surtout les engrais phosphatés, importés de gisements dont les teneurs en cadmium sont variables. Les apports d’engrais minéraux sont toutefois en baisse depuis les années 1980 et la fertilisation organique assure désormais environ la moitié des apports en phosphore aux cultures. Les transferts sol-plante sont cependant complexes et dépendent de nombreux facteurs (pH, génétique des plantes, différences entre espèces et variétés).

À titre de précaution, la réglementation française limite flux et teneurs en cadmium pour les matières fertilisantes. Le règlement européen fixe depuis 2019 un seuil de 60 mg/kg P2O5, avec une révision possible en 2026, tandis que la France doit passer de 90 mg à ce seuil, puis viser 40 voire 20 mg, valeur recommandée par l’Anses. Parallèlement, l’introduction d’un plafond de flux à l’hectare doit être généralisée et tendre vers 2 g/ha/an. Ces exigences réduiront les apports au sol, mais leurs effets sur les teneurs des productions végétales sont incertains et restent sans effet sur les produits importés, dont la consommation augmente.

La France important tout son phosphore minéral, la baisse des teneurs pèsera sur l’approvisionnement et les prix des engrais, dans un contexte géopolitique marqué par l’instabilité et par les ressources limitées en phosphates « low cadmium ». Elle affectera aussi l’épandage des boues, pouvant imposer davantage de surfaces d’épandage ou le recours, plus coûteux, à l’incinération. Les acteurs (agriculteurs, collectivités, entreprises) ont donc besoin de visibilité et de délais d’adaptation, alors même que les cycles de stockage et d’assimilation du cadmium sont longs.

La mission recommande de passer rapidement à 60 mg, puis, après trois ans, à 40 mg pour les engrais et à 15 g/ha sur trois ans pour les boues, compromis entre enjeux sanitaires et économiques. Une baisse supplémentaire (20 mg et 6 g/ha) devra être décidée à la lumière des premiers résultats, des nouvelles études et de l’évolution du contexte, en tenant compte des transformations industrielles nécessaires. Enfin, cette évolution réglementaire ne suffira pas à court terme : l’inertie des sols est forte et le pilotage par catégorie de fertilisant ne permet pas la maîtrise totale des apports. D’autres leviers, comme la sélection génétique des plantes ou la transition agroécologique, devront aussi être mobilisés.

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Loi d’urgence agricole



Malgré un texte imparfait, la FNSEA appelle les députés à adopter le projet de loi lors du vote solennel à l’Assemblée nationale !

La loi d’urgence agricole a atteint le terme du temps législatif imparti à l’Assemblée nationale. La FNSEA dénonce avec fermeté l’absence remarquée de trop de députés dans l’hémicycle et l’illisibilité des arbitrages politiques du Gouvernement qui font atterrir de manière très imparfaite ce texte pourtant promis aux agriculteurs pour répondre à leurs besoins urgents.

Bien que très insatisfaisante, cette loi doit impérativement poursuivre son parcours législatif et être adoptée par les députés lors du vote solennel à l’Assemblée nationale ce mardi 2 juin. A défaut, le signal donné aux agriculteurs français serait catastrophique, privés des leviers d’action nécessaires pour produire au service de la souveraineté alimentaire et gagner en compétitivité dans un environnement économique et géopolitique extrêmement tendu.

Compte tenu de la faiblesse du texte sur la table, qui fait totalement l’impasse sur la question de l’accès aux produits phytosanitaires, qui tente de détricoter la construction du prix en marche avant et qui place le curseur sur la gestion de la prédation et de l’eau à son plus bas niveau, la FNSEA se questionne sur la compréhension et la prise en considération par les politiques de la réalité des dangers qui pèsent sur l’agriculture française.

Les attentes des agriculteurs, relayées par la FNSEA, étaient pourtant claires :

  • Un accès aux moyens de production qui mette fin aux distorsions de concurrence, notamment en matière de protection des végétaux, qui limite la multiplication des recours décourageant les projets agricoles et qui préserve le foncier agricole ;
  • Une lutte contre la prédation véritablement efficace et durable ;
  • Une politique publique de l’eau ambitieuse, qui permette en particulier le développement de ressources supplémentaires disponibles pour l’agriculture ;
  • Un renforcement de la construction du prix en marche avant permettant de protéger le revenu des agriculteurs via la mise en place d’un tunnel de prix et le renforcement du rôle des indicateurs.

La FNSEA appelle les députés à un sursaut de mobilisation le 2 juin. Les agriculteurs comptent sur un vote favorable de leur part pour que le texte poursuive son parcours au Sénat.

« Les agriculteurs attendent des réponses concrètes face à l’urgence de la situation. Le vote solennel constitue une étape capitale pour permettre à ce texte de poursuivre son parcours parlementaire. La FNSEA formule le vœu que les députés puissent mesurer pleinement cet enjeu et permettre l’adoption de ce projet de loi, même insatisfaisant, afin qu’il soit examiné par le Sénat et enrichi au service de l’agriculture française », déclare Arnaud Rousseau, Président de la FNSEA.

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production

et consommation alimentaires



Verrous et leviers pour la transformation des systèmes alimentaires en Europe

La transformation de nos systèmes alimentaires afin qu’ils deviennent plus durables, sains, résilients et compétitifs progresse lentement. Nos modes de production et de consommation alimentaires sont enfermés dans des mécaniques dont il est difficile de s’extraire. Tel est le constat d’un article scientifique publié le 1er juin 2026 dans Nature Food, rédigé par Jørgen E. Olesen (université d’Aarhus), Bart de Steenhuijsen Piters (Wageningen University & Research) et Sophie Nicklaus (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement – INRAE) en collaboration avec d’autres chercheurs européens. Face à ce constat, les scientifiques posent les conditions indispensables pour accélérer le mouvement, cette contribution constitue la première production d’une nouvelle alliance scientifique européenne.

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fnab1183

Loi d’urgence agricole

La place de la bio doit encore être consolidée



Le 2 juin, l’Assemblée nationale a voté en première lecture le projet de loi d’urgence agricole. Si le texte contient des avancées pour l’agriculture biologique notamment concernant son volet “eau” plusieurs retours en arrière à l’Assemblée restent problématiques. La FNAB se satisfait aussi du maintien des objectifs de bio dans la restauration collective mais note qu’on aurait pu aller plus loin pour soutenir les filières viande en déclinant la loi climat.

La FNAB salue l’obligation de développer la bio dans les zones les plus polluées

Le texte adopté prévoit pour les préfets l’obligation de limiter certaines pratiques agricoles et de développer une agriculture à bas intrants – en premier lieu l’agriculture biologique, là où l’eau est la plus polluée. C’est une première dont la FNAB se réjouit.

Deux mesures concernant le partage de l’eau vont aussi dans le bon sens. D’une part, l’Assemblée propose un partage plus équitable de l’eau avec les nouveaux agriculteurs irrigants. D’autre part, le texte prévoit que les structures qui gèrent ce partage, les organisations uniques de gestion collective (OUGC), publient leur stratégie d’irrigation et le bilan des volumes prélevés pour plus de transparence. Une bonne nouvelle pour l’installation agricole.  “On a des jeunes qui veulent s’installer en maraîchage et qui n’y arrivent pas faute d’accès à l’eau, notamment dans certaines zones céréalières. C’est une aberration alors qu’ils ont besoin de petits volumes et que la production de légumes est centrale pour assurer notre souveraineté alimentaire” commente Olivier Chaloche, co-président de la FNAB. 

Pour maintenir la cohérence de la ligne installée par l’Assemblée Nationale la FNAB demande : 

  • Le rétablissement de la représentation des collectivités territoriales dans les commissions locales de l’eau, car ce sont elles qui assument le traitement de l’eau
  • La prise en compte, dans la définition des captages prioritaires, des molécules chimiques interdites qu’on retrouve dans l’eau
  • La priorisation du changement de pratiques agronomiques par rapport au stockage de l’eau en cas de réduction des volumes disponibles

Et souhaite continuer à installer la Bio dans les cantines

La LUA a permis au gouvernement et aux député-es de réaffirmer leur souhait d’atteindre 20 % de produits bio dans les cantines, restant fidèle à la doctrine en place depuis 2017. En outre, la loi étend l’obligation de publier leurs chiffres de ventes en produits bio et durables aux acteurs de la restauration commerciale et de la distribution. C’est une base indispensable pour atteindre les 12 % de consommation de produits bio fixés dans la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC)

Pour aller plus loin, la FNAB rappelle que la loi climat avait prévu un objectif dédié plus ambitieux sur les filières animales avec 60% de viande durable dans la restauration collective qui n’a pas encore été décliné en bio. “ Puisque les filières animales ont été fortement chahutées ces dernières années et que l’élevage extensif est une vraie solution agroécologique, on attend du Sénat qu’il adopte un objectif de 20% de viande bio en restauration collective ” conclut Olivier Chaloche.

Partenariat



Signature d’une convention de partenariat entre le centre INRAE Val de Loire et la Chambre d’Agriculture du Cher, le 2 juin 2026

INRAE Val de Loire et la Chambre d’agriculture du Cher ont signé une convention de partenariat. Dans une logique de complémentarité et de mutualisation des compétences et des équipements, la Chambre d’Agriculture du Cher et l’unité expérimentale Pôle de phénotypage des petits ruminants « UE P3R » d’INRAE localisée à Osmoy/Bourges souhaitent par cette convention formaliser leur coopération. La signature s'est suivie d’une visite du site INRAE d’Osmoy/Bourges.

A travers cette convention de partenariat établie pour une durée de 5 ans, la Chambre d’Agriculture et l’unité P3R d’INRAE formalisent leurs modalités de collaboration autour de plusieurs axes stratégiques.

Accueil de formations

Du fait de la présence d’animaux (ovins viande / caprins laitiers) et du dispositif agroécologique sur le site expérimental d’Osmoy, un partenariat sera mis en place afin de permettre à la Chambre d’Agriculture de réaliser in situ des formations pratiques. INRAE s’engage à mettre à disposition son laboratoire de transformation laitière, dans le but de permettre la réalisation de formations à destination de professionnels, porteurs de projet, stagiaires ou apprentis.

Participation à l’action “Cher Terre d’Élevage”

INRAE contribuera à cette initiative départementale de la Chambre d’Agriculture visant à renforcer la compétitivité, l’attractivité et la durabilité des élevages du Cher, en apportant son expertise scientifique et ses ressources en matière de recherche fondamentale.

Participation au projet de Pôle d’Enseignement Supérieur

La Chambre d’Agriculture du Cher et l’EPLEFPA du Haut-Berry (situé au Subdray) se sont engagés dans le développement d’un Pôle d’Enseignement Supérieur Agricole, dont l’ambition est de proposer une offre de formation supérieure en phase avec les enjeux de transition, les besoins des filières locales et les dynamiques d’innovation.
Dans ce cadre, INRAE s’engage à participer à la co-construction des contenus pédagogiques, contribuer à certains modules d’enseignement ou conférences thématiques, accueillir des stagiaires et favoriser l’ouverture à la recherche et l’accès à ses ressources documentaires et scientifiques.

Adhésion à la FDGEDA du Cher

INRAE adhère à la Fédération Départementale des Groupements d’Études et de Développement Agricole, afin de mieux comprendre les problématiques concrètes rencontrées par les agriculteurs, apporter une réponse scientifique aux besoins exprimés sur le terrain, contribuer à l’animation de réunions techniques ou de journées d’échanges et expérimenter ou tester des innovations en lien avec les collectifs d’agriculteurs.

Partenariats de recherche

En fonction de leurs missions, les deux partenaires chercheront à trouver des synergies lors de dépôts de projets de recherche sur différents programmes tant végétaux qu’animaux.

Les recherches du site INRAE dans le Cher

Situé au cœur de la Champagne Berrichonne, le Pôle de Phénotypage des Petits Ruminants (P3R) est un outil important d'investigation dans le dispositif de recherche du département de Génétique Animale (GA) mais aussi des départements PHASE (PHysiologie Animale et Systèmes d’Élevages) et SA (Santé Animale) d'INRAE. Les recherches menées au P3R portent essentiellement sur le déterminisme génétique des fonctions biologiques et des caractères intéressant les élevages ovin et caprin.
Les installations occupent 19 000 m² de bâtiments dont 11 000 m² consacrés à l'élevage et à l'expérimentation. Depuis 2021, l'unité est dotée d'une halle de phénotypage de 1 850 m² équipée d'outils de phénotypage innovants et de données relatives aux comportements, avec la capacité d'accueillir jusqu'à 240 ovins et caprins de tous âges, ainsi que d'une nouvelle chèvrerie et nurserie.
Le domaine représente 620 ha de surface agricole dont 300 ha de prairies permanentes pour le pâturage et la fourniture des fourrages aux élevages, puis 320 ha dédiés aux cultures céréalières utiles à la rotation, comprenant un dispositif d'expérimentation système de 90 ha. L'unité est également mobilisée pour les recherches sur le couplage animal-végétal pour l’agroécologie.