
Marché des céréales
Les conditions climatiques et les tensions commerciales secouent le marché céréalier
L’écart de prix du blé sur Euronext se creuse entre l’ancienne et la nouvelle récolte. L’ancienne récolte trouve encore du soutien sur des volumes réduits notamment en Europe tandis que la nouvelle récolte subit la pression de bonnes conditions de culture, malgré l’annonce de surfaces en baisse aux Etats-Unis. Fait commun aux deux campagnes : la tension commerciale ravivée par les annonces de Donald Trump, qui tire les prix à la baisse.
Le début de semaine a été marqué par l’évolution des conditions climatiques dans les principaux pays producteurs de blé. Le retour des pluies en Russie et aux Etats-Unis est salvateur pour les cultures en place qui souffraient jusqu’alors d’un stress hydrique. En Roumanie les températures remontent et les cultures bénéficient elles aussi de pluies attendues.
Le phénomène est inverse en France où l’eau s’est enfin arrêtée de tomber sur une majeure partie du territoire, améliorant les conditions de culture, comme en témoignent le dernier rapport Céré’Obs. Le blé tendre voit ses conditions de culture s’améliorer de 2 points d’une semaine sur l’autre à 76% (contre 65% en 2024). Le stade « épi 1cm » progresse bien passant de 42% à 71% réalisé (contre 93% en 2024 et 88% en moyenne quinquennale). Cependant ce retard végétatif n’inquiète pas les opérateurs, la plante se développant convenablement.
Le constat est identique pour l’orge d’hiver et le blé dur dont les conditions de culture s’améliorent de 1 point, à respectivement 71% et 81%.
L’orge de printemps profite de conditions d’implantation idéales et présente des conditions de culture jugées comme bonnes à très bonnes à hauteur de 86% (61% en 2024). A noter que les semis et le développement de cette culture sont en avance par rapport à l’an dernier mais aussi par rapport à la moyenne quinquennale.
Les cultures russes ont souffert du manque d’eau. Les prévisions de récolte sont estimées en baisse par Argus Média, passant de 81,5 Mt à 80,3 Mt, contribuant à la hausse des prix. L’impact du retour des pluies sur les cultures sera à surveiller dans les prochaines semaines.
Sur le marché européen, l’annonce d’une baisse des exportations ukrainiennes de blé en avril à 1 Mt, faite par le syndicat des producteurs agricoles ukrainiens, a apporté un soutien aux prix, tandis que les exportations européennes en berne ont limité la hausse.
Outre Atlantique, l’USDA a publié en début de semaine son rapport sur les surfaces céréalières pour 2025-2026. Le fait marquant est une importante baisse des surfaces cultivées en blé de 1,6% d’une campagne sur l’autre. 45,35 millions d’acres (Ma) seraient destinés à la culture de blé aux Etats-Unis, le deuxième plus bas niveau depuis 1919.
Ce même rapport de l’USDA estime à la hausse les surfaces de maïs à 95,326 Ma, soit une hausse de 5,22% par rapport à la semaine précédente. A noter que l’arrivée de pluies dans la Corn Belt risque de reculer les travaux de semis de maïs. La hausse des surfaces de semis américaines a été contrebalancée par des stocks trimestriels en recul de 2,4 %, soutenant les cours.
Au Brésil, la première récolte de maïs progresse. Avec une avancée de 69%, elle s’annonce décevante en termes de rendement dans le Rio Grande Do Sul, malgré une amélioration par rapport à l’an passé. L’analyste Stone X revoit à la baisse son estimation de production en 2025-2026 à 127,22 millions de tonnes (-1,14 Mt par rapport à l’estimation précédente).
En fin de semaine, la situation s’est dégradée avec la réaction des marchés financiers à l’annonce des nouveaux droits de douane américains. L’incertitude économique a entraîné une chute des bourses mondiales, tandis que le dollar a perdu du terrain face à l’euro (+2,7 % depuis mardi à 1,1090). Cette hausse de la monnaie européenne a pénalisé les grains européens, accentuant le retard des exportations.
Malgré une tendance généralement baissière, le blé et le maïs ont résisté par rapport au soja, très exposé à la Chine, qui pourrait imposer des mesures de rétorsion.

