
Pas de souveraineté alimentaire et industrielle sans souveraineté énergétique et un mix décarboné
La Coopération Agricole réaffirme son engagement en faveur des énergies renouvelables qui participent à la mise en place d’un mix énergétique répondant à l’objectif stratégique de produire plus et mieux pour nourrir durablement les populations. Elle soutient que la souveraineté alimentaire et industrielle française et européenne passe par une énergie accessible et décarbonée.
Cet engagement dans la transition énergétique, et les transitions en général, se traduit par des résultats concrets : entre 2022 et 2023, les émissions de gaz à effet de serre du secteur agroalimentaire ont chuté de 12,3 %, soit 3 fois plus que la moyenne nationale (-4,8 %). Aujourd’hui, la grande majorité des coopératives placent la décarbonation au cœur de leur stratégie. Conscientes du potentiel des énergies renouvelables, elles développent des projets concrets : photovoltaïque en toiture, autoconsommation, méthanisation, agrivoltaïsme… Autant de solutions pensées à l’échelle des territoires, en cohérence avec leurs besoins, et toujours dans le respect de la vocation nourricière des terres agricoles.
Compétitivité, simplification des démarches et soutien massif à l’investissement sont les leviers indispensables pour permettre aux coopératives d’être des moteurs de la transition énergétique, qui plus est, dans les moments de tensions géopolitiques extrêmes que nous traversons.
Dominique Chargé, Président de La Coopération Agricole, déclare : « Remettre en question le développement des énergies renouvelables, notamment en agriculture, c’est nier l’évidence : il n’y a pas de souveraineté alimentaire ni industrielle sans souveraineté énergétique. La transition énergétique est un impératif. Les coopératives agricoles sont déjà pleinement engagées dans cette transformation. Face à ces enjeux cruciaux, j’appelle à une unité nationale, au-delà des clivages politiques, pour porter ensemble nos ambitions en matière de souveraineté. Soutenir ces investissements, c’est renforcer notre autonomie stratégique, garante de la sécurité et de la prospérité du pays. »
Assemblée Générale annuelle
du 18 juin 2025
Les entreprises de l’unifa se mobilisent pour renforcer la souveraineté engrais de la france
Réunis ce mercredi 18 juin en Assemblée générale annuelle, les industriels de la nutrition des plantes et de la santé des sols rapellent qu’ils sont les acteurs clés de la souveraineté engrais, et misent sur l’accélération de la démarche de "fertilisation associée", ainsi que sur leurs 16 propositions destinées à leur permettre d’évoluer dans un cadre juridique, économique et innovant favorable.
« La souveraineté engrais de la France est une condition de la souveraineté agricole et donc alimentaire qui a été qualifiée «d’intérêt général majeur de la nation française » par le Président de la République en février 2024. Loin d’être inaccessible, cette souveraineté engrais existe déjà pour une partie des solutions de nutrition des plantes et de santé des sols. Néanmoins pour progresser, il faut d’une part, déployer la fertilisation associée pour toutes les agricultures et d’autre part, soutenir nos entreprises dans leurs efforts en luttant contre une concurrence déloyale exarcerbée, en apportant de la visiblité et en sécurisant l’environnement juridique », souligne Delphine Guey, Présidente sortante de l’UNIFA.
Déploiement de la fertilisation associée : un levier significatif du développement d’une souveraineté alimentaire française efficiente, décarbonée et préservatrice de la santé des sols
La fertilisation associée est une approche au cœur des productions agricoles et de la santé des sols. Elle repose sur le principe d’association des différents fertilisants (minéraux, organiques, biostimulants). L’objectif vise à rechercher des synergies permettant d’améliorer les performances agronomiques, économiques et environnementales.
Les entreprises de l’UNIFA ont décidé de placer la fertilisation associée au centre de plusieurs grands enjeux de société : changement climatique, préservation des sols, limitation des pertes en nutriments, contribution à l’amélioration de la résilience économique des exploitations, développement de la souveraineté agricole, et donc de la souveraineté alimentaire.
« La fertilisation doit se réinventer. La fertilisation associée est à la base de cette réinvention », pour Jacques Fourmanoir, nouveau Président de l’UNIFA.
Présentée il y a moins de 18 mois, la fertilisation associée est devenue officiellement en juin 2024 une démarche collective. Elle s’appuie sur l’addition des savoir-faire des différents producteurs de matières fertilisantes et de l’ensemble des acteurs de l’innovation de la filière agricole (recherche publique, producteurs de semences, industriels de la santé des plantes, machinisme agricole, instituts techniques, agriculteurs…).
« Pour relever nos défis agricoles, nous devons avant tout nouer un dialogue permanent avec les apporteurs de solutions de l’UNIFA qui doivent intensifier leurs échanges avec les instituts techniques que nous sommes. Chaque projet doit également être évalué à l’aune de son impact économique » pour Vincent Laudinat, Directeur de ITB (Institut Technique de la Betterave).
16 propositions de l’UNIFA pour renforcer la souveraineté engrais de la France et pour permettre aux producteurs de s’adapter
La souveraineté engrais de la France est un objectif accessible : en 2024, 33 entreprises en France - de la PME à la multinationale - ont produit l’ensemble des solutions de la fertilisation associée pour un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros avec un effectif de 4 060 emplois directs et générant 12 180 emplois indirects. Le tissu industriel est diversifié, réparti sur l’ensemble du territoire et robuste.
Pour nos producteurs, la souveraineté se mesure par une réalité technologique, industrielle, économique et agronomique1 :
- Amendements minéraux basiques : 90 % des volumes utilisés aujourd’hui en France sont extraits et produits sur le territoire national. Pour demain une étude de l’INRAE a démontré qu’il faudrait multiplier par 7 l’usage des produits chaulants pour atteindre le pH agroclimatique optimal de 6,8. Les industriels sont mobilisés et déjà prêts à relever ce défi ;
- Engrais organiques et organo-minéraux élaborés : sur le marché VAM (vigne, arboriculture, maraîchage, espaces verts), 80 % des besoins sont couverts par les fabricants français. Et aujourd’hui, seulement 50 % de leur capacité de production est utilisée. Autrement dit : nous pouvons doubler la production dès demain à condition de soutenir l’innovation portée par nos producteus de la fertilisation associée.
- Biostimulants : 1 agriculteur français sur 3 les utilise déjà. Ils sont majoritairement produits en France et en Europe. Le potentiel technologique pourrait porter la France à une position de leader mondial à condition d’accélerer le transfert de ces innovations vers le terrain ;
- Engrais minéraux : les producteurs situés sur le territoire national fournissent près de 45 % des besoins du marché. Il peuvent fournir davantage car les capacités de production disponibles des usines françaises et européennes sont sous-utilisées.
Ce chemin vers la souveraineté engrais de la France se trouve fortement handicapé par une concurrence déloyale exacerbée.
« Comme les marchés des matières premières agricoles, les marchés des engrais sont directement impactés par la réglementation, la géopolitique et les conflits internationaux. Les taxations progressives des engrais en provenance de Russie doivent accélérer le processus de réindustrialisation de l’Europe. Arrêtons d’être naïfs sur les ambitions de nos concurrents, le monde ne nous veut pas que du bien » explique Athur Portier, Consultant senior chez Argus Média.
L’UNIFA a élaboré 16 propositions destinées à renforcer la souveraineté engrais de la France et pour permettre aux producteurs de s’adapter : il est fondamental que les producteurs puissent évoluer dans un contexte juridique, économique, innovant et favorable.
Ces propositions ont pour ambition de participer activement à l’élaboration du projet annoncé de plan souveraineté engrais et s’articulent autour de 3 axes majeurs :
- Limiter la dépendance à l’égard des importations pour pérenniser les producteurs en France ;
- Sécuriser l’environnement juridique pour disposer de visibilité et de sobriété normative ;
- Assurer les moyens d’adaptation au changement climatique et aux normes environnementales en dopant l’innovation.
À l’occasion de la table ronde, intitulée « Comment la France et l’Europe peuvent-elles renforcer leur souveraineté en matière de nutrition des plantes ? », les intervenants ont partagé leurs analyses et réflexions :
« En France, les normes coûtent globalement 22 fois plus qu'en Allemagne. Et 22 fois plus, si on fait un simple calcul mathématique, le PIB français c'est 3 000 milliards. Si les normes nous coûtent 4% du PIB, elles nous coûtent 120 milliards par an » souligne Laurent Duplomb, Sénateur Les républicains de la Haute-Loire, Président du Groupe d’études Agriculture, élevage et alimentation.
« J’ai l’avantage d’avoir la double casquette : politique et agriculteur. Alors je comprends les agriculteurs qui râlent car ils voient arriver une taxe sur les engrais. Mais si on ne la met pas en place, on risque de mettre à mal notre production d’engrais nationale et européenne et de perdre toute souveraineté sur les engrais. Et donc sur notre agriculture et alimentation. Car sans engrais on ne peut pas produire. Les plantes ont besoin d’azote et d’éléments minéraux, c’est un principe de base. Il convient ensuite de nous interroger sur le prix qu’on est prêt à mettre en tant que consommateurs dans notre alimentation. Et qui n’est pas sans conséquence sur la rémunération de nos agriculteurs. Parler de souveraineté, c’est accepter de rémunérer nos agriculteurs au prix juste. Les normes, les charges, les contraintes environnementales seraient mieux acceptées par les agriculteurs s’ils étaient rémunérés en conséquence. » souligne Éric Martineau, Député Modem de la Sarthe, producteur de pommes.
« Si la France veut retrouver sa place dans le top 10 des producteurs, elle doit s’en donner les moyens. Il faut accélérer les recherches et lever les freins à l’innovation. En matière de fertilisation, le transfert de l’innovation doit aller plus vite si nous voulons des résultats tangibles dans les fermes » souligne Quentin Le Guillous, Secrétaire général des Jeunes Agriculteurs.
« Nous devons alléger la pression qui pèse sur la production pour nos sites industriels européens et mettre en place des conditions cadres incitatives pour favoriser et décarboner la production d’engrais – qu’ils soient minéraux, azotés ou organiques. En stimulant une utilisation toujours plus raisonnée, on fera évoluer durablement les pratiques de fertilisation : un progrès à la fois pour l’innovation et pour les agriculteurs » explique Brigitte Misonne, Directrice des marchés agricoles faisant fonction à la Commission européenne.
Les entreprises de l’UNIFA sont mobilisées, innovent et investissent. A l’UNIFA, nous sommes convaincus que la France a toutes les cartes en main pour devenir le pays pionnier de la fertilisation associée. Il est temps de partager une ambition commune. Nos entreprises ont besoin d’une vision de long terme portée et confirmée par les pouvoirs publics, en France comme en Europe.
1. Source : UNIFA – Les industriels de la fertilisation associée producteurs en France ou en Europe et intervenants sur le marché français

Les filières agricoles dénoncent tout renoncement de la position française et l’inefficacité des garanties envisagées
Alors que la France s’est toujours opposée à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, les récentes déclarations du président de la République marquent un renoncement explicite à la ligne défendue depuis le discours de Rungis en 2017. Le gouvernement évoque désormais l’ajout d’un protocole additionnel, sous forme de clauses de sauvegarde, comme condition à sa ratification. Cette proposition d’intégrer une clause de sauvegarde dans un protocole non contraignant relève d’une illusion de protection. Une telle orientation reviendrait à abandonner les lignes rouges agricoles, sanitaires et environnementales que la France avait jusqu’ici défendues - au moment même où persistent de graves distorsions de concurrence et alors que les indicateurs de déforestation en Amazonie repartent à la hausse. Pour les interprofessions agricoles françaises, INTERBEV (élevage et viande), ANVOL (volaille de chair), AIBS (betterave et sucre) et INTERCÉRÉALES (céréales), cette évolution n'est pas acceptable. Les filières attendent du gouvernement qu’il conserve un niveau élevé d’ambition dans la défense de l’agriculture française, qu’il ne cède à aucun compromis, qu’il fasse usage de son droit de véto et ne ménage aucun effort auprès des autres Etats membres pour empêcher au Conseil toute ratification de l'accord commercial.
L’accord, tel que finalisé à Montevideo, intègre déjà une clause de sauvegarde agricole. Mais cette clause demeure inopérante : faute de garanties effectives, elle ne protège en rien les filières agricoles européennes face aux déséquilibres structurels engendrés par l’accord. Lentes à déclencher, juridiquement complexes et limitées dans le temps, les clauses de sauvegarde n’ont pas vocation à prévenir les déséquilibres : elles constatent le préjudice une fois qu’il est trop tard.
Dans ce contexte, envisager aujourd’hui l’ajout d’un protocole additionnel non contraignant ne saurait constituer une réponse crédible. La Commission européenne se refusant à rouvrir les négociations du texte principal de l’accord conclu avec les pays du Mercosur, il sera juridiquement impossible d’y intégrer des dispositions contraignantes supplémentaires. L’ajout d’un protocole additionnel ou d’une déclaration politique, non négocié avec le Mercosur, n’aurait aucun effet juridique : il n’engagerait que l’Union européenne dans sa propre lecture du texte, sans imposer la moindre obligation à ses partenaires commerciaux.
Les filières rappellent que cet accord, dans sa forme actuelle, est incompatible avec les engagements de la France et l’UE en matière de souveraineté alimentaire, de réciprocité commerciale et de transition agricole. Alors que plusieurs États membres expriment des réserves, voire leur opposition ouverte à cet accord, la France doit maintenir une position claire et ferme : faire refuser la ratification du texte par tous les moyens, afin de protéger l’avenir de l’agriculture européenne et de garantir sa sécurité alimentaire.