
Un projet européen pour accélérer la transition vers des systèmes de culture robotisés
Le projet européen AgRoboConnect a pour objectif d'accompagner les agriculteurs dans l'adoption de systèmes de désherbage robotisés pour des pratiques agricoles plus performantes et plus durables. D’un budget de 2,3 millions d’euros et d’une durée de quatre ans, ARVALIS est partenaire du projet porté par Inagro (Belgique) avec deux autres acteurs : la Chambre d’agriculture de la Somme et le CRA-W (Belgique) dans le cadre du programme Interreg France Wallonie Flandre.
Pourquoi des systèmes robotisés ?
Le désherbage fait partie des enjeux les plus plébiscités par les agriculteurs et les filières. Avec la restriction croissante d’utilisation des herbicides et de disponibilité, le désherbage robotisé apparaît comme une solution incontournable, qu’il soit chimique ou mécanique. C’est le cas du désherbage ciblé qui localise les adventices et permet de ne pulvériser que sur ces dernières. Cependant, ces techniques demandent beaucoup de temps, de travail et des compétences spécifiques, souvent rares sur le marché agricole. Les systèmes robotisés offrent une alternative intéressante en automatisant ces tâches, réduisant ainsi la quantité de produit apporté ainsi que la main-d'œuvre nécessaire. Or, leur mise en œuvre reste aujourd’hui limitée. Le mode de fonctionnement mais surtout le coût, sont des difficultés que souhaite surmonter le projet AgRoboConnect.
Des technologies à l’essai sur le terrain
Des systèmes robotisés sont actuellement testés en céréales et légumes dans des parcelles en France, en Flandre et Wallonie, par exemple :
- Le Robotti d’AgroIntelli est un porte outil agricole autonome polyvalent conçu pour des tâches comme le désherbage et le semis, réduisant le besoin de main d’œuvre. Il est disponible sur céréales, légumes et pommes de terre.
- L’AgBot de AgSEED est un porte outil autonome spécialisé dans la gestion des cultures, capable de désherber et fertiliser les champs avec précision. Ce robot sera testé sur céréales et betteraves.
- L’ARA de Ecorobotix est un système automatisé qui cible et pulvérise uniquement les adventices (pulvérisation ciblée), réduisant l’utilisation de produits chimiques. Initialement déployé sur des cultures d’oignons, de betteraves et de légumes, l'ARA sera également testé sur des céréales, élargissant ainsi son champ d'application. Selon le taux de salissement des parcelles, il est possible d'économiser jusqu'à 90 % des herbicides grâce à la pulvérisation ciblée.
Ces solutions seront évaluées d’après des critères techniques, économiques et environnementaux grâce à l’outil SYSTERRE.

Réduction de l’empreinte carbone et amélioration de la qualité de l’air : BASF, Terrasolis et Cérèsia présentent les résultats de leurs travaux sur le Carbon Farming.
- -50% : réduction moyenne des émissions d’ammoniac dans l’air,
- -12% : réduction de l’empreinte carbone liée à l’épandage de solution azotée et
- +2,1% : gain de rendement en France.
En optimisant les épandages de solution azotée, les essais conduits au GAEC de la Poste à Lavannes (51) présentent des résultats probants.
Contributeurs de la décarbonation sur le territoire de la région Grand Est, ces acteurs du monde agricole mènent plusieurs autres projets et travaux sur la thématique du carbone.
- BASF et Cérèsia ont initié un projet de rachat de crédits carbone.
Objectif : générer des crédits carbone par une évolution des pratiques culturales des agriculteurs adhérents de Cérèsia ; des crédits qui seront ensuite rachetés par BASF.
- Terrasolis lance à quelques kilomètres de Lavannes un projet de bioraffinerie qui vise à démontrer que les fermes peuvent produire de l’alimentation et de l’énergie, tout en réduisant les émissions de Gaz à Effet de Serre et en améliorant la fertilité des sols.
Amélioration de la qualité de l’air
La solution azotée contenant 50 % d’azote sous forme uréique, représente une part significative de l'approvisionnement en engrais pour l'agriculture française : 2 millions de tonnes soit 30% des volumes d’engrais azotés simples. Elle est appliquée majoritairement en culture de blé, d’orge mais aussi en culture de colza, pomme de terre, betterave sucrière. Son utilisation économique et son application efficace en font une solution de choix pour les agriculteurs, pour un pilotage précis des apports d’azote. Cependant, la volatilisation ammoniacale qui en découle reste un défi environnemental majeur, puisqu’elle contribue à la pollution atmosphérique, au travers de la formation de particules fines présentant un enjeu de santé publique.
La volatilisation ammoniacale est due à l’uréase, une enzyme naturellement présente dans le sol qui convertit l’urée en ammonium. Les inhibiteurs d’uréase, telle que la solution de BASF Limus® Perform, sont des solutions qui freinent l’activité de l’uréase. Cette solution, associée aux deux actifs, le NBPT et le NPPT permet de :
- Réduire, en moyenne, de 50% les émissions d’ammoniac,
- D’optimiser potentiellement l’empreinte carbone de 12%,
- D’augmenter l’azote disponible pour la culture avec 2,1% de gain de rendement dans les essais conduits en France, tout en maintenant la qualité des grains.
Limus® Perform, solution de BASF France – Division Agro, a été testé au GAEC de la Poste au printemps 2024. Les résultats sont prometteurs : une réduction moyenne de la volatilisation ammoniacale des émissions d’ammoniac de 26,5 % avec une tendance d’un léger gain de rendement (+0,7 q/ha en moyenne). La solution azotée associée à la solution de BASF Limus® Perform peut donc être appliquée indépendamment des conditions météorologiques, augmentant ainsi la flexibilité et optimisant l’azote apporté.
Rachat de crédits carbone dédiés à financer la transition agroécologique des exploitations agricoles
Suite à la réalisation de bilans carbone de ses adhérents en 2022, Cérèsia a lancé avec le soutien de BASF France – Division Agro, courant 2024, un pilote dans l’optique de générer des crédits carbone. Ces derniers seront obtenus grâce à l’évolution des pratiques culturales des agriculteurs et ensuite rachetés par BASF. Cérèsia et BASF laissent le choix à l’agriculteur des solutions qu’il souhaite adopter : optimiser les apports de fertilisants azotés (moins de Gaz à Effet de Serre (GES)), travailler avec des variétés de blé qui ont un besoin unitaire d’azote plus faible, développer des couverts d’interculture avec au moins une espèce légumineuse associée (stockage carbone).
L’originalité du projet réside dans l’éligibilité des parcelles. Pour qu’une parcelle soit éligible, l’agriculteur doit accumuler le nombre de points nécessaires reflétant un changement de pratique significatif. Les deux partenaires ont coefficienté des leviers de réduction des émissions de GES et de stockage du carbone en fonction de l’impact sur le bilan carbone, du coût et de la complexité de mise en oeuvre.
Le lancement du pilote est en cours pour cette nouvelle campagne 2024-2025. Début octobre 2024, plus de 500 hectares, chez 12 agriculteurs, sont engagés dans la démarche.
Face à l’enjeu complexe du changement climatique, seules des approches partenariales réunissant différentes expertises, solutions, outils et l’ensemble des acteurs de la filière agricole (de l’amont à l’aval) permettront de relever ce défi
Des solutions existent mais sont encore peu connues. Elles nécessitent un soutien des pouvoirs publics et des acteurs aval de la filière pour accompagner les agriculteurs vers la performance et la transition agroécologique. Les coûts associés à l’adoption de ces solutions par les agriculteurs doivent pouvoir se retraduire par une meilleure valorisation de la production agricole ou par une rémunération des services environnementaux rendus.
« Les agriculteurs sont les premiers écologistes du système de production, c'est à nous de trouver des solutions pour améliorer nos pratiques. Soucieux du capital sol de mon exploitation agricole, je suis particulièrement intéressé par les sujets permettant de mieux comprendre les impacts de mes pratiques de fertilisation organique et minérale sur le fonctionnement et la vie de mes parcelles. L’objectif est en effet d’optimiser le potentiel de mes cultures, tout en minimisant l’empreinte de celles-ci sur les ressources naturelles et le climat. » explique Mathieu Robert, chef d’exploitation du GAEC de la Poste.
« Les expérimentations conduites au sein du GAEC de la Poste illustrent très concrètement les intérêts qu’offrent nos solutions en termes d’optimisation de l’efficience des fertilisants azotés et de réduction des émissions d’ammoniac et de GES. Ces solutions peuvent s’inscrire comme des leviers de choix pour décarboner les itinéraires de production de céréales et minimiser les externalités négatives associées au développement de la méthanisation, essentielle dans le mix-énergétique de notre pays. Le partage de nos expertises avec celles développées notamment par Terrasolis et la coopérative Cérèsia, est alors indispensable pour s’assurer qu’elles soient mises en pratique par les agriculteurs mais aussi valorisées économiquement. » déclare Pascal Lacroix, Responsable Territoire Est - BASF France division Agro.
« Dans un contexte où les défis techniques et économiques se multiplient, les agriculteurs doivent repenser leurs pratiques agricoles. La transition agroécologique représente une opportunité majeure pour les agriculteurs de faire face aux difficultés techniques et la préservation des biens communs, aux attentes sociétales et réglementaires. Le changement de pratiques leur permettra de construire des systèmes agricoles plus résilients, respectueux de l'environnement et économiquement viables, tout en assurant une production en quantité et en qualité. » souligne Frédéric Adam, Responsable des solutions agricoles du Groupe Cérèsia.
« L’innovation technologique est une des clefs de la transition bas-Carbone de l’agriculture, la solution de BASF en étant un exemple. Mais pour atteindre ses objectifs, la décarbonation agricole doit aussi être accompagnée par un changement de modèle économique et de mode de consommation. Nous souhaitons démontrer que nous pouvons transformer nos fermes : qu’elles peuvent à la fois être productrices d’alimentation et d’énergie, améliorer leur bilan carbone et la fertilité de leurs sols. » énonce Etienne Lapierre, Responsable Innovation Terrasolis.