
Marché des céréales
Bassins de la Mer Noir et de la Mer rouge : les échanges commerciaux de blé et de farine se redéployent
Sur le marché de la farine, la Turquie sacrifie son industrie meunière exportatrice pour protéger son marché intérieur. Aussi l’Egypte prend le relais en exportant jusqu’à 2 Mt de blé en Afrique de l’est. Le Kazakhstan doit trouver de nouveaux débouchés pour exporter son blé d’ici la fin de la campagne.
224 millions de tonnes (Mt) en 2023-2024 ; 214 Mt cette campagne-ci. La contraction de 10 Mt des échanges de blé tendre, de blé dur et de farine dans le monde (source USDA) ne s’explique pas seulement par une diminution équivalente de l’offre de grains. Elle masque aussi quelques redéploiements commerciaux significatifs dans le bassin de la Mer Noire et autour de Mer Rouge, souligne l’USDA dans ces deux derniers rapports mensuels.
Tout d’abord, l’Egypte est de nouveau le premier pays importateur au monde de blé (12,5 Mt) devant l’Indonésie (12 Mt), la Chine et l’Union européenne (11,5 Mt chacune).
L’Empire du milieu achètera moins de grains cette campagne-ci car sa production bat un nouveau record (140 Mt) alors que l’ancien empire des pharaons relance sa production de farine pour l’export. Aussi son industrie meunière achète le blé nécessaire pour le transformer en farine, la production égyptienne de blé n’excédant pas 9 Mt par an!
Au fil des mois, l’Egypte concurrence ouvertement la Turquie sur ses marchés traditionnels. Elle vendrait notamment près de 2 Mt de farine au Soudan en guerre où les besoins sont très importants mais aussi en Érythrée, en Somalie, au Yémen et à Djibouti. L’an passé, elle avait déjà exporté 1,5 Mt de farine alors qu’en 2021-2022 ses ventes n’avaient pas excédé 200 000 tonnes.
A contrario, les exportations totales turques de farine, sont d’ores et déjà prévues à 7,5 Mt, soit 2,5 Mt de moins que l'année précédente. Ces prévisions pourraient être revues à la baisse.
L’ancien empire ottoman est globalement autosuffisant en blé (19 Mt produites en 2024). Et chaque campagne, le blé importé (jusqu’à 9 Mt) au prix mondial pour approvisionner ses minoteries était réexporté sous forme de farine.
Mais le gouvernement turc a décidé de protéger son marché intérieur en interdisant les importations de blé du 21 juin au 15 octobre, obligeant les minoteries à réduire leurs stocks ou à utiliser les céréales locales pour produire de la farine destinée à la réexportation.
Or ces dernières sont beaucoup trop onéreuses à l’achat.
Depuis un mois, le gouvernement turc a assoupli sa politique protectionniste en autorisant les minoteries à acheter 15 % de leurs besoins en blé à des taux de douane réduits. Mais elles doivent encore payer au prix fort 85 % de leurs besoins sur le marché turc.
Autre facteur de contraction des échanges mondiaux de blé dans le bassin de la Mer Noire et de la Mer Rouge, la production record de grains au Moyen-Orient (46 Mt source CIC). La région a même réduit ses emplettes de près de 10 Mt en deux ans (24,6 Mt versus 35 Mt en 2022-2023).
Des reploiements à l’export
La contraction des échanges commerciaux de blé de 10 Mt de blé masque quelques redéploiements parmi les grands pays exportateurs. Depuis le début de la campagne, nous savons que la Russie (48 Mt ; - 7 Mt sur un an – source USDA) et l’Ukraine (16 Mt ; -2,5 Mt) expédieront globalement moins de grains qu’en 2023-2024 même si ces deux pays sont très agressifs depuis le début de la campagne.
Mais les Etats Unis (22,5 Mt à l’export ; + 3 Mt en un an), l’Australie où la moisson commence (25 Mt ; +2,5 Mt) et le Kazakhstan ont les moyens de compenser commercialement ces millions de tonnes en moins.
Au nord du bassin de la Mer Noire, le Kazakhstan croule sous ses stocks de blé car la récolte a été bien plus importante (18 Mt) qu’annoncée au début de la campagne (14-15 M). Faute d’informations fiables, l’USDA est contraint de revoir chaque mois ses prévisions.
Quoi qu’il en soit, le pays a bloqué son accès aux importations russes et il cherche de nouveaux débouchés à l’export pour écouler sa récolte de blé. Les années passées, le pays commerçait essentiellement autour de la mer Caspienne.
Pour débuter une nouvelle campagne 2025-2026 avec un marché intérieur assaini, le Kazakhstan doit exporter jusqu’à 12 Mt de blé d’ici le mois de juin prochain.
Ces redéploiements s’opèrent alors que les cours des grains ont baissé ces dernières semaines avant rebondir en début de semaine. Sur les marchés, les opérateurs avaient alors appris le bombardement du port d’Odessa par l’armée russe. Toutefois, les prix des grains fondamentalement très bas. Le renfort du dollar n’a eu aucun impact.
Mais en Russie, les mesures susceptibles d’être prises dans les prochaines semaines par le Kremlin pour restreindre les exportations de blé pourraient avoir des impacts commerciaux, selon Sovecon.ru. Sur le marché intérieur, le cours de la céréale a progressé depuis qu’un prix plancher a été fixé.
Par ailleurs, le site Sovecon.ru anticipe d’ores et déjà à 80,1 millions de tonnes (Mt) la production potentielle de blé en 2025 au regard des surfaces emblavées. Malgré les récentes précipitations, le déficit hydrique persiste. Il est le plus élevé des dix dernières années. Dans certaines régions, la céréale ne sera pas assez résistante à l’entrée de l’hiver pour résister à de très faibles températures. En Ukraine, les silos se vident.

