
Marché des céréales
En France, le retour à la normale des récoltes de blé et d’orges
La hausse des rendements de blé et d’orges compense la faiblesse des cours des céréales à paille comparés à leurs niveaux du mois de juillet 2024. Mais les marchés céréaliers sont probablement plus sensibles aux risques géopolitiques qu’aux fondamentaux.
Mercredi 16 juillet, FranceAgriMer a rendu public les premiers bilans prévisionnels des productions françaises de blé tendre, de blé dur et d’orges pour la campagne 2025-2026. Ils ont été établis par le service de la statistique et des prévisions du ministère de l’Agriculture avec le concours d’experts.
Pour le blé tendre, la production nationale est estimée à 32,5 millions de tonnes (Mt) (+27 % par rapport à 2024). Celle-ci est permise par des rendements de 72,7 quintaux par hectare (q/ha) (+19 % en un an) et par une superficie cultivée (4,49 Mha) en hausse de 7 %.
Pour le blé dur, la production nationale est estimée à 1,27 Mt (+3,5 % par rapport à 2024). Elle est permise par des rendements de 57,2 q/ha (+11,8 % sur un an) sur une superficie cultivée (222 000 ha) en repli de 7,4 %.
Pour l’orge d’hiver et de printemps, la production nationale est estimée à 11,8 Mt (+19 % par rapport à 2024). Elle est permise par des rendements de 65,9 q/ha (+20 % sur un an) et par une superficie cultivée (1,79 M ha) en repli de 1 %.
Ces prévisions montrent que les récoltes de céréales s’inscrivent tout au plus dans la moyenne des campagnes précédentes, si on exclut la dernière campagne catastrophique 2024-2025.
A l’export, la France serait en mesure d’expédier:
- 14,7 Mt de blé tendre (6,7 Mt en Union européenne et 7,5 Mt vers des pays tiers) ;
- 0,76 Mt de blé dur dont près de 600 000 t en Union européenne
- 7,8 Mt d’orges (2,7 Mt en Union européenne et 2,7 Mt vers des pays tiers) auxquelles il faut ajouter 1,4 Mt de malt.
Ces chiffres sont susceptibles d’évoluer au gré des opportunités contractuelles et de l’actualité géopolitique.
L’Union européenne ne contribuera pas à l’augmentation de près de 40 Mt de la production mondiale de maïs durant la campagne 2025-2026, dorénavant estimée à 1 264 Mt par l’USDA. Dans son dernier rapport, l’institut américain mentionne toujours une récolte européenne de 60 Mt mais c’est sans avoir pris en compte la récente dégradation des conditions de cultures observées en Union européenne depuis 3-4 semaines et qui s’intensifie faute de précipitations.
En France, FranceAgriMer a rétrogradé de quatre points, de 79 % à 74 %, la notation du bon ou du très bon état des cultures, si bien que la note allouée est dorénavant inférieure de huit points à l’an passé. Elle est même la plus faible depuis 2018. Mais les plantes qui arrivent au stade de floraison sont souvent très chétives.
En Roumanie, deuxième pays européen producteur de maïs, la récolte n’excéderait pas 8,5 Mt. Sur son site, Ukragroconsult rapporte que la culture de maïs est impossible en Bulgarie tant le climat est sec. En Ukraine aussi, les cultures manquent d’eau.
Les Etats-Unis porteront à eux-seuls la moitié de la croissance de la production mondiale de grains (398 Mt ; + 20 Mt). Et sans la Chine déficitaire de 25 Mt, la production mondiale de serait excédentaire d’une dizaine de millions de tonnes.
Mais l’Empire équilibrera sa campagne en n’important que 10 Mt de grains et en puisant quinze autres millions dans ses stocks massifs (195 Mt). Toutefois, il reste la partenaire commercial le plus imprévisible de la planète.
La situation climatique en Union européenne ne fait pas réagir les marchés. Les cours du maïs et des autres céréales demeurent largement inférieurs à leurs niveaux des deux années précédentes. Par ailleurs, les récoltes d’orges et de blé déjà engrangées en France et dans les autres pays européens sont au moins équivalentes aux prévisions.
En fait, les marchés céréaliers sont probablement plus sensibles aux risques géopolitiques qu’aux fondamentaux.
Très imprévisible, la politique douanière des Etats-Unis n’a pas fini de réserver son lot de surprises. Et dans le bassin de la Mer Noire, l’Ukraine et la Russie se livrent à une âpre concurrence commerciale sur les mers en plus d’être en confits sur leurs terres. Les deux pays convoitent notamment les mêmes marchés nord-africains que l’Union européenne a cette campagne-ci les moyens d’exporter 32,5 Mt de blé, selon l’USDA. Mais une intensification du conflit dans ce bassin portuaire ne manquera pas de semer la panique.
En Union européenne, le vice-Premier ministre polonais Wladyslaw Kosińka-Kamyś a déclaré : « la Pologne n'exclut pas de rétablir l'interdiction nationale d'importation de produits agricoles ukrainiens si nécessaire. Mais une véritable protection des agriculteurs polonais nécessite d’abord une action au niveau de l’UE », rapporte Ukragroconsult, si le nouvel accord commercial entre l’Ukraine et les Vingt-sept ne convainc pas.
Les nouveaux quotas d’importations sont à la fois supérieurs à ceux en vigueur d’avant guerre et très inférieurs aux quantités de céréales expédiées les deux campagnes passées. Ils sont par exemple d’1,3 Mt pour le blé (versus 300 000 t avant la guerre) et 1 Mt pour le maïs (+ 350 000 tonnes).

