
Marché des céréales
Plus de 800 Mt de blés dur et tendre produites dans le monde en 2025-2026
La baisse des prix des céréales engagée depuis quelques semaines est multifactorielle. Elle préfigure un début de campagne 2025-2026 avec des cours faibles sauf retournement de situation.
L’USDA a publié le 12 mai dernier ses prévisions pour la campagne 2025-2026. Les productions mondiales de blé dur et tendre (808 Mt ; +10 Mt sur un an), de riz (538 Mt ; =) et de maïs (1 1265 Mt ; + 44 Mt) seront globalement excédentaires. Pour la première fois de l’histoire, les seuils de 800 Mt de blé produites et consommées dans le monde seront franchis.
La baisse des prix des céréales engagée depuis quelques semaines n’est donc par prête d’être enrayée sauf si une catastrophe survient.
Aucune reprise sensible des échanges mondiaux n’est perceptible. Les exportations de maïs (278 Mt) seront même inférieures de 10 Mt à la campagne qui s’achève. Celles de blé (214 Mt ; +13 Mt sur un an) progresseront de 13 Mt sans retrouver leur niveau de 2023-2024 (225 Mt).
En conséquence, les cours du blé et du maïs sont actuellement inférieurs à ceux des deux dernières campagnes. A Bordeaux, la tonne de maïs avoisine 180 €. A Rouen, celle de blé gravite autour de 200 €.
Une multitude de facteurs en jeu
Le moteur de la baisse des prix des céréales n’est plus seulement la politique douanière engagée par le président américain Donald Trump et les incertitudes qu’elles génèrent mais aussi les perspectives de production de grains très encourageantes dans l’hémisphère nord pour la prochaine campagne.
En France, les conditions bonnes et très bonnes des cultures du blé sont stables (74% ; +10 % sur un an).
Par ailleurs, le trafic maritime dans la Mer Noire ne suscite plus aucune inquiétude. La Russie et l’Ukraine n’ont aucun intérêt de détruire la flotte marine de leur ennemi et de prendre le risque de provoquer des crises de la faim dans les pays auxquels elles exportent leurs céréales.
Autre facteur baissier des prix des céréales, les niveaux des stocks de blé en fin de campagne. Ils sont attendus en légère hausse.
La production de blé de l'Union européenne (UE) pour la campagne 2025/26 est estimée à 136 millions de tonnes, soit une hausse de 11 % par rapport à l'année dernière et de 3 % par rapport à la moyenne quinquennale.
Selon l’USDA, la superficie récoltée (24 millions d'hectares) sera supérieure de 6 % par rapport à l'année dernière et de 1 % par rapport à la moyenne quinquennale. Le rendement est estimé à 5,67 tonnes par hectare, soit une hausse de 5 % par rapport à l'année dernière et de 2 % par rapport à la moyenne quinquennale.
La production mondiale de blé, mieux répartie entre les bassins de production que les précédentes campagnes, rééquilibre les capacités d’exportations des pays excédentaires.
Le retour sur les marchés de l’Union européenne sera le phénomène marquant de la prochaine campagne. Elle sera en mesure d’exporter 34 Mt de blé et de retrouver sa deuxième place parmi les pays exportateurs majeurs de blé de la planète, derrière la Russie (45 Mt). Elle dépassera allègrement le Canada et les Etats-Unis (22 Mt).
Les exportations russes sont permises par une production de blé d’ores et déjà estimée à 83,0 Mt (Hors Crimée) pour la campagne de commercialisation 2025/26, rapporte l’USDA. Mais cette dernière sera inférieure de 3 % par rapport à la moyenne quinquennale. Ces prévisions incluent 59,0 Mt de blé d’hiver et 24,0 Mt de blé de printemps avec un rendement moyen de 3 tonnes par hectare.
Autre retour notable sur les marchés au cours de la prochaine campagne, celui de la Turquie. Le pays importera 7,5 Mt de blé (+4 Mt sur un an) pour les exporter sous forme de farine. « Elle est le premier pays exportateur mondial de farine. Les grains importés pour être transformés en farine puis exportés sont exemptés de droits de douane », rappelle l’USDA.
L’Inde serait en mesure de renouer avec les exportations. Sa récolte de 117 Mt sera supérieure à sa consommation (112 Mt).
L’Egypte (13 Mt) sera le premier pays importateur au monde de blé devant l’Indonésie (12 Mt). Mais l’ancien royaume des pharaons exportera l’équivalent de 2 Mt de blé en farine issue de blé importé.
Bien que la Chine soit partie pour récolter 140 Mt de blé (un record), elle en achèterait 6 Mt à des pays tiers en 2025-2026. L’Empire du milieu produit chaque année toujours plus de céréales. Mais il en consomme aussi toujours plus. Ces deux dernières années, il puise dans ses stocks pour équilibrer son marché intérieur.
L’Asie Centrale menacée par le réchauffement climatique
L’été prochain, des difficultés apparaîtront en Asie centrale. Comme le Kazakhstan ne produira que 14,5 Mt de blé (- 4Mt sur un an), il n’en exportera que 8 Mt (- 2 Mt sur un an), selon l’USDA. Or le pays est traditionnellement un important fournisseur de grains et de farine de blé, en Ouzbékistan, en Afghanistan mais aussi au Tadjikistan et au Kirghizstan. Et cette année, l’Iran et le Pakistan récolteront eux-mêmes moins de grains.
Ces prévisions pour 2025-2026 nous rappellent que le Kazakhstan accuse régulièrement d’importants épisodes de sécheresse qui pourraient devenir la norme dans les prochaines décennies.
Selon Michael Levystone, auteur de l’article « Réveil d’Asie centrale : conformer ou disparaître » paru dans le Démeter 2024 (1), le pays ne sera bientôt plus le grenier à blé de l’Asie centrale. Il sera alors contraint de se replier sur son marché intérieur en privant ses voisins de blé et de farine.
En fait, l’Asie centrale est victime d’un réchauffement du climat bien plus prononcé qu’à l’échelle mondiale avec des températures qui pourraient augmenter jusqu’à 4,7°C d’ici 2050.
Elle deviendra alors une région en danger avec de vastes étendues désertiques.

