
Marché des céréales
Guerre au Moyen Orient : les conséquences immédiates
Ces deux dernières semaines, le conflit moyen oriental confronte et affecte des pays importateurs majeurs de céréales par voie maritime. Se pose alors la question de leur approvisionnement.
En Union européenne, ce conflit soulève une nouvelle fois le problème de la dépendance des Vingt-sept pays membres à l’égard des hydro-carburants fossiles et des engrais importés.
Depuis une dizaine de jours, les cours des céréales ne suivent plus la même trajectoire. Le mouvement de hausse, qui pointait son nez fin février, s’est accentué sur le marché du maïs. La céréale semble même faire cavalier seul.
A Bordeaux, son cours avoisinait 210 €, le 12 mars dernier. Depuis plusieurs jours, il est supérieur de 40 € à son niveau de 2025 et au plus haut depuis le mois de mai 2024. Mais la céréale est dorénavant sous l’emprise des cours du pétrole et des biocarburants alors que le marché du blé croule toujours sous l’abondance.
Du reste, l’USDA confirme dans son dernier rapport publié le 10 mars dernier, une production mondiale de blé de 842 Mt et des stocks de report de 277 Mt, du jamais vu depuis cinq ans.
Aussi, le prix du blé a oscillé cette semaine autour de 185 € la tonne et celui de l’orge, autour de 200 €.
Toutefois, seule une minorité de maïsiculteurs européens profitera de l’embellie du marché du maïs car la campagne de commercialisation 2025-2026 est déjà bien entamée. A contrario, cette embellie coïncide, en Amérique du Sud, avec la mise sur le marché des premières récoltes de maïs 2026 engrangées.
Alors que la guerre russo-ukrainienne impactait dès son commencement en 2022, deux pays exportateurs majeurs de céréales et de protéines végétales, le conflit moyen oriental confronte et affecte des pays importateurs majeurs de grains et de produits agroalimentaires.
Aussi, ce nouveau conflit soulèvera tôt ou tard des problèmes d’approvisionnement et, de renchérissement des coûts d’affrètement et des primes d’assurance.
Mais depuis quinze jours, ces centaines de navires sont tout bonnement bloqués dans le Golfe persique. Et le détroit d’Ormuz est quasiment fermé alors qu’il y a encore trois semaines, 140 cargos le traversaient quotidiennement.
Parallèlement, la route du cap de Bonne espérance voit sa fréquentation doubler, selon FranceAgriMer.
Stocker rend moins vulnérable
Les pays moyen-orientaux ne dépendent pas tous du détroit d’Ormuz ou de la mer Rouge pour être approvisionnés. Et leur degré de dépendance à l’égard des importations agricoles et agro-alimentaires est très variable.
Une note du ministère de l’Agriculture intitulée « Sécurité alimentaire : ambitions, paradoxes et stratégie des pays du Golfe » mentionne qu’en « Arabie saoudite, plus de 80 % des importations alimentaires transitent par voie maritime vers les ports de Djeddah (mer Rouge) et de Dammam (golfe Persique). Le maïs brésilien et argentin approvisionne les élevages locaux, tandis que le blé est importé des pays bordant la mer Noire (notamment de Russie et de Roumanie) ».
Par ailleurs, une partie des pays moyen orientaux, producteurs de blé, ont réalisé une mauvaise récolte l’été dernier, les rendant plus dépendants de l’import qu’à l’accoutumée. Hormis la Turquie, la Syrie et la Jordanie à l’écart du conflit moyen oriental, les pays arabes et Israël auront importé près de 20 Mt cette campagne-ci, selon le Conseil international des céréales. Ils achètent aussi plus de 23 Mt de maïs et 9 Mt d’orges.
Mais selon Ukragoconsult, « l'Iran avait pratiquement achevé sa campagne d'importation (10 Mt) avant le début des hostilités ». De même, « l'Irak a constitué des réserves stratégiques de blé suffisantes pour couvrir la demande intérieure des 18 prochains mois, a déclaré Mohammed Hanoun, porte-parole du ministère du Commerce du pays dans une interview publiée par Ukragroconsult.
Ces stocks accumulés permettent au pays d'éviter des pénuries immédiates de pain. Ils garantissent ainsi la sécurité alimentaire de leur population même dans un contexte de tensions commerciales régionales persistantes.
Double peine en Union européenne
« Si le conflit s'éternise ou s'intensifie, il pourrait entraîner une pénurie d'approvisionnement prolongée et de nouvelles hausses des prix des engrais, analyse Rabobank. Des volumes importants d'engrais sont menacés de perturbation…. notamment 44 % des exportations d'urée, 27 % des exportations d'ammoniac et environ 25 % des exportations d'engrais phosphatés ». La hausse des prix des engrais déjà perceptible, accentuera les difficultés financières des agriculteurs.
En Europe, les céréaliers sont doublement pénalisés par le conflit moyen oriental. Peu profiteront de la hausse des prix des grains puisqu’ils ont déjà vendu une bonne partie de leurs récoltes. Mais tous seront confrontés un choix cornélien : payer leurs engrais très chers sans avoir l’assurance de couvrir cette charge supplémentaire en vendant leur grains, ou réduire les quantités d’engrais épandus aux dépens de la production et des rendements alors que le marché pourrait redevenir porteur.
Dans ce contexte, les pertes potentielles de céréales d’hiver relativement limitées, consécutives à l’épisode de grand froid qui s’est abattu en Ukraine et en Russie, semblent être un problème de second ordre. Pour le moment, elles n’exercent aucune influence notable sur les marchés …alors que leur réensemencement sera très onéreux voire trop couteux.

