
Marché des céréales
Exportations de céréales : l’Union européenne au ralenti
Depuis le 1er juillet dernier, l’Union européenne a commercialisé 2 Mt de blé et 800 000 tonnes d’orges en moins que l’an passé. Mais l’Ukraine demeure toujours le premier pays exportateur de grains en Europe.
Les conflits en Mer Noire et au Moyen Orient inquiètent de nouveau les marchés des céréales alors que le golfe d’Aden est toujours entravé par les Houthistes. Le cours du baril oscille autour de 80 $ après avoir augmenté de près de 10 dollars en quelques jours.
A Rouen, le prix du blé est au plus haut depuis quatre-cinq mois. A Bordeaux, celui du maïs a dépassé le seuil de 200 €.
Toutefois, seuls des cours supérieurs à 300 €/t couvriraient les coûts de production de la plupart des céréaliers, compte tenu de la faiblesse des rendements (61,5 q/ha en moyenne en France ; -12 q/ha sur un an selon Agreste) et des prix des intrants encore très élevés durant toute la campagne 2023-2024.
Sur les marchés, les quantités de céréales disponibles à l’export dans l’hémisphère nord orientent la géographie des échanges commerciaux de la campagne 2024-2025. Le Canada et les Etats-Unis réunis (47 millions de tonnes – Mt – source Conseil internationale des céréales) supplantent la Russie sur le marché du blé (43 Mt). Et les Etats-Unis renforcent leur hégémonie sur le marché du maïs (60 Mt exportables). Mais l’Ukraine, en retrait à l’international sur le blé (29 Mt versus 37 Mt en 2023-2024) et sur le maïs (22 Mt) reste néanmoins un pays qui compte.
En France, l’activité portuaire est très faible depuis trois mois. A peine 1,1 Mt de grains a été exporté selon la Commission européenne dont 560 000 tonnes de blé et 292 000 tonnes d’orges. Or la Lettonie et la Lituanie ont vendu à elles-seules 1,5 Mt de blé et la Roumanie 2 Mt auxquelles s’ajoutent 947 000 t d’orges.
A l’échelle de l’Union européenne, les ventes sont en net repli. Seules 6,1 Mt de blé ont été expédiées vers des pays tiers, soit 2,1 Mt de moins que l’an passé. Pour l’orge, les ventes sont inférieures de 500 000 T (1,5 Mt versus 2 Mt).
Toutefois, l’Union européenne a fait une percée remarquable sur le marché égyptien ces trois derniers mois en y exportant 690 000 tonnes, soit plus de quatre fois les quantités de grains vendues l’an passé. Le Royaume uni a aussi retenu le marché européen pour acheter une partie du blé (411 000 tonnes versus 142 000 tonnes l’an passé) qu’il n’a pas produit l’été dernier. Il n’a récolté que 11 Mt, soit 4 Mt de moins qu’en 2022-2023.
L’Algérie (450 000 t ; - 200 000 t) et surtout le Maroc (490 000 t; 1.5 Mt) se sont détournés du marché européen en privilégiant d’autres origines pour des raisons politiques et de disponibilités.
Quant à l’orge, la Chine s’est contentée d’en importer 290 000 t d’Union européenne en trois mois (1,5 Mt l’an passé) mais l’Arabie saoudite, absente l’an passé, est revenue aux achats (354 000 t).
Coté import, l’Espagne est largement en tête des pays importateurs européens de blé (1,2 Mt sur un total de 2 Mt à l’échelle des Vingt-sept) et de maïs (1,9 Mt sur 5 Mt). Les Pays Bas ont aussi acheté 1 Mt de maïs et, le Portugal et l’Italie, près de 450 000 tonnes chacun.
Malgré les mesures prises pour encadrer ses exportations de grains, l’Ukraine approvisionne massivement l’Union européenne en blé (1,85 Mt), en orges (167 000 t) et en maïs (2,6 Mt). Le pays a livré plus de la moitié des quantités de grains importées par les Vingt-sept au cours des trois premiers mois de la campagne 2024-2025.
On notera toutefois une percée importante des Etats-Unis sur le marché européen. Ces trois derniers mois, ils ont notamment expédié 914 000 t de maïs. Ils devancent ainsi le Brésil relégué en troisième position.
L’Italie est quasiment le seul pays européen parmi les Vingt-sept, a avoir importé du blé dur (271 000 t sur un total 289 000 t) ; essentiellement de Turquie mais aussi des Etats-Unis, du Kazakhstan et du Canada.
Cette campagne 2024-2025, l’ex-empire ottoman est de nouveau le deuxième pays producteur de blé dur au monde (4,6M) derrière le Canada (6 Mt) et devant l’Italie (3,1Mt).
Des conditions climatiques défavorables dans de nombreux bassins de production inquiètent. En France, le retour des précipitations retarde la récolte de maïs. Une partie des parcelles pourrait être ensilée si les grains sont trop humides à la moisson.
En Europe de l’est, la sécheresse dure. La Roumanie engrange une de ses plus faibles récoltes de maïs (8Mt) alors que le manque de pluies complique l’implantation des céréales d’hiver en Ukraine et en Russie. Pour autant, les cours du blé n’incitent pas les céréaliers à en semer autant que l’an passé. A l’échelle mondiale, sa superficie pourrait baisser.

