
Marché des céréales
En nette hausse, les cours de la tonne de blé et du maïs atteignent 200 €
La dégradation des conditions de cultures dans plusieurs bassins de production de céréales fait réagir les opérateurs. La campagne s’annonce plus tendue qu’escomptée. En hausse, les cours des grains atteignent des niveaux qui n’ont pas été franchis depuis 2-3 mois.
Les yeux sont rivés sur la nouvelle campagne céréalière 2024-2025. Et les opérateurs se rendent compte qu’elle ne se présente pas, partout, sous les meilleurs auspices.
Sur les marchés, les cours des grains progressent depuis deux-trois semaines. A Rouen, le prix de la tonne de blé a franchi le seuil de 200€ pour la première fois depuis deux mois et demi. Fin mars, elle valait 180 € environ. A Bordeaux, la hausse du cours du maïs est spectaculaire (+ 30 € en deux mois). Ces derniers jours, le seuil de 200 € a aussi été franchi.
L’inquiétude des marchés se mesure davantage sur le marché à terme. A Rouen, le blé côte 235 € à échéance décembre 2024.
En cette période de soudure entre deux campagnes de commercialisation, l’Ukraine est moins présente sur le marché européen. Le port d’Odessa est régulièrement ciblé par la Russie lorsqu’elle bombarde les infrastructures économiques du pays. L’été prochain, l’Ukraine pourrait rencontrer des difficultés pour expédier par voie maritime ses prochaines récoltes.
Dans son dernier rapport du 19 avril dernier, le Conseil international des céréales avait déjà sonné l’alarme en révisant nettement à la baisse (- 10 millions de tonnes - Mt) ses prévisions de production de grains pour 2024-2025 établies un mois plus tôt. Moins de blé serait récolté l’été prochain et les Etats-Unis seraient tentés de cultiver moins de maïs.
De l’Atlantique à l’Oural, les conditions climatiques défavorables aux cultures de céréales à paille inquiètent. Au Sud de la Russie, le site Sovecon.ru rapporte des températures excessives et des sols asséchés, néfastes à la formation des grains.
« La récente dégradation de la situation pénalise les blés d'hiver et les blés de printemps semés principalement en avril. Argus Media s'attend à ce que les rendements soient désormais inférieurs à ceux de 2023 », affirme Gautier Le Molgat, son directeur. Mais comme les agriculteurs ont semé plus de blé que l’an passé, jusqu’à 92 Mt de grains pourraient être récoltées.
Pour sa part, le site sovecon.ru anticipe une récolte de blé de 93 Mt, en repli d’1 Mt sur un mois et d’autres baisses ne sont pas exclure.
« Toute évolution à la baisse des disponibilités de l’un de ces pays (l’Ukraine et la Russie) entrainera une tension sur le prix du blé tendre, notamment en cas de dégradation des conditions de culture au printemps », a déclaré Gautier Le Molgat d’Argus Media France.
En Europe de l’ouest, l’implantation des cultures de printemps prend du retard et les céréales d’hiver souffrent d’un excès d’humidité et d’un déficit de température.
Etats-Unis et Canada épargnés
Toujours d’après le CIC, l’Union européenne n’engrangerait plus que 128 Mt et le Royaume Uni 11,8 Mt. En un mois, la production européenne 2024-2025 est révisée par le CIC en baisse de 4 Mt malgré le retour de l’Espagne à son niveau habituel (6,5 Mt). Confronté l’an passé à une sécheresse sans précédant, le royaume hispanique a importé massivement du blé et du maïs d’Ukraine pour compenser ses pertes.
En France, les conditions de cultures restent très médiocres (63 % bonnes ou très bonnes) comparées à leurs niveaux de l’an passé (93 %).
Parmi les grands acteurs du commerce du blé de l’hémisphère nord, seuls les Etats-Unis voient leurs perspectives de production s’améliorer. Ils récolteraient 53 Mt de blé (+1 Mt sur un mois et + 8 Mt sur deux ans). Si aucune vague de chaleur ne compromet sa récolte, le Canada pourrait en produire 33,9 Mt.
Les pays importateurs de blé de la planète comptent sur leurs propres cultures de blé pour être plus autonomes au cours de la prochaine campagne de commercialisation. Seules 186 Mt de grains seraient échangées dans le monde, soit 8 Mt de moins qu’en 2022-2023. La Chine n’importerait que 11 Mt.
Mais en Afrique du Nord, les céréales à paille manquent d’eau. Au Maroc, seules 2,5 Mt de blé seraient récoltées. Or la consommation nord-africaine de blé croît chaque année, tirée par une démographie très dynamique. 31 Mt de blé seront importées par les pays du Maghreb dont plus d’un tiers par l’Egypte (11,7 Mt). L’ensemble du continent africain s’apprête à importer jusqu’à 56 Mt de blé en 2024-2025, un record.
Dans l’hémisphère sud, la récolte de maïs prend du retard. « L’Argentine attire en outre de plus en plus l’attention du marché, en raison d’un développement de maladie particulièrement préoccupant dans les parcelles et de pluies intenses qui aggravent encore un peu plus la situation et retardent les chantiers de récolte », souligne le site du Crédit Mutuel.
Un point sur les échanges commerciaux en Union européenne
Au terme de 9 mois et demi de campagne, près de 24 Mt de céréales ont été importées en Union européenne dont 15 Mt d’Ukraine. Cette dernière a d’ores et déjà écoulé un quart des céréales exportables en 2023-2024 sur le marché européen. Toutefois, l’Ukraine est parvenue à restaurer une grande partie de ses échanges commerciaux maritimes d’avant guerre grâce au corridor côtier de la Mer Noire et aux alternatives portuaires en place sur le Danube.
Toujours en neuf mois et demi de campagne, l’Union européenne a expédié près de 32 Mt de grains et de farine, dont 23,5 Mt de blé, 4,2 Mt d’orges et 3 Mt de maïs (de Roumanie et de Bulgarie essentiellement) selon la Commission européenne. Or les objectifs de campagne sont 34 Mt de blé et 10 Mt d’orges.
A elle seule la France en a commercialisé respectivement 6,6 Mt et 2,3 Mt. Mais FranceAgriMer a récemment encore rappelé qu’il tablait, pour l’ensemble de la campagne 2023-2024, sur des exportations de blé et d’orge vers les pays tiers de 10 Mt et de 3,6 Mt.

