
Marché des céréales
Un quatrième trimestre de campagne sur fond de crise
En France, les conditions de cultures sont favorables. Les cours des céréales se stabilisent à des niveaux très faibles. Leurs évolutions ne traduisent aucune réelle inquiétude sur l’avenir alors que le conflit au Moyen-Orient laisse supposer le contraire. Toutefois, les prix des engrais conduiront vraisemblablement les céréaliers à sacrifier le potentiel de production de leurs cultures dans les mois à venir en limitant les apports d’engrais sur leurs parcelles.
Tant que les céréales ne sont pas engrangées, aucun agriculteur n’est à l’abri d’une mauvaise surprise. Toutefois les conditions de cultures des céréales d’hiver sont bien meilleures que l’an passé, rapporte Céreobs de FranceAgriMer.
Dans son dernier bulletin le 23 mars dernier, l’observatoire les évaluait bonnes à très bonnes à 84 % pour le blé d’hiver, soit 10 points de plus que l’an passé. Et la note de 81 %, attribuée à la fois à l’orge d’hiver et au blé dur, était respectivement supérieure de 11 points et de 2 points à l’an passé.
Dans son dernier rapport, le Conseil international des céréales (CIC) évalue à 33 Mt la production française de blé tendre (-1 Mt sur un an) et, celle d’orges et de blé dur à 11,5 Mt (-0,3 Mt) et à 1,2 Mt (-0,1 Mt).
En Union européenne, le CIC table sur des productions de blé et d’orges estimées à 137 Mt et à 52,5 Mt, dont 43 Mt (32 Mt +11 Mt) seraient exportées vers des pays tiers. La France en expédierait à elle seule un tiers.
Au terme de 9 mois de campagne, les vingt-sept Etats membres pris dans leur ensemble ont vendu 17,8 Mt de blé à des pays tiers après correction(1) auxquelles il faut ajouter 384 000 tonnes de farine.
7,5 Mt d’orges, 2,18 Mt de malt(2) et environ 500 000 t de blé dur (un tiers sous forme de farine) ont aussi été expédiées hors UE quand 13,4 Mt de maïs ont été importées. L’Italie, et surtout l’Espagne, s’en sont fait livrer à elles-deux près de 8,2 Mt.
Comparée à l’an passé, l’Union Européenne a exporté à peine plus de blé que l’année passée (+1,4 Mt) mais 3,5 Mt d’orges supplémentaires. L’Arabie saoudite en a acheté à elle-seule 1,5 Mt et la Chine, 1 Mt contre respectivement 500 000 t et 1,2 Mt l’an passé.
Pour rappel, les objectifs de campagne de la Commission européenne sont l’exportation vers des pays tiers de 29,5 Mt de blé et de 11 Mt d’orges.
Depuis le mois de juillet dernier et l’entrée en vigueur de contingents à l’exportation, l’Ukraine a acheminé six fois moins de blé que l’an passé (587 000 t versus 4,2 Mt) et seulement 5,6 Mt de maïs (versus 9,2 Mt en 2025).
Mais l’Ukraine demeure en tête des pays qui approvisionnent l’Union européenne en maïs, devant les Etats-Unis (3,8Mt ; +0,5Mt) et le Brésil (3 Mt ; +1,4Mt).
Conflit au Moyen-Orient
On n’en a pas fini de mesurer les conséquences de la fermeture du détroit d’Ormuz par lequel transitait quotidiennement, 20 % des quantités d’engrais azoté consommé dans le monde. Les pays du Golfe fournissaient aussi près de la moitié du commerce mondial de soufre nécessaire à la production d'acide sulfurique, lui-même utilisé dans la fabrication des engrais phosphatés.
« La hausse des prix des fertilisants augmentera le coût des cultures et entraînera une baisse des rendements et des surfaces cultivées la saison prochaine », soutient Ukragroconsult. Aussi, les prévisions du CIC pourraient très vite devenir obsolètes.
Dès ce printemps, les producteurs américains pourraient privilégier la culture de soja aux dépens du maïs très énergivore, compte tenu des quantités d’engrais d’azote nécessaires pour s’assurer du bon développement de la céréale. Et à la fin de l’été, les céréaliers de l’hémisphère nord ajusteront leur assolement en fonction des signaux lancés à la fois par les marchés des céréales et celui des engrais.
D’ici l’automne ou l’hiver prochain, des experts redoutent une pénurie de maïs. Elle renchérira alors le prix de l’alimentation animale et les coûts de production des oeufs, des volailles et des porcs, prédit Ukragroconsult.
Marchés calmes
En attendant, les prix des grains en euros sur le marché français ne montrent aucun signe d’affolement. A Bordeaux, le cours du maïs n’en finit pas de refluer, repassant sous le seuls de 200 €. Et celui du blé oscille autour de 182-284 € la tonne.
Cependant, Ukragroconsult rapporte que les prix du blé augmentent aux Etats-Unis, tirés par conditions climatiques bien moins deux fois moins favorables qu’en France. L’ouest du pays manque d’eau. Or les superficies cultivées en blé dans les plaines étasuniennes seront inférieures de 217 000 hectares à l’an passé pour atteindre 17,9 millions d'hectares.
« La semaine dernière, les prix du blé sur les marchés américains ont encore augmenté de 3 à 3,6 % en raison de la sécheresse du mois de mars, qui aggrave l'état des cultures de blé d'hiver, et de la prolongation de la guerre avec l'Iran, qui entraînera une hausse du coût des engrais et une baisse des rendements lors de la nouvelle saison », écrivent ses experts.
A moyen terme, le conflit au Moyen-Orient imposera une révision complète des filières d’approvisionnement et la constitution de réserves stratégiques.
(1) près de 380 000 tonnes de blé tendre roumain ont été assimilées à du blé dur.
(2) Il s’agit de millions de tonnes équivalent orges.

