
Marché des céréales
Campagne céréalière 2026-2027
Des productions mondiales de blé et d’orges moins abondantes mais mieux réparties
L’USDA a rendu public la semaine dernière ses prévisions céréalières pour 2026-2027 alors que les engrais nécessaires pour les cultiver pourraient venir à manquer ou être commercialisés à des prix inabordables.
En évaluant à 819 millions de tonnes (Mt) la production mondiale de blé en 2026-2027, l’USDA souligne qu’elle sera inférieure de 24 Mt à celle de la campagne qui s’achève (843 Mt). Toutefois, elle sera suffisante pour couvrir la demande. Mais en engrangeant seulement 374 Mt, les principaux pays exportateurs de blé récolteraient 44 Mt de grains en moins qu’en 2025-2026 alors que dans les pays maghrébins et moyen-orientaux, leurs moissons seront bien meilleures que les années passées.
La région a bénéficié d’importantes précipitations durant l’automne et l’hiver derniers. L’Afrique du nord s’apprête à récolter 23 Mt de blé (+5.5 Mt sur un an) et le Moyen Orient 47 Mt (+ 10 Mt).
Le sud du bassin méditerranéen importerait ainsi 29 Mt de blé, 12 % de moins qu’en 2025-2026. Le Moyen Orient diminuera ses achats (26,7 Mt) dans les mêmes proportions.
C’est la première fois depuis cinq ans que cette partie du monde aura moins recours aux achats pour couvrir ses besoins. Toutefois, l’Egypte restera le premier pays importateur au monde de blé (12,5 Mt), à égalité avec l’Indonésie.
Blés, orges : des productions mieux équilibrées
Selon l’USDA, la production mondiale d’orges 2026-2027 serait à peine supérieure à celle de la campagne qui s’achève. L’institut l’estime à 155 Mt. Mais là encore, moins de grains seront engrangés dans les pays exportateurs majeurs (Union européenne, Russie, etc.) mais de meilleures récoltes sont attendues dans les bassins méditerranéen et moyen oriental (20 Mt ; +8 Mt).
En Union européenne, les vingt-sept pays sont partis pour récolter cet été 127 Mt de blé tendre, 53 Mt d’orges et 7,8 Mt de blé dur. La production européenne reviendrait ainsi à la normale après une campagne 2025-2026 relativement abondante. Mais les vingt-sept pays européens exporteraient 29,6 Mt de blé, 10, Mt d’orges et 0,9 Mt de blé dur.
L’ensemble des prévisions de l’USDA ne semble pas prendre en compte les impacts agricoles de la crise du Golfe Persique.
Or l’hémisphère sud est en pleine période de semis de céréales d’hiver. Une partie des agriculteurs argentins, brésiliens et australiens emblavent leurs champs sans avoir parfois les moyens d’épandre de l’engrais, trop chers à l’achat. Les rendements en pâtiront.
Nous saurons dans quelques semaines quels auront été leurs arbitrages lorsque l’USDA réactualisera ses prévisions.
Selon le site Ukragroconsult, Josh Linville, vice-président de la division Engrais chez StoneX une société financière, a déclaré : « Le marché mondial des engrais est dans une impasse. L’été prochain, la faible demande d’engrais ne fera pas baisser les prix en raison de leurs coûts de production élevés. Par ailleurs, l’offre mondiale d’intrants est encore appelée à se restreindre ».
Maïs : une estimation rendue difficile
Dans l’hémisphère nord, les semis de maïs sont loin d’être achevés. En Ukraine, les agriculteurs pourraient en semer moins qu’escompté. Les raisons invoquées : les conditions climatiques et surtout les prix des engrais.
Aux Etats-Unis, le soja est parfois préféré à la céréale. Sobre en intrants, la légumineuse enrichit le sol en azote alors que la culture du maïs, coute chère à produire.
En France, Agreste, la statistique agricole annonce d’ores et déjà une baisse de 170 000 hectares de la sole de maïs (1,38 millions d’hectares - Mha) comparée à l’an passé. Et en Union européenne, 8,3 Mha seront plantés d’ici la fin du printemps, 200 000 ha de moins qu’en 2025.
Aussi estimer cette année la production mondiale de maïs est difficile, convient FranceAgriMer. Actuellement, l’USDA l’anticipe à 1 295 Mt, versus 1312 Mt en 2025-2026. Le différentiel étasunien est à lui seul de 26 Mt (406 Mt versus 432 Mt).
Avant que la crise du Golfe Persique ne survienne, le facteur déroutant pour produire des céréales était leur prix de vente sortie ferme.
A ce jour, ce sont les prix des engrais et des fertilisants qui désarçonnent et accentuent l’effet de ciseaux négatif prix-charges. Mais l’agriculture ne peut pas durablement produire des céréales à pertes.

