
Marché des céréales
Les prix du blé s’envolent… pour combien
de temps ?
Les cours mondiaux du blé se sont envolés sur toutes les places mondiales cette semaine. Le mouvement a été initié à Chicago après l’achat par la Chine de volume significatifs de grains, les premiers depuis la signature de l’accord commercial avec les Etats Unis. Selon l’USDA, le Ministère de l’Agriculture américain, les volumes s’élèvent à 756 000 tonnes de maïs et 340 000 tonnes de blé rouge d'hiver. Cette vente a déclenché une forte hausse des cours, le blé a gagné $84cts/bu sur Chicago depuis le début de la crise.
Le marché Euronext a suivi le mouvement et enregistré €4/t de hausse sur le début de semaine sur le contrat mai pour clôturer à €197,75/t mercredi, €21/t depuis le début de la semaine dernière. Mais cette forte hausse du marché européen n’est pas liée qu’au contexte international, et de nombreux facteurs locaux l’expliquent. En premier lieu, la très forte demande en céréales depuis le début de la crise du coronavirus. La ruée vers les supermarchés des consommateurs pour constituer des stocks pour les semaines à venir, ont mis à mal les stocks des industriels qui se trouvent désormais pour certains dans une situation de flux tendu qui les oblige à continuer de se fournir sur le marché. Notons cependant qu’après dix jours de confinement, la situation des industriels apparait très hétérogène sur le territoire français, et certains opérateurs font au contraire état d’une diminution de la demande finale une fois passé ce mouvement premier de panique. Ceci s’est d’ailleurs reflété dans la clôture d’hier, le contrat mai cédait €3/t sur la journée.
Autre facteur de hausse des prix domestiques, les difficultés logistiques. Tous les modes de transport sont impactés, dans tout le pays. Cette semaine, le trafic ferroviaire était le plus perturbé. Depuis, la SNCF s’est mise en ordre de bataille pour assurer un retour à un service à la hauteur de la situation, en réallouant efficacement leurs ressources en main d’œuvre disponible notamment. Le trafic routier était également perturbé par l’augmentation du prix du fret lié à l’absence de chargement retour, et la diminution du nombre de chauffeurs. Là aussi, des mesures sont prises pour faciliter la vie quotidienne des chauffeurs tout en garantissant leur sécurité au moment des chargements et déchargements. Le trafic fluvial est de loin le moins impacté malgré la réduction des horaires.
Enfin, la demande extérieure, toujours très soutenue est venue ajouter à la pression d’achat. Les fabricants d’aliments du Nord de l’Europe, belges et hollandais notamment, ont été particulièrement agressifs ces derniers jours afin de constituer des stocks en cas d’aggravation de la situation logistique française. A cela s’ajoute la demande pays tiers, toujours très forte. Plusieurs appels d’offre se sont tenus cette semaine, et l’Algérie a acheté 240kt de blé juin. La Corée du Sud, la Thaïlande, la Syrie étaient également présentes. La situation dans les ports français est satisfaisante à ce jour, avec des stocks suffisants pour faire face à cette demande, la prime portuaire est restée soutenue cette semaine.
Du côté des récoltes, les conditions sont considérées « bonnes » et « très bonnes » à 63% par France AgriMer pour les blés vs. 85% l’année dernière, et à 24% « assez bonnes » vs. 13% l’année dernière. Notons également que la Commission européenne estime le rendement européen en blé à 5,99t/ha vs. 6,01t/ha en 2019, en hausse de 1,9% par rapport à la moyenne quinquennale.
Sur le marché Mer Noire, la Russie a cette semaine créé la surprise. La sécurité alimentaire de la population a été déclarée priorité nationale, et des rumeurs courent sur la mise en place de quotas à l’export sur d’autres produits agricoles ces prochains jours.





