
Marché des céréales
Marché des céréales : les prévisions d’Argus pour 2025
Argus Média a exposé les changements à attendre sur les marchés des céréales en 2025 et durant la prochaine campagne 2025-2026. Les fondamentaux des marchés des céréales ne justifient pas le niveau actuel des cours.
Au nouvel an, la seconde partie de la campagne commerciale de céréales aura déjà commencé depuis quelques semaines avec l’arrivée, sur les marchés, des premières tonnes de blé récoltées dans l’hémisphère sud.
La Mer Rouge restera inaccessible pour de nombreux cargos puisque le détroit Bab-el-Mandeb, qui relie le golfe d’Aden à l’Océan indien, est toujours sous l’emprise des Houthistes du Yemen. Et le conflit entre l’Ukraine et la Russie pourrait entamée au mois de février prochain sa 4ème année.
Tout dénouement impactera le fonctionnement des marchés.
La fluidité du trafic maritime aux abords des ports de la Mer Noire et de la Mer Rouge a toujours influé l’évolution des cours des grains depuis le début du conflit.
Lors de la Bourse de commerce européenne des 5 et 6 décembre derniers à Paris, Argus Média a organisé une conférence sur les changements à attendre sur les marchés des céréales en 2025 et durant la prochaine campagne 2025-2026.
Les deux intervenants étaient Konstantin Rozhnov, expert des marchés des céréales à Argus basé à Kiev et Maxence Devillers, son collègue de Paris.
Selon eux, la guerre en Ukraine n’a pas affecté le potentiel de production dans les territoires libres. En se basant sur les surfaces emblavées, Argus estime la prochaine production de blé à 23,7 millions de tonnes (Mt) car les rendements se maintiennent à leurs niveaux d’avant guerre. Les agriculteurs ukrainiens parviennent à s’approvisionner en intrants! Mais la chute de la Hryvnia a renchéri considérablement leurs coûts.
Pour la Russie et la Roumanie, Argus évalue la production potentielle de blé à 81,5 Mt pour la première (niveau inchangé par rapport à 2023) et à 11 Mt pour la seconde (+ 1Mt).
Des prix inadéquats
Selon Argus, les niveaux des prix des céréales dénotent au regard des fondamentaux des marchés des grains.
Pour le Maïs, la bourse de Chicago serait aveuglée par les quantités de maïs engrangées l’été passé aux Etats-Unis alors que dans les autres pays producteurs, on ne relate aucun exploit.
Par ailleurs, les principaux pays exportateurs de blé entament la seconde partie de campagne avec de 118 Mt de blé exportables disponibles, soit 20 Mt de moins que l’année passée. Le différentiel est porté par l’Union européenne et par la Russie.
La planète achèverait la campagne avec des stocks de blé très faibles, équivalents à 15 % de la consommation mondiale.
En maïs, les quatre principaux pays exportateurs entament la seconde partie de la campagne de commercialisation avec moins de 160 Mt de grains: la baisse des capacités d’exportations en Ukraine et au Brésil est à peine compensée par leur hausse en Argentine et aux Etats-Unis.
La croissance continue de la production d’éthanol au Brésil et en Inde créera tôt ou tard des tensions sur le marché du maïs. Entre 2021 et 2025, les deux pays auront importé quatre fois plus de carburant vert (42 Mt), des Etats-Unis notamment.
Ces derniers, leur auront ainsi livré l’équivalent de 10 % de leur production.
Or, les capacités de production américaines seront tôt ou tard amenées à être saturées.
Si la Chine accroît fortement sa flotte de véhicules roulant à l’éthanol vert, de sérieux problèmes d’approvisionnement se poseront.
L’Afrique distancée par l’Asie
Le Maroc achèvera la campagne 2024-2025 comme il l’a commencée. Il diversifie l’origine de ses approvisionnements en blé puisque la France et l’Ukraine sont contraintes de s’effacer faute de grains.
Depuis le mois de juillet dernier, le royaume Chérifien a importé du blé de Roumanie, de Pologne, de Lettonie et de Russie. Il achète aussi du maïs des Etats-Unis et d’Argentine.
En Chine, la politique de prix pratiquée induit les négociants à s’approvisionner sur le marché intérieur. Aussi, les importations de céréales sont bien inférieures à l’an passé. L’Empire du milieu achèverait la campagne commerciale 2024-2025 en ayant acheté moitié moins de grains.
Les 30 Mt alors importées se décomposeraient ainsi : 8 Mt de blé, 9 Mt d’orges, 9 Mt de maïs et 5 Mt de Sorgho.
A l’horizon de 2031, l’Asie du sud) aura encore les moyens d’accroître ses importations annuelles de blé de près de 10 milliards d’euros (Mds d’€) alors que l’Afrique du nord limiterait ses achats à 6 Mds d’€. Or elle est le continent qui affiche la plus forte croissance démographique.
Depuis 2010, l’Asie du sud (Bangladesh, China, Indonesia, Japan, Philippines) importe bien plus de blé que l’Afrique du Nord. En 2024, ses achats avaient doublé en 14 ans jusqu’à atteindre 44 Mt en 2024 alors que l’Afrique du Nord n’a accru les siens que de 40 % sans excéder 34 Mt.

