
Marché des céréales
Export, Imports : les campagnes commerciales tiendront-elles le temps
de la campagne ?
La période des semis des céréales d’hiver approche dans le bassin de la Mer Noire alors que la sécheresse persiste. Les prévisions commerciales pourraient être chamboulées si le potentiel de production de la prochaine campagne est d’ores et déjà altéré en ce début d’automne.
Les campagnes de commercialisation des pays importateurs s’affinent en fonction des quantités de céréales disponibles dans chacun des principaux pays exportateurs. On en dénombre un peu plus d’une demi-douzaine pour chacune des trois principales céréales.
Mais à l’import, on n’a l’embarras du choix. Pour le blé, les trois premiers pays importateurs au monde sont l’Egypte, l’Indonésie et l’Algérie. Pour l’orge, il s’agit de l’Arabie saoudite, la Chine et l’Iran. Et pour le maïs, l’Union européenne, le Mexique et le Japon.
Dans le bassin méditerranéen, la Russie s’impose naturellement comme recours puisque l’Union européenne n’est que peu présente. Evidemment, l’Egypte poursuit ses emplettes. L’ancien royaume des pharaons a acheté 235 000 tonnes de blé le 16 septembre dont 175 000 t russes. La Pologne, un des seuls pays européens à afficher un bon bilan de campagne (11,5 Mt de blé récoltées) lui fournira aussi 60 000 t.
Mais l’exemple de l’Algérie, 3ème pays importateur au monde de blé (7 Mt) est éloquent. Le pays va probablement modifier son cahier des charges et la Russie pourrait répondre à ses appels d’offres. L’an passé, l’hexagone avait expédié 5,6 Mt de blé, cette année, il en expédierait à peine 2 Mt.
Le prix du blé (187 €/t à Rouen le 17 septembre) s’est raffermi ces derniers jours. En Ukraine et en Russie, nous serions, en temps normal, en pleine période de semis des céréales d’hiver or la sécheresse persiste. Et sans pluie, pas de levées.
Si la prochaine campagne céréalière s’annonce dès cet automne médiocre, la priorité des principaux pays victimes sera l’approvisionnement de leurs marchés intérieurs et non plus l’exportation (39 Mt pour la Russie, 18 Mt pour l’Ukraine par exemple)! Avec toutes les conséquences que l’on pourrait imaginer sur les places de marchés.
En attendant, le rapport de l’USDA du 12 septembre dernier a surpris car la production russe de blé n’a pas été réévaluée. L’institut américain la maintient à 78 Mt (58 Mt de blé d’hiver et 20 Mt de blé de printemps) avec un rendement moyen de 2,76 tonnes. Or tout porte à croire que le seuil de 80 Mt est bien franchi, selon différents experts de la région.
Toujours dans le bassin de la Mer Noire, la sécheresse n’épargne pas non plus les pays producteurs de maïs. En Roumanie, le fléau affaiblit au fil des semaines les perspectives de rendements et de production. Seules 11,6 Mt (14,3 Mt en 2019/20) seraient récoltées selon l’USDA. Mais en Ukraine, l’utilisation de variétés hybrides réduit les dégâts et la sécheresse est moins ressentie au nord qu’au sud, sur la côte de la Mer Noire. Toutefois, la production estimée par l’USDA (38,5 Mt) interroge. Elle serait surestimée.
Quoi qu’il en soit, l’Union européenne boude l’origine ukrainienne et préfère le maïs brésilien meilleur marché. Toutes origines confondues, elle pourrait importer 20 Mt selon FranceAgriMer.
A ce stade de la campagne, on ne compte pas les facteurs qui pourraient déjouer l’ensemble de ces prévisions. Le bras de fer diplomatique entre la Chine et l’Australie nuit aux relations commerciales entre les deux pays. La Chine importe du blé et de l’orge de France aux dépens de l’Australie.
Dans l’hexagone justement, les précipitations sont aussi attendues avec impatience. Après de mauvaises récoltes qui font chuter les chiffres d’affaires de leur exploitation, les céréaliers rencontrent dorénavant des difficultés pour implanter des cultures dérobées, condition sine qua none pour percevoir les aides Pac. Or elles sont indispensables pour atténuer leurs pertes économiques et pour financer le réensemencement de leurs champs dans les semaines à venir.
Actuellement, le prix payé « sortie ferme de la tonne de blé » ne couvre pas les charges.
Selon Arvalis, le coût de production de la tonne de blé avoisine 200 €. Il est bien supérieur à celui de l’an passé car moins de blé a été produit par hectare (69 q/ha contre 79 q/ha un an plus tôt). Le prix d’intérêt, à partir duquel les céréaliers commencent à dégager un bénéfice, est de 170 €/t
En ayant récolté 29,7 Mt de blé (27,2 Mt collectées), notre pays n’exportera hors de l’Union européenne que 6 Mt à 6,5 Mt, selon France AgriMer.
La Chine est pour l’instant en tête des pays acheteurs de blé français : 800 000 tonnes ont déjà été vendues. Pour l’ensemble de la campagne, FranceAgriMer pronostique l’expédition de 2Mt de grains d’ici fin juin.
L’Afrique de l’ouest pourrait continuer à s’approvisionner en France (1 à 1,5 Mt) surtout si la céréale est compétitive au cours de la seconde partie de la campagne.
Sur le marché européen, notre pays écoulerait 6,4 Mt de blé en Europe du Nord notamment. Sur les 10,9 Mt d’orges récoltées en France, 9,3Mt seront collectées et destinées à l’exportation en l’état (5,8 Mt) et sous forme de malt (l’équivalent d’1,4 Mt de grains).
La production de maïs est estimée à 13,3 Mt mais seules 11,8 Mt seraient collectées et 3,9 Mt seraient exportées à nos voisins européens.
La récolte de blé dur est de très bonne qualité selon FranceAgriMer (2,7 % de grains mouchetés, germés, fusariés ; taux de protéines de 14,2 % et 88 % de vitrosité) mais seules 1,3 Mt ont été récoltées. Aussi le disponible exportable est inférieur à 1 Mt : 850 000 t vers l’UE et 140 000 t vers les pays tiers.




