
Le Gouvernement s’apprête à prendre de nouvelles mesures contraignantes pour les agriculteurs français et leurs fournisseurs sur le stockage d’engrais. La FNSEA, les filières Grandes Cultures, La Coopération Agricole, la Fédération du Négoce agricole, l’AFCOME et l’UNIFA alertent le Premier ministre sur l’absurdité de la situation: un énième arbitrage règlementaire sans fondement scientifique, ni mesure d'impact sur la Ferme France et la souveraineté alimentaire du pays.
Matignon a annoncé la prochaine adoption d’un nouveau cadre réglementaire abaissant drastiquement le seuil de déclaration de stockage d’ammonitrates à haut dosage en vrac et en conditionné à 150 tonnes. L’arbitrage que le Premier ministre s’apprête à prendre n’a aucun sens.
Une décision est prise avant toute étude d’impact, et à l’inverse du bon sens ! Rien que sur le plan logistique, 30 à 50 % des sites de stockage de proximité pourraient fermer et nombre de producteurs relèveraient désormais des Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE). Répondre à cette nouvelle législation nécessitera des investissements supplémentaires conséquents évalués entre 80 et 120.000€ par exploitation agricole.
En matière de sécurité des installations, l’ensemble de la filière a déjà fait des investissements considérables pour se mettre en conformité avec une réglementation sans cesse plus restrictive.
La pandémie COVID a rendu particulièrement difficile les livraisons d’engrais, le nouveau cadre réglementaire rendrait intenable un approvisionnement correct des producteurs qui en ont besoin à l’approche du printemps pour nourrir leurs plantes.
La FNSEA, les filières Grandes Cultures, La Coopération Agricole, la Fédération du Négoce agricole, l’AFCOME et l’UNIFA n’accepteront pas une telle règlementation de nature à aggraver une situation déjà suffisamment compliquée. Le contexte économique et géopolitique international sur les matières premières, l’énergie et les intrants expose la ferme France à une forte insécurité.
Si la France s’obstine à contraindre le monde agricole, c’est sa capacité à nourrir ses citoyens et à assurer sa souveraineté alimentaire qu’elle contraint. C’est un signal extrêmement négatif à l’approche des échéances électorales du printemps.
Publication de l'arrêté
pour les emis 2022
L’arrêté autorisant l’usage dérogatoire d’urgence de semences de betteraves traitées avec des néonicotinoïdes pour les semis 2022 a été publié ce jour au Journal Officiel de la République Française. La CGB accueille favorablement cette publication, très attendue par les betteraviers et l’ensemble de la filière. Tout en saluant les compléments apportés à la liste des cultures autorisées après une betterave traitée avec des néonicotinoïdes, elle déplore le maintien de fortes restrictions sur les cultures suivantes qui induiront, selon les cas, une baisse des surfaces de betteraves ou des modifications d’assolement synonymes d’appauvrissement du bol alimentaire des insectes pollinisateurs. La CGB reste attentive aux résultats concrets qui émergeront des dispositifs mis en place dans le cadre du PNRI et du plan de prévention pour préparer au mieux la campagne 2024, sans néonicotinoïdes.
Alors que la campagne 2021/22 touche à sa fin, avec un rendement betteravier qui sera légèrement inférieur à la moyenne quinquennale (hors récolte 2020), la publication de l’arrêté autorisant temporairement l’usage de semences de betteraves traitées avec des néonicotinoïdes pour les semis à venir permet d’aborder plus sereinement la nouvelle récolte. Si les marchés sont porteurs, les coûts de production connaissent une forte inflation, tant pour l’amont que l’aval, il est donc indispensable de donner les moyens à la filière de poursuivre son redressement économique, ce qui passe par la prévention des risques sanitaires pesant sur la culture.
La CGB se félicite également des compléments apportés à la liste des cultures autorisées au cours des 3 années suivant celle de betterave traitée avec des néonicotinoïdes, conformément à ses demandes. Elle regrette toutefois le statu quo en matière de restrictions sur les cultures autorisées après une betterave traitée avec des néonicotinoïdes. Ces contraintes vont imposer à de nombreux agriculteurs des arbitrages sur leurs assolements qui conduiront soit à une réduction des surfaces de betteraves au profit d’autres cultures à plus forte valeur ajoutée, soit à un appauvrissement de la rotation des cultures de nature à impacter les équilibres d’autres filières et la disponibilité de ressources alimentaires pour les pollinisateurs.
Pour Franck Sander, Président de la CGB « Cette dérogation était très attendue par les betteraviers qui en ont un besoin impérieux pour protéger leurs betteraves en 2022, comme en 2023, malgré le maintien de fortes contraintes sur les successions culturales. Nous comptons sur l’engagement des acteurs du Plan National Recherche et Innovation pour poursuivre les travaux engagés et aboutir à des solutions efficaces pour 2024. La filière continuera à apporter une contribution significative à travers ses engagements du plan de prévention, notamment le déploiement de parcelles de démonstration et l’implantation de 4 000 hectares de surfaces mellifères dans les régions betteravières. »

De nouvelles pistes pour favoriser leur consommation en France ?
A l’occasion de la journée mondiale des légumineuses, le 10 février prochain, Terres Univia, l’interprofession des huiles et protéines végétales, s’associe à INRAE pour valoriser les résultats d’études réalisées dans le cadre de la thèse de doctorat (2017-2020) de la chercheuse Juliana Melendrez-Ruiz2 intitulée « Comprendre la faible consommation de légumes secs chez les consommateurs français non végétariens : combinaison d’approches directes et indirectes afin d’identifier les barrières et les opportunités ». Cette thèse, financée par l’Institut Carnot Qualiment et pilotée par INRAE, a été réalisée au Centre des Sciences du Goût et de l’Alimentation (CSGA) de Dijon.
Ces études scientifiques, associant différentes méthodologies issues de la psychologie cognitive, sociale et des sciences du consommateur, mettent en évidence plusieurs barrières qui pourraient expliquer la faible consommation de légumes secs en France par les consommateurs non végétariens mais aussi des leviers qui pourraient augmenter cette consommation. «Les résultats de ces travaux révèlent des éléments de compréhension qui pourraient être utilisés comme leviers auprès des consommateurs pour augmenter la consommation de légumes secs, plébiscités par les scientifiques et les pouvoirs publics pour leurs atouts nutritionnels et environnementaux. Je suis ravie de pouvoir valoriser aujourd’hui les principaux résultats de cette thèse et de les partager avec l’ensemble des professionnels de la filière oléo-protéagineuse, » déclare Juliana Melendrez-Ruiz, docteure en science du consommateur.
Une bonne image auprès des consommateurs, une consommation à accompagner
Dans le cadre des études, les consommateurs français ont présenté des attitudes positives à l’égard des légumes secs, qu’ils associent aux termes « diversité », « santé », « bon ». Cependant, ces attitudes positives n’induisent pas nécessairement chez eux le choix ou l’achat de ces produits. Ainsi, lorsque l’on propose aux consommateurs des légumes secs, sous différentes formes, bruts ou transformés, les légumes secs ne représentent que 9 à 13 % des choix totaux d’aliments dans la constitution d’un repas, comparativement aux produits viande-poisson-œuf (27-39 %), féculents (22-25 %) ou légumes (30-38 %).
Des freins à la consommation identifiés
Les consommateurs interrogés évoquent la difficulté de préparation des légumes secs mais aussi l’image négative qu’ils peuvent avoir des produits prêts-à-consommer dits « traditionnels » à base de légumes secs. Ce double frein limite l’envie des consommateurs d’utiliser des légumes secs dans leurs menus quotidiens.
« Les études ont également mis en avant l’image peu claire que les consommateurs ont des légumes secs, souvent confondus ou assimilés à d’autres familles de produits, comme les féculents. A cela, s’ajoute un manque de connaissances pratiques sur la façon de les cuisiner et la tendance à considérer ces produits comme étant destinés aux végétariens. De plus, ces freins se manifestent par une faible attention visuelle portés par les consommateurs à ces produits qui se trouvent toujours éparpillés dans plusieurs rayons des supermarchés, » ajoute Juliana Melendrez-Ruiz.
Les leviers d’action à privilégier pour mieux faire connaître les légumes secs
Les études réalisées avec des consommateurs non végétariens ont mis en avant certains leviers pour encourager la consommation de légumes secs. Les personnes interrogées ont en effet choisi de consommer des légumes secs dans un contexte où ils n’ont pas besoin de les préparer (en situation de restauration hors domicile) ou quand ils ressentent une motivation à réaliser un choix de consommation « bon » pour l’environnement. Ils disposent, par ailleurs, d’une image positive des légumes secs sous leurs formes brutes et peu transformées et ont d’ores et déjà acquis certaines connaissances sur leurs atouts « naturel », « bon pour la santé », « bon pour l’environnement » ou « pas cher ».
Des stratégies mises en évidence pour mieux valoriser les légumes secs
Des stratégies qui pourraient permettre d’augmenter la consommation de légumes secs ont été mises au point. Elles reposent sur quatre piliers structurants :
- Délivrer des informations pratiques plus que théoriques (recettes, indicateurs d’équivalence, avantages de la combinaison de produits).
- Placer le goût et le plaisir au cœur de la stratégie.
- Développer des procédés innovants et de nouveaux produits plus faciles à consommer (réhydratés ou
- précuits) capables de donner une nouvelle image aux recettes traditionnelles.
- Utiliser l’environnement de consommation pour augmenter le choix de légumes secs (restauration hors-foyer, regrouper les légumes secs au sein d’un même rayon...).
Pour plus d’informations, consultez le rapport de synthèse de cette thèse ci-joint. La thèse a été dirigée par G. Arvisenet (professeure Agrosup Dijon) et S. Chambaron (directrice de recherches INRAE).
1 Les légumineuses sont constituées des légumes secs (lentilles, pois chiches, pois cassés, haricots secs, fèves), du soja et des protéagineux comestibles pour l’Homme (lupins, féveroles et pois protéagineux).
2 Juliana Melendrez-Ruiz (CSGA – Centre des Sciences du Goût et de l’Alimentation (Dijon)). Comprendre la faible consommation de légumes secs chez les consommateurs français non végétariens : combinaison d’approches directes et indirectes afin d’identifier les barrières et les opportunités. Université Bourgogne Franche-Comté, 2020. 〈NNT : 2020UBFCK030〉