
Les conditions de la réussite se précisent
La guerre en Ukraine met en péril la sécurité alimentaire de nombreux pays dans le monde. Les producteurs français de grandes cultures saluent la responsabilité de la Commission européenne qui face à cette crise sans précédents a acté une stratégie de croissance durable de la production agricole européenne.
La Commission européenne a pris ce 23 mars des décisions ambitieuses pour assurer la sécurité alimentaire et énergétique du continent face aux conséquences économiques de la guerre en Ukraine. Tout en renforçant les mesures de restrictions envers la Russie, la Commission se fixe un objectif de croissance durable de la production agricole européenne par des annonces fortes pour de nombreux secteurs dont celui du marché des grains, de l’énergie, des engrais et des aliments.
L’AGPB, l’AGPM, la CGB, la FOP et l’UNPT partagent cet objectif et saluent cette initiative qui reconnait pleinement la contribution stratégique des producteurs de grandes cultures européens.
Dès cette année, les agriculteurs français seront au rendez-vous de cette croissance grâce à la mise en culture de surfaces actuellement improductives, dans le respect des exigences environnementales et climatiques européennes qui figurent parmi les plus élevées du monde.
Par ailleurs, l’accélération du plan REPowerEU du 8 mars permettra à l’Europe d’augmenter rapidement sa production d’énergie et de diminuer sa dépendance à l’égard du gaz russe. Les producteurs de grandes cultures y apporteront leurs contributions grâce à l’augmentation de la production de biométhane, et d’électricité photovoltaïque sur les exploitations.
Pour autant, il est nécessaire d’aller plus loin.
Sur le marché des engrais, l’explosion des prix pourrait mettre un coup d’arrêt significatif à la souveraineté alimentaire de l’Europe. Des solutions à moyen terme ont été proposées par la Commission européenne pour améliorer l’autonomie en azote (mobilisation des engrais organiques, accélération de l’autonomie protéinique, agriculture de précision, hydrogène vert, ammoniac vert), mais il reste indispensable de suspendre sans tarder les droits de douane à l’importation d’engrais azotés venant de zones ne faisant pas l’objet de sanctions européennes et de reporter la règlementation cadmium programmée.
En matière de souveraineté énergétique, l’Europe peut et doit aller plus vite en augmentant rapidement sa production de biocarburants d’origine agricole. C’est aujourd’hui possible avec une meilleure empreinte carbone et sans impact sur la production alimentaire. La production de drêches, pulpes et tourteaux qui en découlera contribuera à l’autonomie protéinique de la filière élevage.
Les producteurs de grandes cultures tiennent à réaffirmer avec force que leurs productions sont à même de concilier efficacement tous ces objectifs de souveraineté.

Augmenter les surfaces et optimiser la prochaine récolte d’une culture essentielle pour la souveraineté alimentaire
La guerre russo-ukrainienne, entre les deux premiers producteurs mondiaux de graines, d’huile et de tourteaux de tournesol, impacte les marchés agricoles. La demande en graines de tournesol s’annonce très forte sur la prochaine campagne.
Une hausse des surfaces de tournesol en France (700 000 ha en moyenne ces dernières années) accompagnée d’une optimisation de la conduite de la culture compenserait, pour partie et en attente de la reprise de flux commerciaux normaux avec nos partenaires ukrainiens, la perte liée à la réduction voire l’arrêt des importations sur notre territoire d’huile et de tourteaux de tournesol en provenance d’Ukraine.
La culture du tournesol, espèce clé pour la souveraineté alimentaire européenne, doit donc être encouragée en raison de ses multiples atouts et des optimisations de culture rendues possibles grâce aux activités de recherche- développement-innovation menées par Terres Inovia, l’institut technique de la filière des huiles et protéines végétales et de la filière chanvre.
L’ensemble des acteurs de la filière oléoprotéagineuse, au premier rang desquels Terres Inovia, est engagé au quotidien pour optimiser et sécuriser la culture de tournesol. Cette mobilisation s’inscrit particulièrement depuis 2 ans dans le cadre du plan d’action et de développement Téo qui vise à consolider le tournesol dans les bassins de culture historiques et à redéployer cette culture dans les bassins de l’Est et du Nord de la France. En effet, cette culture oléoprotéagineuse dispose de nombreux avantages pour permettre aux producteurs de répondre aux défis du changement climatique, à la réduction des produits phytosanitaires ou aux exigences sociétales.
La culture de tournesol en France a connu de très bons résultats technico-économiques en 2021 avec des rendements moyens compris entre 28 et plus de 30 quintaux par hectare (ha) selon les bassins de production. Pour la campagne tournesol à venir, la filière oléoprotéagineuse mise sur les atouts du tournesol et la dynamique de rendement et de surface engagée les années passées pour que la prochaine récolte poursuive cette tendance et consolide la souveraineté alimentaire française.
Le tournesol est une culture peu gourmande en engrais. Dans les conditions 2022, il est particulièrement important de pouvoir compter sur les faibles besoins en fertilisants de certaines cultures dont le tournesol pour équilibrer au mieux les assolements et les marges des exploitations. L’impact négatif sur la marge de la sous- ou sur-fertilisation de la culture du tournesol est accru en 2022, avec, par exemple, un gain de marge de 100 à 120 €/ha en apportant une dose optimale de 40 unités d’azote. Selon les références acquises par Terres Inovia, les apports d’azote en végétation, avant le stade 14 feuilles du tournesol, sont aussi bien ou mieux valorisés selon les années que les apports au semis. Le tournesol est une culture peu exigeante en phosphore et moyennement exigeante en potasse. Les coûts élevés des engrais PK ne doivent toutefois pas faire négliger ce poste, en particulier dans les sols pauvres ; une analyse de sol est alors nécessaire pour savoir si une impasse est possible.
Dans un contexte de changement climatique, le tournesol valorise de faibles quantités d’eau, avec une irrigation qui se termine tôt au cours du cycle de la culture, limitant ainsi les effets d’éventuels rationnements de l’eau d’irrigation survenant souvent plus tard en cas de sécheresse. Ainsi, selon les situations, 1 à 3 tours d’eau de 35 à 40 mm chacun suffisent pour la cuture et permettent une amélioration significative de la marge. Par exemple, pour un prix de vente indicatif moyen à 650 €/tonne de graines, et pour un prix de l’eau à 20 c€/m3, une irrigation de 70 mm bien maîtrisée se traduit par un gain minimum de 250 €/ha.
Pour Arnaud Rousseau, Président de la FOP : « Au moment où le conflit à l’Est de l’Europe bouleverse les équilibres mondiaux et les approvisionnements en protéines, rarement l’enjeu national et européen de souveraineté protéique n’est apparu aussi essentiel. La France doit augmenter sa production de protéines végétales pour nourrir sa population et son cheptel, et ce, le plus rapidement possible au vu de l’importance stratégique des enjeux actuels. Dans le même temps, le changement climatique oblige les agriculteurs à adapter leurs pratiques et à intégrer de nouveaux repères techniques. Dans ce contexte, je suis persuadé que le tournesol a un rôle clé à jouer dans les assolements. C’est une culture aux nombreux atouts dont il faut optimiser la conduite ! ».
Pour Antoine Henrion, Président de Terres Univia : « Les acteurs de la filière oléoprotéagineuse sont mobilisés pour accompagner au mieux les agriculteurs, d’autant plus au regard du contexte géopolitique. Tous les moyens sont mis en œuvre pour qu’une nouvelle fois la culture du tournesol soit au rendez-vous de la performance technique et économique de la ferme France mais aussi des attentes des utilisateurs en alimentation ou nutrition. »
Pour Gilles Robillard, Président de Terres Inovia : « Progrès génétique, itinéraire technique optimisé et savoir-faire des producteurs ont permis au tournesol ces deux dernières années d’être une culture phare de la performance des exploitations agricoles françaises. Les équipes de Terres Inovia sont pleinement mobilisées dans les territoires aux côtés des producteurs pour continuer à mettre en œuvre les meilleures techniques pour la culture dans son itinéraire classique mais également dans une conduite en dérobée après récolte précoce des cultures d’hiver. »